Ile Maurice: Cannabis - Un filon en or (vert) pour séduire certains électeurs

Stupéfiant. Les politiciens ont-ils flairé le bon filon pour attirer une bonne partie des électeurs ou est-ce un véritable combat pour le bien-être des malades ? En tout cas, Navin Ramgoolam et Xavier-Luc Duval, ont fait de la dépénalisation du cannabis médical leur cheval de bataille. Ce, alors que les élections générales approchent à grands pas...

D'ailleurs, les rouges sont même en faveur d'un assouplissement de la loi envers les consommateurs de gandia. Paul Bérenger et les mauves suivent également ce courant, à un moindre degré certes. Le leader du Mouvement militant mauricien (MMM) en a parlé lors de la conférence de presse, qui s'est tenue à l'hôtel Hennessy Park, hier. «Il faut amender la loi pour que les petits consommateurs n'aillent pas en prison. Il faut les traiter comme des malades», insiste-t-il.

Les bleus vont plus loin et affirment que la dépénalisation du cannabis à usage médical fera partie de leur manifeste électoral. Et que tout parti qui souhaite faire alliance avec le Parti mauricien social-démocrate (PMSD) devra suivre le même courant de pensée. Ainsi, la Private Notice Question du leader de l'opposition était axée sur le cannabis médical mardi 9 juillet au Parlement.

Répondant à Xavier-Luc Duval, le ministre de la Santé, Anwar Husnoo a été cependant clair. Le gouvernement ne compte pas amender la loi tant que la Commission des Nations unies sur les stupéfiants n'a pas approuvé les recommandations des experts de l'Organisation mondiale de la Santé sur la «drug dependance». Ces scientifiques, eux, favorisent l'utilisation des dérivés du cannabis pour traiter certaines maladies, mais ce n'est que mars 2020 que ladite commission doit se réunir. En attendant, selon le ministre Husnoo, qui est également médecin, rappelons-le, «la consommation du cannabis peut provoquer des problèmes mentaux».

Avis des experts

D'autre part, Xavier-Luc Duval tient à donner des précisions sur sa démarche, électoraliste ou pas. «Je ne dis pas qu'il faut fumer du cannabis pour traiter les malades, mais je propose l'utilisation des dérivés du cannabis pour traiter certaines maladies ou pour soulager des patients. C'est totalement différent.» Il insiste sur le fait qu'il n'y a aucune motivation politique dans sa prise de position. «Je me base sur l'avis des experts. Ils ne sont pas politiciens. Plusieurs pays utilisent déjà le cannabis médical.» Il prône également plus de «souplesse» sur la consommation du cannabis pour combattre celle de la drogue synthétique.

Le député du Parti travailliste Arvin Boolell abonde dans le même sens que Xavier-Luc Duval. «C'est un combat que je mène depuis trois ans. Cela n'a rien à voir avec la politique. Ce sont ceux qui s'opposent à notre idée qui font de la politique», lâche le médecin. Plusieurs pays, ajoute-t-il, ont recours aux produits à base du cannabis pour soigner les malades. «Bien sûr, il faut un contrôle strict comme c'est le cas avec beaucoup de médicaments qui sont sur le marché local en ce moment.»

Fait notable, au cours de la semaine écoulée, l'ancienne présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim a donné son avis sur le débat via sa page Facebook. La chercheuse, experte des plantes, rappelle qu'il existe plusieurs types de cannabis dont les dérivés sont utilisés notamment dans l'industrie pharmaceutique à travers le monde. Elle précise aussi que dans plusieurs états des États-Unis, des patients sont autorisés à utiliser l'huile à base de cannabis. «La science est prête à aider, valider ou à tester les dérivés du cannabis, mais à Maurice, c'est impossible. Personne n'osera faire ces recherches en raison de la loi», explique-t-elle.

Du côté des travailleurs sociaux, Danny Philippe, du Collectif Urgence Toxida, reconnaît que l'usage du cannabis médical doit d'abord être un combat politique. «Ce sont les politiciens qui sont des décideurs qui amendent la loi, mais au final, ce sera une mesure qui profitera aux nombreux malades peu importent les retombées sur la politique.» Il dit regretter que le gouvernement veuille attendre 2020 pour se pencher sur la question. «Entre-temps, beaucoup de malades vont souffrir, voire mourir. Les autres pays n'ont pas attendu.»

