Burkina Faso: Procès putsch manqué - « Tout le monde m'a fui » (sergent-chef Roger Koussoubé, dit le Touareg)

Les plaidoiries de la défense dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015 se poursuivent au tribunal militaire de Ouagadougou. Deux avocats, Me Alexandre Sandwidi et Me Michel Traoré, ont plaidé le vendredi 12 juillet 2019 pour sortir le sergent-chef Roger Koussoubé d'affaire.

L'accusé a demandé la clémence du tribunal, disant que depuis le début de cette affaire, il est abandonné à son triste sort sans grand soutien de ses connaissances.

Avant de se lancer dans la défense de son client, Me Alexandre Sandwidi a signifié au tribunal qu'au regard des multiples crises qu'a connues l'ex-Régiment de sécurité présidentielle (RSP) et des difficultés de gestion que rencontraient les autorités de la Transition, il était prévisible que la Transition n'allait pas arriver à terme.

La question était de savoir ce qui allait la perturber. Pour lui, le non-respect de la Constitution, à cette époque, avait fait que le pouvoir se vendait moins cher au Burkina Faso. « Du coup, tout le monde voulait tenter sa chance ».

Le conseil de celui que le parquet présente comme l'un des cerveaux du coup d'Etat manqué de septembre 2015, le sergent-chef Roger Koussoubé, dit le Touareg, a rappelé au tribunal que son client était en ville lorsque l'adjudant-chef Jean Florent Nion l'a appelé pour qu'il rejoigne le camp.

Lorsqu'il est arrivé, il a vu beaucoup de véhicules garés. Ne comprenant pas ce qui se passait, il se met en retrait et regarde les mouvements des uns et des autres. A ce moment, précise son avocat, le commando qui a reçu l'ordre d'arrêter les autorités de la Transition avait fini sa mission.

Par la suite, il aperçoit l'adjudant-chef Nion et l'adjudant-chef Moussa Nébié, dit Rambo, devant leurs véhicules. Ils se préparaient à aller chez le général.

Le Touareg embarque avec le chef Nion, non sans prendre le soin de lui demander pourquoi il l'a fait venir dare-dare au camp. « C'est une énième crise du corps », a répondu Jean Florent Nion.

Si tels sont les faits, Me Sandwidi ne comprend pas pourquoi le parquet tente de faire croire que c'est Koussoubé qui a soufflé à l'oreille de Nion que le général a dit de faire un coup d'Etat. « Le général ne peut pas confier une information d'une telle envergure à Koussoubé pour qu'il la transmette à ses aînés.

Quel intérêt le général avait à le faire ? Monsieur le président, c'est improbable comme hypothèse. Un coup d'Etat n'est pas un jeu de guerre.

Le général ne peut dire de faire un coup d'Etat et jusqu'à 15h-16h, il est assis tranquillement chez lui sans prendre le soin de mettre sa famille à l'abri. On ne peut pas réduire le coup d'Etat à un petit manège, à un simple SMS ».

D'ailleurs, a-t-il poursuivi, quand ils sont arrivés chez le général Diendéré pour mieux comprendre la situation, Koussoubé entre, observe depuis la porte et n'aperçoit pas le père spirituel de leur corps. Il ressort de la cour et se met en retrait.

« Depuis le camp, s'ils avaient dit à Koussoubé qu'il s'agissait d'un coup d'Etat, il n'allait pas les suivre », a indiqué l'avocat.

Le Touareg avait été proposé pour faire partie de l'équipe qui devait assurer la sécurité du général. Il a fait savoir au major Badiel qui l'a proposé qu'il était malade, donc incapable de bien exécuter cette mission.

Le major lui a alors demandé de proposer un élément de son groupement (Groupement des unités spéciales) pour le remplacer. C'est ainsi que le caporal Sami Dah s'est retrouvé dans le coup.

« Sami Dah pourrait avoir raison quand il dit que c'est Koussoubé qui l'a mis dans cette affaire, parce que c'est lui qui l'a appelé. Koussoubé aussi peut dire que c'est Nion qui l'a appelé, donc c'est lui qui l'a mis dans ce pétrin », a argumenté Me Sandwidi.

Pour l'avocat, beaucoup de soldats ont été instrumentalisés. Certaines personnes, a-t-il indiqué, leur ont fait croire que les carottes étaient cuites pour le sergent-chef Koussoubé et qu'il fallait tout déverser sur lui.

Un acharnement, a-t-il affirmé, que son client n'arrive pas comprendre. « Quand il s'agit d'aller aider au désarmement, on fait appel à Koussoubé. Parce qu'il a refusé d'effectuer la mission ayant consisté en l'arrestation du président de la Transition, on le traite d'indiscipliné.

