Ile Maurice: Caméras Safe City - home cinéma

Il suffit de lever les yeux au ciel pour les voir. Certaines, solitaires, vous observent avec leur œil globuleux de cyclope, koumadir ou dwa zot kas. D'autres, en groupe, style gangsta, sont perchées sur leur branche en métal en bande de neuf ou dix, tels des pigeons prêts à vous balancer un peu de sauce blanche sur la tête. Pourquoi ces caméras sont-elles si nombreuses à un même endroit ? À quoi sert chacune d'entre elles ? Qu'en est-il de celles qui ont vue sur cour voire salle de bain de Madame ? Est-ce qu'on est safe dans la city ou ailleurs ?

La question a été soulevée au Parlement, mardi 2 juillet, par le député Osman Mahomed. Qui a fait ressortir que les caméras de Safe City sont braquées sur les portes et les fenêtres des maisons de plusieurs personnes, portant ainsi atteinte à leur intimité. Réponse de sir Anerood Jugnauth, ministre mentor ? «Si elle n'est pas placée sur une propriété privée, il n'y a rien à faire. Au cas contraire, laissez votre fenêtre fermée... »

Difficile cependant de «pisser» sur la question comme SAJ. David, qui habite Baie-du-Tombeau, se demande si son voisin pourra se balader en tenue d'Adam dans sa maison, vu qu'il y a des caméras-voyeuses qui le regarderont à travers impostes et fenêtres. «Bé kouma li pou fer ek sa la? Dan so plas mo ti pou per mwa... » Le voisin en question étant absent lors d'une virée dans le quartier.

Même inquiétude pour Nazim, qui habite St-Pierre, et qui voit des iris indiscrets qui balayent une maison à étage qui se trouve à proximité de son commerce. «Be zot pa pou look andan sa? Koumadir pé gagn direk dan lakaz. Pa santi ou safe ek pa koné ki pou fer ek bann zimaz-la.»

Nombre restreint de policiers

Nazim, David, leurs voisins et leurs proches finiront-ils par figurer à leur insu dans quelque film pour adultes ? On assure que non mais rien n'est moins sûr. Les images captées par les 4 000 caméras installées à 2 000 endroits spécifiques - au coût de Rs 19 milliards sur 20 ans - seront stockées dans un serveur à Ébène, ainsi que huit autres «sub command centres», indique Sherry Singh, patron de Mauritius Telecom, à qui le contrat a été alloué - le client étant la police. Lesdites images seront mises à la disposition «d'un nombre restreint de policiers», qui seront formés pour les décoder, les analyser, selon les dires, cette fois, du ministre mentor et ministre de la Défense.

Lookons ailleurs. Allô Huawei, ici citoyens inquiets. «To meet the requirement of the Mauritius Police Force and Government of Mauritius, Huawei proposed to help Mauritius build an all-cloud Safe City based on the concept of 'one cloud and one pool' to bring the digital world to every corner of the island», fait savoir l'entreprise chinoise, dont le siège social se trouve à Shenzhen, sur son site. Cloud ? On ne parle pas ici d'un cumulus ou d'un gros nuage gris, le cloud informatique signifie, en général, qu'on utilise des serveurs distants par l'intermédiaire d'un réseau, généralement Internet, pour stocker des données ou les exploiter.

Caractéristiques d'espionnage

Le ciel risque-t-il alors de nous tomber sur la tête ? Car plus de 60 % des caméras installées sont dotées de «caractéristiques d'espionnage». Il n'y a pas lieu de tirer la sonnette d'alarme selon Gong Yu-feng, conseiller politique auprès de l'ambassade de Chine. «Huawei est une société responsable. Ses dirigeants respectent la confidentialité des données des utilisateurs. Les caméras qui seront placées dans le cadre du projet Safe City sont là pour assurer la sécurité des Mauriciens. C'est un projet du gouvernement mauricien, Huawei n'en est que le fournisseur. Maurice est un pays souverain et responsable, il n'y a pas d'inquiétude à avoir», affirmait-il dans une interview accordée le 4 juin.

Xièxiè Monsieur mais on est quand même un peu suspicieux en voyant ces oiseaux de fer de mauvais augure. Pourquoi sont-ils si nombreux ? Pour «look Madam baigné» en 3D ? À faire une radiographie complète du squelette ? À savoir si on porte un string ficelle ou enn bal siman à une distance de quelque 500 mètres ? En fait, les smart cameras, dotées d'un système infrarouge, pourront reconnaître nos beaux visages radieux, identifier les plaques minéralogiques. La reconnaissance faciale - à ne pas confondre avec fessiale - permettra également de traquer les criminels recherchés ou des personnes disparues.

Ceux qui ont les dents gentiment jaunâtres ont tout de même le temps de s'acheter du dentifrice blancheur pour afficher leur plus beau sourire face aux 4 000 caméras. Car, s'il était prévu qu'elles «ouvrent les yeux» le 1er juillet, il faudra attendre fin décembre pour que tout le matériel soit installé. «Il se pourrait qu'on termine avant», confie une source bien informée.

On vous tiendra informés.

Smart what ?

Une «smart camera» est, comme son nom l'indique, une caméra dans laquelle est ajoutée de l'électronique permettant d'acquérir et de stocker des images mais aussi de traiter de l'information (traitement d'images) et de communiquer avec les systèmes environnants (réseau, automates, opérateurs... ) Ces systèmes sont construits autour d'un microprocesseur, véritable chef d'orchestre, aux commandes du capteur d'images et de l'ensemble des circuits d'interface. Le microprocesseur, associé à de la mémoire, remplit les mêmes fonctions qu'un ordinateur, mais en plus compact.

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