Afrique de l'Ouest: 21e Sommet de l'Uemoa/Alassane Ouattara - "Ce que sera l'Eco, la monnaie unique"

15 Juillet 2019
interview

Au terme du 21ème Sommet des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Uemoa, le Président Alassane Ouattara s'est prononcé notamment sur les enjeux de la monnaie unique au sein de la Cedeao.

Le dernier sommet de la Cedeao à Abuja, au Nigeria, a préconisé la mise en œuvre de l'Eco, monnaie unique au sein de cet espace, à partir du 1er juillet 2020. Les Chefs d'Etat des pays membres ont décidé de s'y engager. M. le Président, cela voudrait-il dire qu'on tend vers la disparition de l'Union économique et monétaire ouest-africaine ?

Le 29 juin, nous avons décidé à l'unanimité à Abuja que la monnaie unique de la Cedeao s'appellera Eco. C'est dans ce cadre que nous travaillons.

Evidemment, une monnaie commune demande des critères de convergence. Les pays de l'Uemoa travaillent également dans ce sens. Nous souhaitons que tout soit mis en œuvre pour qu'en 2020 nous soyons en mesure de respecter les critères de convergence.

À partir de là, nous verrons avec les autres pays non membres de l'Uemoa, comment nous devons continuer d'évoluer. L'Eco sera certainement la monnaie commune des quinze pays de la Cedeao, dans les prochains mois ou les prochaines années.

En l'état actuel des choses, l'Eco sera-t-il indexé à l'euro comme c'est le cas avec le franc Cfa ?

Si l'Eco devrait être adoptée en 2020, il n'y aura pas de changement de parité entre le franc Cfa, devenu Eco, et l'Euro.

Aujourd'hui, le taux de change de l'Euro par rapport au Franc Cfa est de 655, 9. Bien sûr, si les Chefs d'Etat décident l'année prochaine de changer le Franc Cfa en Eco, parce que nous aurions respecté tous les critères de convergence, ce taux ne changerait pas dans l'immédiat.

Bien évidemment, il n'y a pas que les pays de l'Uemoa. Nous souhaitons qu'à l'occasion de la mise en œuvre de l'Eco, d'autres pays puissent se joindre à nous. De sorte qu'il ne soit pas l'affaire de huit pays, mais plutôt de dix, douze et pourquoi pas quinze.

Ce processus, à mon sens, prendra plusieurs années (au sein de l'Union européenne, l'Euro a commencé avec onze pays.

Mais il a fallu une dizaine d'années pour voir les 27 pays adopter cette monnaie), mais au bout de dix ans, il y aura un taux d'échange flexible ; éventuellement si c'est le vœu des dirigeants qui seront au pouvoir de faire en sorte que la fixité par rapport à l'Euro puisse évoluer.

Mais nous, nous considérons que ce taux d'échange fixe vis-à-vis de l'Euro a bien servi nos économies, maîtrise l'inflation, nous permet d'avoir les taux de croissance les plus élevés du continent.

Il nous permet également d'améliorer la gouvernance dans tous les secteurs et, surtout, de créer les meilleures conditions de vie pour nos populations.

En ma qualité d'économiste et de banquier, il n'y a rien de pire que l'inflation. Je suis fier de dire que, depuis sept ans, la Côte d'Ivoire n'a jamais dépassé un taux d'inflation de 1 à 2 % par an, ce qui est exceptionnel. Il faut donc que cela soit maintenu !

Vous avez indiqué dans votre intervention à la clôture du Sommet, qu'il faut que les engagements des pays-membres vis-à-vis des critères de convergence soient des obligations pour aller très vite. Pourriez-vous nous dire ce que vous entendez réellement par-là ?

Il faut préciser qu'au niveau de la Cedeao, nous avons des critères de premier plan qui concernent l'inflation, le déficit budgétaire, le financement de la banque centrale, la dette publique... il y a à peu près quatre critères de premier plan et deux de second plan.

