Afrique: Le Cameroun mise sur son agriculture

interview

« Notre pays va vendre tout ce que produit son sol »

Depuis le 7 juillet dernier, la Zone de libre échange continentale africaine (Zlecaf), a été portée sur les fonts baptismaux à l'occasion d'un sommet extraordinaire de l'Union africaine (UA) organisé au Palais des Congrès de Niamey au Niger. Un événement qui a eu lieu grâce à la ratification de l'accord de création par 27 des Etats membres de l'UA. L'ouverture de cet espace commun met sur pied un marché d'1,2 milliard de consommateurs aujourd'hui, et qui sera porté à 1,7 milliard en 2030, et 2,5 milliards d'ici 2050, des classes moyennes extrêmement importantes. De retour de Niamey, où il a assisté au lancement de la phase opérationnelle de la Zlecaf, le ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana, revient une fois de plus sur les enjeux de ce marché commun, mais surtout sur la place que le Cameroun, en tant locomotive de la région Afrique centrale, compte y occuper, mais aussi ce que le pays va proposer en terme de produits et de service. Voici l'interview du ministre du Commerce, Luc Magloire Mbarga Atangana.

Monsieur le ministre, vous revenez de Niamey où la zone de libreéchange continentale africaine est officiellement entrée en vigueur. Quelle perception a le Cameroun de ce vaste marché qui se met en place ?

C'est la matérialisation d'un vieux rêve. Celui des pères fondateurs de l'Organisation de l'unité africaine au lendemain des indépendances. Il était question d'unifier l'Afrique, d'en faire un seul et même espace. Nos pères fondateurs en ont rêvé et nos dirigeants actuels l'ont réalisé. La Zlecaf va audelà de ce rêve que j'ai évoqué. Elle part concrètement de cette conférence des chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union africaine (UA) du mois de janvier 2012 à Addis Abeba où l'idée renaît des cendres : créer une zone de libre échange continentale de l'Union africaine. Il a fallu près de quatre ans pour que le processus s'enclenche véritablement. C'est en février 2016 que les négociations sont lancées, négociations menées la réunion des ministres du Commerce de l'UA. Le 21 mars 2018 à Kigali au Rwanda, à l'occasion d'une conférence extraordinaire des chefs d'Etats et de gouvernement de l'Union africaine, l'acte constitutif est signé après près de deux ans de négociations. Contre toute attente, à Kigali, 44 Etats signent sur 55 d'entrée de jeu. L'Afrique est en train de faire un aggiornamento fondamentale. La Zlecaf nous renvoie aux sources du multilatéralisme parce qu'à l'origine quand on négociait ce cycle, on disait qu'on va promouvoir le développement par le biais du commerce. Comment cet accord sera-t-il opérationnel sur le terrain? L'opérationnalisation des échanges sera effective dès le 1er juillet 2020. Nous aurons dans l'intervalle tout réglé notamment, les règles d'origine et la liste de concessions tarifaires.

C'est un élément important, principalement à l'adresse de nos créateurs de richesses et des opérateurs économiques. Quand on parle de démantèlement tarifaire, de libéralisation des échanges, c'est un processus. Tout ne sera pas ouvert. Et ce qui sera ouvert, ne le sera pas en même temps. Il y a trois catégories de produits : le groupe principal qui comprendra 90% de lignes tarifaires, c'est-à-dire 90% des échanges qui seront libéralisés selon qu'on est pays moins avancés (PMA) ou qu'on ne l'est pas. En ce qui concerne le délai de libéralisation, il est de cinq ans. Et pour les PMA, le délai de démantèlement devrait être bouclé sur 10 ans. La deuxième catégorie, ce sont des produits sensibles. Ils représentent 7% des lignes tarifaires ou des échanges. Le délai de libéralisation sera de 13 ans. Et enfin le dernier concerne les produits d'exclusion, c'est 3% des échanges tarifaires. Le processus progressif et étalé dans le temps n'englobant pas tout en même temps en fonction du degré de développement d'un pays. Je précise que les listes des produits sont notifiées par les pays ou les unions douanières des communautés économiques régionales, dans notre cas, c'est la CEMAC.

Qu'en sera-t-il des problèmes de monnaie et de devises ?

C'est un élément important. Il y a eu une démonstration à Niamey par Afreximbank. On a expliqué comment les échanges pourront se faire. Les opérateurs et les commençants pourront vendre, acheter et établir des factures dans leurs monnaies respectives. Là, on résout le problème de la rareté des devises. C'était également l'un des obstacles à lever. Les échanges ne se feront pas forcement en devises internationales.

Concrètement, au moment où le libre-échange devient opérationnel, que va vendre le Cameroun sur le marché continental ?

Le Cameroun va vendre tout ce que sait produire son sol. Les produits agricoles de bonne facture. Il n'est un secret pour personne que le Cameroun à lui seul réunit six zones agro-écologiques c'est-à-dire que le Cameroun produit tout. On pourra donc vendre les produits agro-écologiques, issus de notre sol, les produits aromatisés, les produits à la saveur inégalée. Le Cameroun va pouvoir transformer ses produits, mettre en exergue tout son savoir-faire industriel.

Dans deux secteurs dans l'agro-industrie par exemple: les huiles végétales raffinées et le savon, nous avons une surcapacité en cette matière. N'eût-été les différents obstacles auxquels nos industriels sont confrontés, nous pourrions approvisionner largement minimum le marché de la sous-région avec nos huiles et produits dérivés. Nous pouvons aujourd'hui, dans l'industrie cosmétique également avec des essences issues de nos arbres et de nos forêts avec des produits de bonne facture, occuper largement l'espace africain. Dans le domaine de l'industrie lourde, nous avons une capacité industrielle qui peut approvisionner largement audelà de nos frontières grâce aux produits tels que le fer à béton et les produits connexes, le ciment qui n'ont rien à envier à ceux venus d'ailleurs. Donc qu'il s'agisse des produits purement agricoles, de l'agro-industrie ou de l'industrie lourde, le Cameroun a ce qu'il faut.

Allons-nous nous contenter de la matière première?

Il faudra aller vers la transformation locale. J'aime à citer cet exemple, à quoi sert pour beaucoup notre cacao, parce que la production est faible ? Il sert pour l'essentiel de produit de couverture du fait de sa couleur rouge brique. Donc les chocolatiers français l'utilisent comme couverture pour que ça présente bien. Mais nous pouvons être à la source même de la production des chocolats et autres confiseries de bonne qualité.

Sur le plan institutionnel et juridique, quelles sont les dispositions qui ont été prises prise par le Cameroun ?

Sur le plan institutionnel, nous avons signé l'accord de Kigali. Le parlement vient de ratifier. Le Cameroun a été très actif dans la négociation, au vu de son expérience liée à ce que nous avons vécu dans le cadre de la négociation des Ape avec l'Union européenne. Nous travaillons en ce moment à la conception des listes des concessions tarifaires que nous partagerons avec la Cemac de manière à être présent pour le rendez-vous sur le dépôt des concessions en ce qui concerne le commerce des marchandises en fin septembre 2019. Le commerce des services nous intéresse aussi. Il y a des demandes prioritaires notamment la communication, les services liés à l'entreprise, le transport, les services financiers, le tourisme et les voyages. Le Cameroun est une destination touristique énorme. De plus un portail dédié a été créé où les personnes intéressées par les échanges, vente ou achat ont accès à l'information et au marché.

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