De son côté, Imran Dhanoo, directeur du Centre Idrice Goomany, regrette que les politiciens consacrent plus de temps à débattre de l'utilisation du cannabis médical qu'à la réhabilitation des consommateurs des drogues. «C'est un gros volet abordé dans le rapport de la commission drogue. Bizin enn lalwa pou ki pa anprizonn konsomater. Que propose-t-on pour éradiquer la drogue de synthèse ?»

Thérapie vs nissa : la différence

Tous les produits du cannabis renferment des cannabinoïdes. Les deux principaux sont le tétrahydrocannabinol (THC), responsable de l'effet psychoactif ainsi que le cannabidiol (CBD), utilisé davantage pour ses vertus thérapeutiques anti-inflammatoires, anxiolytique et analgésique. Le ratio THC et de CBD varie beaucoup d'un produit à l'autre. Un consommateur qui va utiliser le cannabis à des fins thérapeutiques va aller chercher un ratio CBD plus élevé par rapport à un consommateur récréatif qui cherche l'effet «high» et qui va aller chercher un ratio de THC plus élevé, explique la pharmacienne Anne-Émilie Dionne (https://ici.radio-canada.ca/premiere/emissions/Par-ici-l-info/segments/entrevue/91155/cannabis-medical-recreatif-therapeuthique-marijuana-pharmacie).

Le cannabis médical (appelé aussi cannabis thérapeutique, marijuana médicale ou marijuana thérapeutique) désigne le Cannabis sativa (désignation botanique du chanvre), et, par extension, l'ensemble des dizaines de phyto-cannabinoïdes destinés à un usage purement médical, généralement prescrits pour leurs vertus antiémétiques.

À ce jour, compte tenu de l'évolution des connaissances scientifiques dans le domaine des cannabinoïdes, l'usage médical du cannabis redevient de plus en plus toléré, voire légal dans un nombre grandissant de pays : le Canada, l'Australie, les Pays-Bas, le Royaume-Uni, la Nouvelle-Zélande, l'Allemagne, l'Espagne, le Portugal, l'Italie, la République Tchèque, la Roumanie, la Finlande, le Chili, la Colombie, Israël et 23 États américains ainsi que dans la capitale fédérale (Alaska, Arizona, Californie, Colorado, Connecticut, Delaware, Hawaii, Illinois, Maine, Maryland, Massachusetts, Michigan, Minnesota, Montana, Nevada, New Hampshire, New Jersey, New York, Nouveau-Mexique, Oregon, Rhode Island, Vermont, Washington, Washington DC). Cet usage nécessite soit une ordonnance, soit une confirmation de diagnostic médical. La distribution se fait généralement dans un cadre défini par les lois locales ; pharmacies et coffee-shop aux Pays-Bas, Clubs Compassion au Canada, Buyers Club aux États-Unis, Cannabis Social Clubs en Espagne ou encore auto-production en Allemagne.

Les propriétés suivantes ont été scientifiquement étudiées et ont fait l'objet de publications dont les conclusions sont controversées :

Analgésiques : malades en phase terminale et pour les douleurs chroniques résistantes aux traitements traditionnels.

Relaxantes et somnifères : malades en phase terminale, troubles du sommeil.

Antispasmodiques : sclérose en plaques, épilepsie.

Anti-vomitives : traitement des effets secondaires de la chimiothérapie ou d'autres traitements lourds.

Stimulant l'appétit et redonnant l'envie de manger : lutte contre la cachexie (maigreur extrême) et favorise la prise de poids.

Broncho-dilatatrices : asthme.

Anti-inflammatoires : le cannabidiol CBD non psychoactif est connu pour ses affinités avec les récepteurs CB2 situés sur les cellules immunitaires T.

Antipsychotiques 17 : traitement alternatif de la schizophrénie.

Antidépresseur.

Anxiolytiques.

Sédatives.

Vasodilatatrices : glaucomes, migraines

Orexigènes : stimulation de l'appétit, en cas de maigreur importante ou de cachexie chez personnes âgées en long séjour, les patients atteints d'Alzheimer ou du Sida.

Antalgie dans les cas de névralgie.

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