10 Juillet 2019

Cote d'Ivoire: Gontougoetbounkani - Les solutions concrètes qui vont mettre fin au trafic de l'anacarde

Le gouvernement ivoirien dispose d'un certain nombre de stratégies de lutte contre la fuite de la noix de cajou vers les pays frontaliers et plus particulièrement vers le Ghana. Il s'agit de moyens de coercition, de dissuasion, d'incitation et des solutions visant à encourager la transformation locale du produit.

Des solutions urgentes pour résoudre l'épineuse question de la fuite des produits vers les pays frontaliers. En effet, selon les statistiques de l'ARECA, la fuite de la production ivoirienne de noix de cajou vers les pays limitrophes et plus particulièrement le Ghana porte sur plus de 50 000 t.

On estime à plus de 17 milliards de francs CFA, la perte financière enregistrée l'année dernière par l'économie nationale du fait de ce phénomène.

Cette situation induit des conséquences néfastes sur les investissements en ce qu'elle annihile la mise en œuvre d'importants projets de développement, aussi bien au plan national que régional.

Les régions du Gountougo et du Bounkani, grandes productrices de noix de cajou, payent un lourd tribut à cause de ce fléau.

En effet, en raison de la longue frontière que ces deux régions partagent avec le Ghana et le Burkina-Faso, une grande partie de leurs productions est frauduleusement convoyée vers ces pays voisins.

Par exemple, la production annuelle du Gontougo qui était de 120.000 tonnes en 2014 a subi une chute vertigineuse depuis.

Malgré les efforts entrepris par le Conseil du Coton et de l'Anacarde et les autorités locales, le phénomène perdure et prend une ampleur que la différence du seul prix d'achat indicatif bord champ ne saurait justifier.

LA NECESSAIRE COLLABORATION DES POPULATIONS

En vue de lutter efficacement contre ce fléau qui grève dangereusement l'économie nationale, la Direction générale des Douanes a décidé de s'impliquer activement dans le combat.

A cet effet, le Colonel-major Dah Pierre, Dg des Douanes, a effectué une tournée de sensibilisation auprès des acteurs impliqués dans la production, le transport et la commercialisation des noix de cajou, du 15 au 16 mars 2018 dans le Gountougo et le Bounkani.

Cette tournée visait à sensibiliser les différents acteurs du secteur cajou sur l'urgente nécessité de mettre un terme définitif à ce fléau qui gangrène dangereusement l'économie nationale.

De façon spécifique, le premier responsable des Douanes ivoiriennes a présenté l'ampleur du phénomène, montré son impact négatif sur l'économie nationale, informé sur les risques que ce fléau fait courir aux projets d'investissements en Côte d'Ivoire, sensibilisé sur les mesures en vigueur et les sanctions encourues par les personnes impliquées dans ce trafic.

Au cours de la tournée, le directeur général et sa délégation ont eu des séances de travail avec les producteurs de noix de cajou des deux régions, notamment, les producteurs individuels et les coopératives, les acheteurs, les transporteurs, les jeunes, les autorités villageoises, les chefs de village et des communautés nationale et étrangère et les chefs religieux.

LES SOLUTIONS COERCITIVES

La direction régionale des douanes a lancé à Abengourou son programme de lutte contre la fuite de l'anacarde vers le Ghana qui reste une activité très active dans l'Est ivoirien.

Dans le cadre du plan GELENC (Groupe d'intervention pour la lutte aux frontières Nord-Est contre l'exportation frauduleuse de la noix de cajou), le directeur régional des douanes, le Lieutenantcolonel Sanogo Ousmane, avait instruit ses hommes aux fins de traquer les pilleurs de l'économie ivoirienne.

Aux agents de l'équipe qu'il a mise en mission, l'officier qui est également le responsable du GELENC a demandé de rester loyaux, professionnels et concentrés sur leurs objectifs qui consistent à dissuader les trafiquants d'anacarde. Il leur a conseillé de rester inflexibles face à toute sorte d'hostilité tout en étant dévoués à la hiérarchie.

La mission sur le terrain dévolue aux agents projetés dans les zones sensibles consistera à sensibiliser les populations sur la nécessité pour l'Etat de récolter les droits et taxes liés au commerce du produit, lesquels sont estimés à 40 milliards de francs CFA. Selon le Lieutenant-Colonel Sanogo, la direction générale des douanes , très préoccupée par le fléau, entendait soutenir l'opération le temps de la campagne.

Le phénomène nous préoccupe car cet acte d'incivisme a atteint un niveau tel que nous nous demandons si ce n'est pas de la défiance. Il faut que les populations comprennent que c'est pour elles que nous nous battons. Les droits recueillis serviront à développer les régions. Nos équipes ont reçu les matériels nécessaires et nous leur faisons confiance » avait indiqué l'officier supérieur des douanes.

