Congo-Kinshasa: Le président Tshisekedi et le sénateur Kabila - Deux coqs sur le même fumier

analyse

Les événements de ces dernières semaines soulèvent de sérieuses questions quant à la conduite éclairée du pays. Il est vrai que, depuis son investiture, le président Tshisekedi a multiplié par-ci par-là des gestes qui se veulent dans la ligne des désirs et des revendications de l'Opposition en 2018. Toutefois, les efforts tendant à «déboulonner» les antivaleurs de la corruption et de l'impunité, un mot très significatif qui a fort mal résonné dans les oreilles des membres du FCC, ses efforts, disons-nous, sont contrecarrés par ceux-là mêmes qui sont supposés former une coalition avec lui pour sortir notre pays du marasme social et économique.

La désignation du cacique Tambwe Mwamba comme candidat à la présidence du Sénat montre à suffisance que la pieuvre kabiliste est en train de refermer tranquillement, mais sûrement, ses tentacules autour du pouvoir actuel, quitte à reprendre, au moment voulu, tous les leviers du pouvoir décisionnel.

Nous, filles et fils du Congo démocratique devons tenir ferme et défendre becs et ongles l'État de droit et faire triompher les valeurs fondamentales de justice, de paix et de travail.

«Aide-toi, le Ciel t'aidera»

Cette morale de La Fontaine est toujours d'actualité. Les premiers mois suivant l'investiture du président Tshisekedi ont été critiques à bien des égards. En effet, il a dû faire face à un nombre impressionnant de défis. Certains ont eu l'impression qu'il n'y était pas préparé. Cependant, nous devons admettre qu'il y a un temps opérationnel pour pouvoir asseoir son autorité et installes les bonnes personnes à la bonne place en considération de leurs compétences. Les Congolais s'inquiètent avec raison face à l'avénement à pas de tortue du changement souhaité. Le sénateur Kabila est toujours présent à travers les institutions et les façons de faire mises en place durant les 18 ans de pouvoir. Si l'incertitude persiste, cela va nuire à l'autorité de l'actuel président et sa crédibilité s'effritera progressivement.

Le président Tshisekedi a placé, il n'y a pas longtemps, notre pays sous la protection de Dieu. Il a insisté sur les valeurs de pardon et de réconciliation pour relancer notre pays sur la voie du progrès et du développement socio-économique. Pourtant nous ne sommes pas sans savoir qu'il y a eu des actes criminels graves contre des personnes et des biens privés et publics. Des injustices criantes ont élu domicile dans notre pays. «Selon que vous serez puissant ou misérable, les jugements de cour vous rendront blanc ou noir» avait conclu La Fontaine.

Les crimes commis au Congo ne sont pas des faits banals à balayer du revers de la main avec des mots magiques. La justice congolaise doit sévir si ces faits s'avéraient exacts. Tant qu'à être sur le terrain divin, Dieu lui-même s'étant rendu compte que les hommes étaient de plus en plus malfaisants et que les penchants de leur cœur les portaient constamment vers le mal, en dépit de sa bienveillance il ne s'empêcha pas de les punir en faisant déferler sur eux le fameux déluge qui correspondra au «déboulonnement » si celui-ci se concrétise.

Au regard des richesses naturelles et minières et des ressources humaines disponibles, nous n'avons pas à attendre l'assistance de la Banque mondiale, de la Banque africaine de développement ou de l'Union européenne pour relancer notre économie. Si nous renforçons les mécanismes de mobilisation des recettes de l'État de diverses provenances- impôts, taxes, dividendes- nous n'aurons pas à payer des intérêts rattachés aux prêts qui réduisent davantage nos moyens d'action et de paiements et limitent nos capacités d'investissements dans d'autres secteurs vitaux.

Il n'y a pas que les ressources minières au Congo; les ressources naturelles, les eaux et les forêts représentent d'autres atouts majeurs. Certains de ces organismes internationaux existent depuis belle lurette. Posons-nous la question pertinente de savoir combien de pays à travers le monde ont pris leur envol économique avec leur assistance. On a assaini la fonction publique de plusieurs États sans que cela produise les effets escomptés.

