Burkina Faso: Procès du putsch - «C'est un acte regrettable», colonel Kiéré

10 Juillet 2019

Pour ses conseils, le colonel-major Boureima Kiéré est totalement innocent.

Les plaidoiries de la défense dans le procès du putsch se sont poursuivies, hier mercredi 10 juillet 2019. Pour les conseils du colonel-major, Boureima Kiéré, leur client est «totalemen» innocent.

Le colonel-major, Boureima Kiéré, seul membre de la Commission de réflexion et d'aide à la décision (CRAD) à être accusé dans le procès du putsch, est «totalement innocent comme les autres qui ont aidé à trouver une solution». Il était constamment en contact avec la hiérarchie militaire, selon sa défense.

Pour Me Dieudonné Bonkoungou, l'un des avocats de l'officier qui l'a défendu, hier mercredi 10 juillet 2019 devant le tribunal militaire, il a signé, le communiqué n°1 du Conseil national pour la démocratie (CND), le 17 septembre 2015, après la proclamation du putsch, par peur pour sa vie. Il a poursuivi que dans le contexte d'alors, marqué par des tergiversations au sein de l'armée, bien malin qui pouvait dire comment se comporter face aux putschistes.

A ses dires, le colonel-major Kiéré était le «pompier de service», l'humaniste que beaucoup, tels le défunt, Salif Diallo, l'actuel président du Faso, Roch Marc Christian Kaboré, Safiatou Lopez et la hiérarchie militaire ont sollicité pour sauver des situations. Il s'agit notamment, a cité Me Bonkoungou, des soins administrés au policier Yacouba Manli, blessé au domicile de Salifou Diallo, du repas et des médicaments apportés au président Michel Kafando alors séquestré. Un autre conseil de l'accusé, Me Mireille Barry, en a conclu que M. Kiéré est un «drôle de complice d'attentat à la sûreté de l'Etat».

D'après l'avocate, les événements du 16 septembre 2015 et jours suivants ne seraient pas arrivés s'il n'y avait pas eu de compromissions politiques pendant les 27 ans de règne de l'ex-président Blaise Compaoré et l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014, avec des Organisations de la société civile en quête de reconnaissance et d'argent. «Le raccourci de l'amalgame» Les défenseurs du colonel-major s'en sont aussi pris à l'accusation et à ses réquisitions. A en croire Me Bonkoungou, à l'égard de leur client et autres accusés, le parquet n'a pas accompli son obligation légale de motiver ses réquisitions ou s'est contenté de «motivations lacunaires».

Cela, parce qu'il «n'a pas de charges réelles à articuler contre les prévenus». Sur ce, l'auxiliaire de justice a estimé qu'il n y a pas de réquisitions. «Dans ces circonstances, vous ne pouvez pas juger M. le président du tribunal. L'accusation vous demande de juger sans dire quoi juger, de condamner sans préciser pourquoi», a dit Dieudonné Bonkoungou. Et de dénoncer une inversion «injuste» de la charge de la preuve par laquelle le parquet impose à la défense de démontrer que son client n'a pas eu d'intention coupable lors des événements. Revenant sur les faits, le conseil a déploré une volonté du ministère public d'entretenir de l'amalgame. L'homme de droit a fait savoir que la participation de l'accusé, le 16 septembre 2015, à la réunion des officiers de l'ex-RSP dans le bureau du chef de corps n'est pas un élément de complicité.

Car, l'intéressé y est allé, sur instruction de la hiérarchie, pour comprendre les tenants et les aboutissants de la situation d'alors. Par ailleurs, a soutenu le défenseur, son client n'était pas de mèche avec les putschistes quand sur ordre du général Diendéré, il a lu une déclaration à la rencontre de la CRAD, dans la soirée du 16 septembre. Me Bonkoungou s'est aussi dit convaincu que la désignation, par Boureima Kiéré, du capitaine Gaston Kaboré pour la mission héliportée à la frontière ivoirienne n'est pas punissable au même titre que son autorisation et exécution.