Parce qu'il a refusé de faire partie de la sécurité du général, on le traite d'incontrôlé. Je souhaite qu'il y ait ce genre d'indiscipliné et d'incontrôlé dans notre armée parce que cela peut servir un jour ».

Selon le conseil du Touareg, c'est la présence de son client à la radio Savane Fm que tous les avocats des parties civiles brandissent contre lui. Pour lui, Koussoubé est le seul accusé qui est resté constat dans sa défense ; pourtant, a-t-il affirmé, il est difficile de rester endurant dans le mensonge.

« Monsieur le président, vous avez fort à faire parce que rares sont les accusés qui ont confirmé le contenu de leur Procès-verbal (PV).

Ce qui va vous guider lorsque vous allez entrer en délibération, c'est ce qui a été dit lors des auditions devant votre barre. La vérité se trouve ici. Les P-V nous ont rapporté des déclarations calculées », a affirmé l'avocat.

Contre Roger Koussoubé, poursuivi pour complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat, meurtres, coups et blessures volontaires et incitation à commettre des actes contraires à la discipline, le parquet militaire a requis 25 ans de prison ferme.

Un réquisitoire qui désole le conseil de l'accusé, celui-ci estimant que le ministère public n'a pas tenu compte des débats qui ont eu lieu lors des auditions.

« Nous avons été déçus, parce que le parquet ne s'est pas basé sur ce qui s'est dit dans cette salle. C'est dommage que nous ayons passé 16 mois à prêcher dans le désert. Ce procès devait être le lieu pour le parquet de montrer qu'il maîtrise l'administration de la preuve », a déploré ledit conseil.

« Pourquoi tant de haine ? »

Pour Me Sandwidi, le parquet a eu la main trop lourde, pourtant, son client n'a rien fait. Aucune action, a-t-il indiqué, n'a été retenue contre lui, sauf à faire planer son âme partout.

A l'écouter, les uns et les autres se sont contentés de la théorie du commando invisible et de soutenir qu'il est indiscipliné et incontrôlable.

Paradoxalement, l'homme en robe noire a relevé que le chef Koussoubé avait l'avantage d'être écouté par les jeunes soldats. Certainement, a-t-il dit, pour son sens du leadership.

C'était toujours à lui, a-t-il ajouté, que la hiérarchie faisait recours quand il y avait une crise dans le corps, car elle estimait qu'il était le seul en qui les soldats avaient confiance.

« Zida, le Premier ministre de la Transition, est même entré en contact avec Koussoubé pour lui dire de travailler à ce qu'il y ait l'union au sein du RSP ; d'amener les hommes à faire table rase des crises précédentes », a affirmé Me Sandwidi.

Alors la défense du Touareg a voulu que le tribunal retienne qu'il a joué un rôle dans le désarmement de l'ex-RSP.

A l'hôtel Laïco également, il a mis en sécurité l'actuel président Roch Marc Christian Kaboré, alors que son garde du corps était blessé et mis également en lieur sûr la présidente d'honneur du cadre de concertation des OSC, Safiatou Lopez.

L'avocat du Touareg demande alors que toutes ces actions militent en sa faveur. Il a demandé au tribunal de lui donner une chance de se resocialiser parce qu'il n'a jamais cru à la resocialisation de la prison. Pour Me Sandwidi, le sergent-chef Koussoubé est un militaire par conviction. C'est pourquoi il a plaidé l'acquittement de son client.

Me Michel Traoré est également avocat du sergent-chef Koussoubé. Pour lui, le Touareg paye le prix de l'agent de renseignement, car ce type de militaires, a-t-il affirmé, s'ils ne perdent pas la vie, deviennent des parias.

Tout comme son prédécesseur, il a dit n'avoir jamais vu un coup d'Etat se préparer juste par un SMS. « Je vous invite donc, Monsieur le président, à sortir du film qu'on appelle : "Le Touareg". Jugez sur les faits réels qui sont dans le dossier. Si vous avez des doutes, acquittez Koussoubé ».

Appelé à dire son dernier mot, l'accusé s'est demandé pourquoi tant de haine et de calomnie de ses frères d'armes à son égard. Selon lui, s'il était la personne horrible dont la description a été faite par certains de ses coaccusés, il n'allait pas sauver des leaders d'OSC.

Après 18 ans passés dans l'armée, sans avoir été sanctionné une seule fois, le Touareg demande la clémence du tribunal, car avec cette affaire tout le monde l'a fui, sauf son épouse, ses enfants et sa maman.

« Je suis venu dans l'armée par conviction. Je vous demande de me donner une chance, car j'ai beaucoup appris durant les 3 années de détention. Monsieur le président, jugez sur les faits et non sur les préjugés », a dit l'accusé.

L'audience reprend ce lundi à 9h dans la salle des Banquets de Ouaga 2000.

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