La croissance économique de notre pays viendra d'abord et principalement de nous-mêmes, acteurs congolais, et des instruments efficaces que le gouvernement mettra en place pour mobiliser l'épargne nationale. L'économie recherche aussi la réalisation du bien commun à travers la gestion des ressources rares. Dieu nous a pourvus des ressources immenses et de l'intelligence conséquente pour comprendre nos problèmes et les résoudre adéquatement en trouvant des solutions idoines. Par conséquent, retroussons nos manches et mettons-nous au travail pour le bien commun en transcendant, par un effort suprême et par devoir envers la nation et le peuple congolais, nos clivages et relents de tribalisme, régionalisme et d'extrémisme.

Nous et notre Congo

Un fumier constitue un amas de déjections dont la transformation permet de fertiliser la terre en agriculture. L'état des lieux nous présente un Congo de misère matérielle et morale où la déprédation des richesses nationales alliées à la dépravation des moeurs politiques et sociales nous offre le spectacle désolant de la corruption et de l'impunité à travers les 18 ans de l'ère kabiliste, bref le résultat des dérives de la permissivité et de l'impunité dirait le prix Nobel Mukwege. On ne peut plus demander au peuple congolais de s'armer de patience et mettre ses aspirations légitimes en stand-by. Cet état de médiocrité n'est pas immuable, car, comme on dit, on peut trouver une perle dans un fumier.

Le peuple congolais constitue cette pièce maîtresse de grande valeur dans cet environnement trivial. La main, l'amour de la patrie et le coeur du peuple congolais vont transformer ce fumier en ferment du bien-être collectif. Comme l'a signalé Mgr Ambongo, « du mal peut sortir le bien». Nous pouvons tirer le bien du mal si nous aidons notre pays à se libérer complètement de l'emprise de l'injustice, des biens mal acquis et de l'enrichissement illicite. Nous avons la mission difficile, mais non impossible, de remettre sur les rails notre pays en sachant que les députés et les sénateurs pro-Kabila sont majoritaires, que la justice est asservie et que les instruments de la sécurité publique sont sous la coupe kabiliste.

Nous avons la mission de provoquer le sevrage du président Tshisekedi au sein du FCC-CACH et ainsi mettre fin au servage du peuple congolais pris en otage par des dirigeants qui ne rêvent que du moment où ils reprendront les rênes du pouvoir pour paupériser et dépouiller le peuple congolais de toute sa dignité. Il est plus que temps pour nous tous de sortir de la «république des inconscients» (Mutinga), d'unir nos efforts pour lever les entraves au changement. Certains font ressortir l'inexpérience des cadres de l'UDPS «qui n'ont jamais travaillé», mais où est rendu notre pays avec ces autres cadres du FCC qui ont accumulé une expérience de 18 ans au pouvoir?

Les partis de l'Opposition de 2018 ont le devoir de se remuer et d'éduquer sans cesse leurs partisans afin qu'ils comprennent que la véritable lutte est celle de démolir le système kabiliste si bien enchâssé, de lever tous les pièges qui menacent l'existence des personnes et de la Nation et, en définitive, de contribuer au bien-être collectif et à la paix dans tout le pays.

La pacification de tout le territoire national est une condition sine qua non de la relance des investissements et de l'évolution socio-économique durable de notre pays dans un nouveau contexte de respect des normes établies d'exploitation des ressources, de l'application des règles du code du travail congolais. Nous avons le devoir patriotique de rebâtir une vraie armée congolaise qui prend soin des filles et fils du pays qui sont prêts à payer de leur vie notre existence et l'avenir des futures générations. Cette armée, nous ne devons plus la polluer avec des rebelles et pillards de tout acabit récupérés par-ci par-là lors des opérations douteuses de brassage. Avec une telle armée, les pays voisins qui nourriraient encore l'ambition de balkaniser notre pays devront se rappeler du dicton « qui s'y frotte, s'y pique».

Nous voulons un État de droit. Nous constatons que le Droit n'est pas droit; il est dévié, courbé. Nous avons dès lors le droit de le redresser pour pouvoir vivre en paix et dans la justice, jouissant honnêtement et pleinement du fruit de notre travail. Le sang versé et le dur labeur quotidien des Congolaises et Congolais est le prix à payer pour ce beau Congo à venir.

Vini Mbilo, analyste politique et correspondant particulier au Canada

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