Ile Maurice: Steve Obeegadoo - «Pradeep Jeeha ne participe plus aux activités du parti pour cause de différence d'opinions»

interview

De retour après un séjour à l'étranger, Steve Obeegadoo revient sur l'avenir de la Plateforme militante, dont il est un des membres. Quid de ses différends avec Pradeep Jeeha et Alan Ganoo ? Interview à coeur ouvert.

Les divergences entre Pradeep Jeeha et vous-même sont connues. Se dirige-t-on donc vers une mort annoncée de la Plateforme militante ?

La Plateforme militante existe bel et bien. Elle est une organisation jeune, créée il y a à peine un an par des dizaines de militants exclus ou démissionnaires du Mouvement militant mauricien (MMM). Nous avons cherché, avant tout, à formuler des propositions pour réinventer la démocratie et ouvrir de nouveaux chemins vers une société plus égalitaire, solidaire et écologique.

En même temps, avec une équipe extraordinaire, nous nous sommes enracinés aux quatre coins du pays. Et avons tenu des congrès et réunions publiques pour passer notre message et organiser des forums-débat sortant de l'ordinaire...

Le bilan, malgré un manque cruel de moyens, est positif. La Plateforme militante, en dépit de divergences quelconques, mène ses activités normalement comme en témoigne notre présence sur le terrain politique.

D'un côté, Pradeep Jeeha s'en prend au Premier ministre et de l'autre, vous trouvez que c'est un bon Budget qu'a présenté Pravind Jugnauth. N'est-ce pas là une grande contradiction entre deux dirigeants de la Plateforme militante ?

Pradeep Jeeha ne participe plus aux activités du parti depuis quelque temps déjà, pour cause de différences d'opinions et de ses engagements personnels. J'espère que les divergences feront l'objet d'un débat démocratique à l'interne et que les problèmes soient résolus.

L'essentiel, c'est que la Plateforme continue à travailler pour rassembler le plus grand nombre de militants et de Mauriciens autour d'un projet nouveau pour faire avancer notre pays. La parité hommes-femmes en politique, la révocabilité des députés, la sécurité financière des salariés en cas de fermeture de leur entreprise, le combat contre le pouvoir corrupteur de l'argent en politique... Tout ceci est bien plus important que les personnalités, n'est-ce pas ?

Votre frère Kevin a rejoint les rangs du Mouvement socialiste militant. Envisagez-vous de lui emboîter le pas ?

Je suis à l'aise au sein de la Plateforme militante et n'envisage pas de devenir membre d'un autre parti politique. Notre objectif est toujours de redonner espoir à l'électorat orphelin du MMM et à tous eux qui n'ont plus confiance en la politique.

Quelle est la raison de ce froid qui s'est installé entre votre parti et le Mouvement patriotique (MP) ?

Tout simplement, notre choix de ne pas tenir de meeting traditionnel le 1er Mai. La Journée internationale du travail est animée par des syndicats à travers le monde et, même quand nous étions au MMM, nous avons combattu ce «holdup» du 1er Mai par les partis politiques. Ce 1er Mai, nous étions, avec Alan Ganoo, aux côtés des syndicats à Rose-Hill.

Nous avions convenu d'une coordination de certaines activités avec le MP autour de convictions communes. Nous avons, par exemple, mené campagne ensemble en faveur de la révocabilité des députés. Mais chacune de nos organisations préserve son entière autonomie de fonctionnement et c'est tant mieux ainsi.

Pensez-vous que seule la Plateforme militante peut affronter des élections générales ? Sinon, quelle serait la préférence de votre parti à une éventuelle alliance ?

C'est une question dont débattent nos instances en ce moment même. Avec Françoise Labelle et Vinay Sobrun, nous animons de nombreuses réunions de la Plateforme au niveau national et régional pour écouter nos militants, avant de décider ensemble de notre rôle aux prochaines élections.

Quelle est la position de votre parti sur le Political Financing Bill ?

Bien qu'ayant notre propre programme pour le financement de la démocratie, nous pensons qu'il est urgent de limiter les dépenses électorales et le poids de l'argent privé lors des élections qui arrivent à grands pas. À partir des positions des différents partis, nous avons avancé sept propositions concrètes, crédibles et réalisables immédiatement :

● L'interdiction du transport des électeurs par les candidats ou partis et, là où c'est nécessaire (ex: malades ou handicapés), la Commission électorale s'en chargera

● Un seul «baz» par centre de vote

● L'interdiction d'oriflammes et banderoles dans les lieux publics

● Aucun recours à des agents électoraux rémunérés.

● Refus de dons de l'étranger, sauf de la part de citoyens mauriciens, à un parti ou candidat.

● Interdiction de dons d'une compagnie propriété de l'État, d'un parapublic, d'une ONG financée par l'État, d'un fonds CSR ou d'une organisation religieuse, à un parti ou candidat.

● L'État prendra à sa charge les frais généraux associés à la démocratie électorale. Ex : Transport des électeurs si nécessaire, registres électoraux, mis à la disposition de bâtiments publics pour les réunions, entre autres. Ces idées, pour l'essentiel, proviennent du projet de loi lui-même ou des travaux du Select Committee de 2004.

Et que dites-vous à cette affirmation d'Etienne Sinatambou que le projet de loi sur le financement des partis politiques passera même si la majorité des trois quarts n'est pas acquise au Parlement ?

Il est évident que le Political Funding Bill peut être voté à une majorité simple et donc adopté par le MSM-ML sans l'apport de l'Opposition alors que le Constitutional (Amendment) Bill qui accorde des pouvoirs accrus à l'Electoral Supervisory Commission (ESC) ne le sera pas, en l'absence d'une majorité de trois quarts. Cela étant, toutes les dispositions du «Bill» postulant un nouveau rôle de l'ESC, resteraient lettre morte. Mais, au-delà du simple mécanisme du vote parlementaire, n'est-il pas essentiel pour la démocratie de dégager un consensus sur certains points ? Cela est tout à fait possible et souhaitable. D'où les propositions de la Plateforme militante.

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