9 Juillet 2019

Burkina Faso: Procès du putsch /Moussa Nébié - «Je suis victime du surnom Rambo»

A l'audience du mardi 9 juillet 2019 du procès du putsch manqué, les avocates Antoinette Boussim et Solange Zèba ont, au nom de leurs clients respectifs, Sami Dah et Moussa Nébié, plaidé coupables pour les infractions d'attentat à la sûreté de l'Etat.

A l'entame de sa plaidoirie, le 9 juillet 2019, Me Antoinette Boussim s'est inclinée, au nom de l'accusé, Sami Dah, devant la mémoire des victimes du putsch manqué. «Certes, nous sommes des avocats de la défense mais nous compatissons à la douleur des familles.

Mes paroles ne vous demandent pas d'oublier mais vous invitent à écouter un jeune qui a ses forces et ses faiblesses». Pour sa défense, il plaide coupable pour le fait d'attentat à la sûreté de l'Etat. Selon l'avocat, son client reconnaît avoir posé des actes, du 16 au 21 septembre 2015, jour de son arrestation.

Il s'agit de sa présence lors de l'arrestation des autorités de la Transition à la porte de la salle du Conseil des ministres, le 16 septembre 2015, dans la salle de réunion avec les officiers supérieurs et au sein de la garde de sécurité du général Gilbert Diendéré. «Il a posé ces actes, mais cela s'est fait à la demande de son supérieur hiérarchique direct.

De ce fait, le caporal ne peut pas être sanctionné, car selon l'article 76 du Code pénal ancien, il s'agit d'une mission à lui assignée» a souligné Me. Boussim.

Etait-il possible à son client de refuser des ordres ?, s'est interrogé l'auxiliaire de justice. Pour elle, la discipline faisant la force de l'armée, le prévenu Sami Da doit obéissance à son supérieur, car c'est la loyauté qui caractérise le soldat. «Il exécute sans hésitation et sans murmure.

Et mon client en posant ces actes avait la conviction d'exécuter des ordres émanant de la hiérarchie» a-t-elle soutenu.

Pour elle, tous les supérieurs semblaient approuver le coup d'Etat manqué, sinon, si la hiérarchie militaire avait marqué son refus catégorique, on aurait mis fin au putsch et il n'allait pas avoir des morts, ni de blessés encore moins des biens dégradés.

«Le mal est déjà fait et ce sont les jeunes soldats qui paient le lourd tribut. C'est pourquoi, je demande l'acquittement de mon client, à défaut de l'assortir d'une peine avec sursis en tenant compte de la peine déjà consommé depuis 2015», a indiqué Me Boussim.

En ce qui concerne les faits de meurtres, de coups et blessures volontaires et de dégradations volontaires de biens, Sami Da plaide non coupable.

De l'avis de Antoinnette Boussim, il n'existe aucune preuve (vidéo, audio) ou de témoignages qui identifient formellement l'accusé comme coauteur de ces crimes. Mieux, le jour de son arrestation(le 21 septembre 2015), son arme est restée intact avec ces quatre chargeurs. «Cela signifie qu'il n'a pas fait usage de son arme» précise l'avocate.

Alors, elle a invité le président du tribunal, Seydou Ouédraogo à le juger sur des faits et non sur l'apparence. «J'ai foi en votre jugement», a-t-elle déclaré.

Cependant, l'avocate a, par ailleurs, souhaité que le président tienne compte de son action d'avoir déjoué un coup d'Etat en juillet 2015.

A sa suite, les avocats Registre Bonkoungou, conseil de Ali Sanou et Boureima Zouré) et Mahamadi Sawadogo, défense de Seydou Soulama ont tour à tour plaidé pour l'acquittement de leur clients.

«Sankara serait toujours en vie si... »

Me Solange Zèba, elle, a défendu le journaliste Lassina Ouédraogo et l'adjudant-chef Moussa Nébié dit «Rambo». Pour le premier accusé, l'avocate a indiqué que c'est de façon malencontreuse qu'il s'est retrouvé devant le tribunal. Car, à l'entendre, aucune infraction n'a été retenue contre lui. «Le parquet même l'avait oublié», a soutenu l'avocate.

C'est pourquoi, elle a requis qu'on mette son client hors de cause pour absence d'infraction. Quant au second client, Moussa Nébié dit «Rambo», Me Zèba a rappelé que cinq chefs d'accusation pèsent sur lui.

Il s'agit de l'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtre, coups et blessures volontaires, complicité de dégradation volontaire aggravée de biens et incitation à la commission d'actes contraires à la discipline militaire.

Pour l'attentat, l'avocate a affirmé que l'infraction est constituée parce que son client a reconnu les faits et plaide coupable. Celui-ci ayant admis que c'est lui qui a conduit le président, Michel Kafando, en lieu sûr. Toutefois, Me Zèba a signifié qu'il doit bénéficier de circonstances atténuantes.

La raison, selon elle, est que «Rambo» a obéi aux ordres de son supérieur hiérarchique, Eloi Badiel, mais sans violence, ni coup de feu. «Si le commando qui s'était retrouvé devant le président Thomas Sankara en 1987 avait réagi ainsi, il serait toujours en vie», avance-t-elle.

Pour les infractions de meurtre et de coups et blessures volontaires, considérées comme les conséquences prévisibles de l'attentat, Me Zèba a souligné qu'il n'y a aucun lien de cause à effet entre les deux chefs d'accusation.

Pour elle, le meurtre et les coups et blessures sont des infractions de commission, d'action. Ce que son client n'a pas fait, à l'écouter. C'est pourquoi, elle a demandé de l'acquitter pour infractions non constituées. Il en est de même pour les deux derniers chefs d'accusation.

L'avocate a aussi demandé au tribunal de débarrasser son client de certains clichés, notamment le surnom «Rambo» qui porte en lui des germes de la suspicion et d'examiner sereinement son cas lorsqu'il va entrer en voie de condamnation.

Trouvant la réquisition du parquet (25 ans de prison ferme) contre son client lourde, Me Zèba a demandé au tribunal de lui appliquer la peine minimale et d'assortir le reste de sursis.

Quant à Moussa Nébié, il a demandé pardon au président Kafando et déclaré qu'il est victime du pseudonyme «Rambo».

Avant la reprise des plaidoiries dans la soirée, le parquet s'est prononcé sur une demande de liberté provisoire introduite par Me Olivier Somé au bénéfice de son client, Yacouba Kinda. Il a requis de la rejeter comme étant mal fondée.

Le tribunal a mis le dossier en délibéré pour le lundi 15 juillet prochain. L'audience, elle, reprend ce mercredi à 9 heures.

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