Evidemment, le plus important, ce sont les critères de premier plan. La plupart ou la quasi-totalité des pays de l'Uemoa remplissent aujourd'hui ces critères, mais pas totalement. Nous sommes autour de 4% en matière de déficit budgétaire sur le Pib. C'est le cas pour la Côte d'Ivoire.

Mais notre objectif, c'est d'être à 3 % en 2019. Nous pensons que les autres pays sont en train de faire des efforts équivalents, pour qu'en 2020, nous soyons tous au même niveau et que nous puissions les respecter, pour nous donner la perspective d'aller vers la monnaie unique, dans les plus brefs délais.

Vous avez dit aussi que la Côte d'Ivoire est un exemple en matière d'échanges commerciaux intra-africains, avec un taux de plus de 24%.

Vous avez en outre évoqué le fait que beaucoup d'entreprises non ivoiriennes sont installées sur le sol ivoirien. Donc, en retour, il faudrait que les sociétés ivoiriennes bénéficient du même privilège dans les autres pays.

A propos du commerce intra-africain, la zone de libre-échange continentale n'est pas une chose facile. Pour mettre sur pied le traité de la zone de libre échange, il a fallu 40 ou 50 ans.

Comme vous le savez, le traité a été signé par tous les Etats-membres de l'Union africaine, mais n'a été ratifié que par la moitié.

Mais pour sa mise en œuvre, évidemment, il faut que les Etats s'impliquent. Au sommet de l'Ua au Niger, j'ai indiqué que la Côte d'Ivoire est un modèle en la matière.

Parce que le taux moyen du commerce intra-africain est de 7%, alors que la Côte d'Ivoire dispose d'un taux qui fait quasiment 23%, du fait du commerce que nous pratiquons avec le Nigeria, le Mali et avec d'autres pays voisins.

Donc, 23% du commerce de la Côte d'Ivoire se fait avec les pays de la sous-région et ceux du continent.

Et comme vous le savez également, sur le sol ivoirien, sont installées de nombreuses entreprises non ivoiriennes. Je prends le cas de Mtn d'Afrique du Sud, ou de banques nigérianes installées en Côte d'Ivoire.

Mon souhait serait que les compagnies ivoiriennes puissent s'installer également dans ces pays, surtout dans de grandes nations comme le Nigeria et l'Afrique du Sud.

De sorte que nous puissions exporter, sans entrave, dans ces pays, d'autant plus que la Côte d'Ivoire dispose d'entrepreneurs de qualité qui ont démontré leurs capacités à faire du commerce avec les pays voisins. Par conséquent, ils peuvent aller plus loin, au-delà des pays de la sous-région.

Les pays de l'Uemo non membres du G5 sahel vont-ils s'atteler à mettre sur pied une force commune dans le but de faire face au péril terroriste ?

La sécurité est un grand défi que nous devons relever. A ce 21e sommet de la Conférence des Chefs d'Etat et de gouvernement de l'Uemoa, nous en avons longuement discuté dans le huis clos intégral.

Nous nous sommes accordés sur le fait que nous voulons qu'un sommet extraordinaire comprenant tous les pays de la Cedeao, donc de l'Uemoa, puisse se dérouler à Ouagadougou, le 14 septembre prochain, pour mieux coordonner nos efforts, nos services de renseignements, nos interventions et également toutes les mesures nécessaires pour essayer de combattre ces fléaux que sont l'extrémisme et le terrorisme. Nous considérons que c'est une synergie d'actions.

Et donc qu'il ne suffit pas de se tenir au G5 Sahel ou au Munisma ; mais il faut plutôt que ce soit l'ensemble des pays de la Cedeao, je dirais également qu'il faut inclure les pays du lac Tchad. Bien sûr, des pays comme le Tchad et le Cameroun doivent également être avec nous dans cette coalition.

Nous avons demandé à nos ministres de la Défense et ceux de la Sécurité d'approfondir ce travail dans le but de nous faire des propositions, en septembre prochain à Ouagadougou, pour que nous puissions présenter notre rapport à l'occasion des assemblées générales des Nations unies, en fin septembre, à New-York.

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