Afrique de l'Ouest: UEMOA/ CEDEAO - Quand le CFA sauve l'ECO

Le 21e sommet ordinaire de l'Union économique et monétaire ouest- africaine (UEMOA), tenu vendredi dernier à Abidjan, a pris la décision de matérialiser leur adhésion à la monnaie communautaire de la CEDEAO, l'éco, dès 2020. Importante décision s'il en est qui donne à espérer la mise en œuvre à bonne date de ce projet emblématique d'intégration de la région ouest- africaine en même temps qu'il éclaire sur l'avenir du franc CFA.

En effet, à 6 mois de l'échéance de 2020, alors que les critères de convergence des économies des pays de la CEDEAO ne sont pas réunis pour la création de la monnaie commune, que faire? Rejeter aux calendes grecques la création de cette monnaie ou décider courageusement d'y aller par étapes ?

L'UEMOA privilégie visiblement la deuxième option. Ainsi, à moins d'un improbable rétropédalage, selon le président Alassane Dramane Ouattara, en 2020, la zone UEMOA fera ses adieux au bon vieux franc CFA pour embrasser la bien-nommée éco, la monnaie commune projetée de la CEDEAO. Mais en réalité, l'abandon du franc CFA ne le sera que de nom, l'UEMOA prônant la convertibilité fixe de l'éco, dans un premier temps, comme l'est le franc CFA, précisément au taux d'un euro pour environ 656 écos. Quid du dépôt des réserves de change et de l'or au Trésor français consenti par les pays de l'UEMOA pour garantir cette convertibilité ?

Le sommet d'Abidjan n'a pipé mot de ses conclusions sur le sujet mais on peut raisonnablement supposer que si la France doit continuer de garantir la convertibilité de l'éco, son Trésor va aussi continuer de garder en dépôt et l'or et les réserves de change de l'UEMOA. Cela s'apparente à un recul par rapport aux conclusions du sommet de la CEDEAO tenu dernièrement à Niamey, qui avait retenu un taux de convertibilité flexible pour l'éco. De quoi hérisser alors les poils de tous les partisans d'une rupture totale des liens monétaires qu'entretiennent les pays de la zone CFA avec l'ancienne métropole. On les entend déjà dénoncer cette mue monétaire à venir, un simple changement de nom du franc CFA, loin d'être la révolution anticolonialiste à même de satisfaire leur soif d'indépendance totale de l'Afrique.

Comme on les comprend sans faire chorus avec leur sentiment antifrançais ! De fait, s'il y a des inconvénients à ce que la France garantisse un taux de convertibilité fixe de l'éco, il y a aussi des avantages qu'il ne faut pas occulter par passion indépendantiste : disciple monétaire, faible inflation, croissance soutenue, bonne gouvernance macroéconomique sont les principaux avantages que souligne le président Alassane Ouattara, président en exercice de l'UEMOA, pour justifier le choix d'un taux de convertibilité fixe pour l'éco.

Les liens que cela permet avec la France et au-delà avec tous les pays de la zone euro sont des atouts de crédibilité de cette monnaie naissante. Au demeurant, ce n'est pas un fait du hasard si, à cette étape de la gestation de ce projet de monnaie commune ouest-africaine, il n'y a que les pays de la zone UEMOA qui soient les plus proches des critères de convergence nécessaires à sa création. On peut même résumer la situation en ces termes : la bonne gestion qui caractérise le franc CFA de l'UEMOA va sauver l'éco et lui donner un berceau confortable à la naissance, celui des économies assez bien tenues des 8 pays de la zone.

Ainsi la crédibilité du franc CFA va déteindre sur l'éco, et, des 8 pays de l'UEMOA, lui faire gagner petit à petit les 7 autres pays restants de la CEDEAO. N'est-ce pas que qui va lentement va sûrement ? En tout cas, c'est tout le mal que l'on souhaite au projet de création de l'éco qui, mené à terme, va engendrer la zone monétaire la plus vaste d'Afrique. On attend de voir !

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