Burkina Faso: Dialogue politique national - L'intérêt général doit être la seule boussole

Ç'a mis du temps, mais ils y sont. Enfin !

Réclamé à cor et à cri par l'opposition, un temps controversé sur son ordre du jour et les modalités de la mise en œuvre des recommandations qui en seront issues et finalement convoqué par le chef de l'Etat, Roch Marc Christian Kaboré, le dialogue politique national, initialement annoncé pour avril dernier, s'est ouvert hier lundi 15 juillet 2019 dans la salle polyvalente de la présidence du Faso. (Lire aussi page 4).

Bien qu'au-dessus des partis politiques, comme lui impose sa fonction présidentielle, l'hôte de Kosyam a tenu à en présider la cérémonie d'ouverture avant de s'éclipser pour laisser la conduite des débats entre les mains du président de l'Alliance des partis de la majorité présidentielle (APMP), Simon Compaoré, et du chef de file de l'opposition politique (CFOP), Zéphirin Diabré.

Dans le principe, on ne peut que louer la tenue de ce dialogue censé permettre « aux partis politiques de la majorité et de l'opposition d'apporter leur contribution à la gestion durable des questions majeures » en les réunissant autour d'une même table, eux qui ne discutent que par déclarations enflammées interposées.

En effet, dans les tribunes et autres conférences de presse des opposants, qui tournent en son procès en incompétence du régime dans la gestion de la question sécuritaire et de la lutte contre la gabegie, le pouvoir ne voit que l'expression de la rhétorique pavlovienne d'une opposition en manque de projet alternatif et prompte à peindre tout en noir.

Ce sentiment de méfiance et de défiance transcendé de part et d'autre, ils ont l'occasion de se dire les « gwès » entre quatre murs les yeux dans les yeux.

Mais sur quoi porteront ces concertations ?

Selon la correspondance de l'initiateur de cette rencontre adressée au CFOP, les échanges s'articuleront autour de deux grands axes : « le Code électoral et les élections de 2020 » et « la situation nationale », chacun décliné en plusieurs sous-points comme la relecture du Code électoral, le vote des Burkinabè de l'étranger, la CENI, les questions sécuritaire, de la réconciliation nationale, de la cohésion sociale et de l'autorité de l'Etat.

On espère que les sept jours suffiront aux participants pour mettre à plat tous les sujets de ce dialogue politique national, les uns aussi controversés que les autres, et surtout que ces pourparlers iront à terme.

Oui, espérer que les choses iront jusqu'au bout tant l'irrédentisme dont chaque camp a fait preuve sur certaines questions suscite des appréhensions. C'est le cas par exemple de l'article 53 du nouveau Code électoral qui limite les documents de vote à la CNIB et au passeport alors que l'opposition exige la prise en compte de la carte consulaire pour une grande participation de nos compatriotes vivant à l'étranger.

Opposition et majorité présidentielle sauront-elles transcender leurs petits intérêts partisans et calculs d'arrière-boutique à un an des élections pour mettre en avant l'intérêt supérieur de la nation dont ils se gargarisent tant ?

Il le faut bien sinon ce serait un véritable gâchis au moment où le pays a le plus besoin d'union sacrée et de mesures consensuelles pour mieux faire face aux multiples défis qu'il doit relever.

Cela dit, reste une question centrale : quelle suite sera réservée aux conclusions de ce dialogue politique ? Et c'est là qu'il pourrait y avoir fâcherie.

Roch Marc Christian Kaboré sera-t-il tenu par les décisions qui en seront issues, c'est-à-dire obligé de les mettre en œuvre de façon concrète sous la forme de textes législatifs, réglementaires ou par des mesures politiques hardies allant dans le sens de la décrispation et de la réconciliation nationale ?

Certes, au cours de la cérémonie d'ouverture, le président du Faso « s'est engagé à transmettre toutes les propositions consensuelles au gouvernement et au Parlement, dans le respect des attributions respectives de toutes les institutions républicaines ». Mais entre un engagement, qui relève de la simple parole donnée, et un devoir constitutionnel, qui procède de la loi, il faut savoir à quoi s'attendre ou ne pas s'attendre.

Mais puisque le chef a promis de faire suite aux propositions consensuelles, acceptons-en l'augure.

In fine, c'est dans le rapport du président aux résultats de ce dialogue politique que réside tout l'enjeu de ce mano à mano qui s'est engagé dans la salle polyvalente de laquelle on espère que s'élèvera la fumée du calumet de la concorde nationale.

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