Le sousdirecteur chargé de la surveillance et des interventions, le Lieutenant-colonel Emile Kouassi, avait rappelé que la mission bouclera près d'une vingtaine de points partant d'Agnibilékro à Bouna en passant par Bondoukou, soit trois régions. Selon le délégué régional du Conseil Coton Anacarde, M. Bamba Sory, sa structure travaille en collaboration avec les autorités sécuritaires et la douane.

A cet effet, il saisit régulièrement ces entités dès qu'une situation relative à une fuite de l'anacarde se présente. Mais cette solution qui implique les forces de l'ordre et de défense est rendue difficile par la tendance très belliqueuse des trafiquants qui n'hésitent pas à prendre à parti les agents des forces de l'ordre et de défense chargés de réprimer leurs actes délictueux.

La tâche des agents est d'ailleurs rendue encore plus difficile par l'absence de collaboration des populations qui préfèrent être complices des contrevenants aux lois.

Les textes de lois qui organisent la lutte contre la fuite du produit manquent aussi par leur mutité sur certains aspects du problème à telle enseigne que bien souvent, les saisies effectuées par le Conseil Coton Anacarde appuyé par la police, la douane ou les soldats finissent en justice au détriment de la filière.

En effet, les actions du gouvernement sont souvent compromises par l'insuffisance des textes réglementant la lutte contre la fuite de l'anacarde. Toutefois, depuis le début de la campagne en cours, de nombreuses saisies de camions en route pour le Ghana ont été effectuées, selon Bamba Sory.

QUAND LA HAUSSE DU PRIX CHANGE LA DONNE

Le mercredi 1er mai à l'occasion de la fête du Travail, le Premier ministre Amadou Gon Coulibaly annonçait des mesures prises en vue de faire respecter le prix fixé par le gouvernement pour la commercialisation de l'anacarde. « Concernant l'anacarde dont le prix d'achat fixé par le gouvernement à 375 FCFA le kilo n'est pas respecté, des mesures viennent d'être prises par le Conseil coton-anacarde.

Il s'agit premièrement de la signature le 20 mars 2019, d'un protocole d'achat de 200 000 tonnes de noix de cajou brutes entre le groupe TNT et le groupement d'intérêt économique des exportateurs nationaux et le Conseil coton-anacarde.

L'élaboration d'un plan d'intervention des membres de ce GIE sur la base d'un zonage d'intervention des partenaires acheteurs, pour couvrir toute la zone de production, l'élaboration des modes opératoires de celui des opérations sur le terrain par le Conseil coton-anacarde a pour effet de s'assurer du respect effectif du prix de 375 FCFA le Kg », avait annoncé le chef du gouvernement.

Cette mesure qui commence à être appliquée laisse entrevoir de très bonnes perspectives sur le terrain. Selon certaines sources, les Ghanéens qui disposent d'un important stock d'anacarde dans leurs magasins pourraient faire suivre le chemin inverse au produit, en l'exportant vers la Côte d'Ivoire.

Du coup, la donne serait inversée et le problème de la fuite des produits sera au niveau des autorités du pays voisin. Selon Bamba Sory, cette mesure est la bienvenue car elle donne une bouffée d'oxygène aux producteurs.

Mais une des solutions à encourager afin que le problème du trafic de noix de cajou soit un vieux souvenir reste le combat de la qualité. Selon le délégué régional du Conseil du Coton et de l'Anacarde, le voisin ghanéen est très loin d'être un grand producteur.

Toutefois, il surclasse notre pays en matière de traitement des noix. D'ailleurs, le produit qui est frauduleusement envoyé vers ce pays par les trafiquants subit un traitement pour en améliorer la qualité avant son exportation.

Ce combat de la qualité gagné, la destination Ghana est très prisée par les multinationales. Selon Bamba Sory, si la Côte d'Ivoire gagne ce combat, le produit ivoirien sera très recherché et dans le même élan, le coût grimpera, résolvant la question du prix bord champ.

C'est pourquoi, des efforts doivent être faits en matière de séchage, de tri et au niveau de la sacherie.

LA TRANSFORMATION: L'ARME IMPARABLE

Une des solutions que le gouvernement ivoirien a mis en oeuvre pour régler le problème de la fuite de l'anacarde vers les pays voisins et qui sera très bénéfique aux producteurs locaux reste la transformation, selon le délégué régional Bamba du Conseil coton-anacarde. A ce niveau, la Côte d'Ivoire a pris des initiatives qui portent déjà leurs fruits. Il s'agit de la transformation locale des noix.

A cet effet, quatre régions (Bondoukou, Bouaké, Séguéla et Korhogo) devant abriter des zones de transformation ont été retenues.

Il s'agit de doter plusieurs dizaines d'hectares d'infrastructures électriques, routières et hydrauliques afin que les transformateurs qui désirent s'installer n'aient qu'à y implanter leurs bâtiments.

Cette solution qui a déjà commencé à voir le jour dans le Gontougo (à Gouméré et Transua) rapprochera les producteurs des entreprises et leur évitera les longs et fastidieux efforts de transport pour accéder aux ports. Dès lors, les producteurs percevront une plus-value.

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