Selon l'avocat, la mission n'a pas été commanditée par l'accusé et a, du reste, été exécutée grâce au concours de ses supérieurs hiérarchiques, en l'occurrence le chef d'Etat-major de l'armée de l'air à l'époque et son adjoint. S'agissant des infractions de meurtres et de coups et blessures volontaires dont l'officier supérieur est accusé, l'homme en robe noire a argué que le parquet a de la peine à établir les faits et à en démontrer les éléments moraux constitutifs.

«C'est pourquoi, il a pris le raccourci de l'amalgame», a déploré Me Bonkoungou. Et d'indiquer que lesdites charges sont donc absentes pour son «protégé» qui doit être acquitté en lieu et place des cinq mois de prison assortis de sursis qu'a proposés le ministère public. Pour sa part, le troisième conseil du colonel-major Kiéré, Me Thierry Michel Traoré, a soutenu que le putsch s'est arrêté à l'arrestation et à la séquestration des autorités de la Transition. Par conséquent, les agissements de son client à ce coup de force, ne peuvent être assimilés à une complicité. «Si ma condamnation peut apaiser les cœurs » Me Traoré a dénoncé une mauvaise interprétation de l'article 67 par la partie poursuivante.

Le parquet et la partie civile invoquent cet article effectivement pour analyser les meurtres et coups et blessures volontaires comme des «conséquences prévisibles» de l'attentat à la sûreté de l'Etat. «C'est une passerelle trop facile. Comme on ne retrouve pas les auteurs, on estime que ceux qui ont fait le putsch sont ceux qui ont tué», a réagi l'avocat. A l'entendre, personne n'aurait pu prévoir que dans le cadre de ce putsch, ni l'armée, ni la police, ni la gendarmerie allaient refuser de jouer leur rôle de maintien d'ordre, ni que des «radios pirates illégales» allaient appeler les populations à sortir protester.

De l'avis de Me Traoré, les morts ont eu lieu dans le cadre d'attroupements illégaux. Si l'avocat a admis le principe de la désobéissance civile en cas de changement illégal au sommet de l'Etat, il a soutenu qu'on ne saurait commettre une infraction pour s'opposer à une autre infraction. «La désobéissance civile doit être une forme de protestation pacifique consistant à ne pas exécuter les actes quotidiens qu'on a l'habitude de faire. Les responsables des morts, vols, pillages ... c'est la police et la gendarmerie qui n'ont pas joué leur rôle régalien. Monsieur le président, il faut situer les responsabilités !», a clamé le conseil.

Au demeurant, s'agissant de son client, Me Traoré a soutenu que les éléments audio et les perquisitions de ses bureaux ont révélé que rien n'incrimine le colonel-major. En conséquence, il a souhaité que le tribunal l'acquitte de tous les chefs d'inculpation. Invité à se prononcer, le principal concerné a estimé que l'armée n'a pas pour vocation de se mêler des affaires politiques et a trouvé que le coup d'Etat a été un acte regrettable. Il a exprimé sa compassion aux victimes et souhaité que la sagesse habite les membres du tribunal au moment de prendre leur décision.

A sa suite, le président du tribunal a invité le soldat de 1re classe, Seydou Soulama, dont la cause a été défendue la veille mardi, à se prononcer. Le militaire a exprimé ses états d'âme qu'il a préalablement pris le soin de consigner par écrit : «Je n'ai fait qu'exécuter des ordres et cela me vaut aujourd'hui que le parquet requiert 25 ans de prison ferme contre moi. Je suis toujours jeune, ma place c'est auprès de mes frères d'armes, pas à la MACA. Je vous demande de m'accorder une circonstance atténuante.

Mais si ma condamnation peut apaiser les cœurs des victimes et le repos des âmes des disparus, condamnez-moi ! Je vous laisse ma jeunesse, faites-en bon usage». L'audience se poursuit le vendredi 12 juillet 2019 avec les plaidoiries en faveur de Roger Koussoubé alias le Touareg, Amado Zongo et Abdoul Nafion Nébié.

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