Ile Maurice: Un bateau mauricien aux Chagos - C'est le moment !

Maurice estime être le sel pays à avoir le droit d’organiser des visites aux Chagos.

Départ d'un bateau mauricien de Port-Louis pour l'archipel des Chagos. Avec escale à Diego Garcia. De déclaration d'intention à projet officiellement mentionné par le Premier ministre (PM), Pravind Jugnauth, la semaine dernière, à Rodrigues, la distance entre Maurice et l'archipel qu'il revendique semble diminuer. Certes, le chef du gouvernement a reconnu que Maurice n'a pas de bateau capable de faire ce trajet. C'était le dimanche 7 juillet, lors de l'hommage aux deux Chagossiens décédés à bord du MV Mauritius et enterrés à Anse-aux-Anglais.

Pourtant, il est temps que «Maurice prenne son destin en main», soutient l'homme de loi Robin Mardemootoo. «Si vous êtes propriétaire d'un terrain, mais que quelqu'un d'autre le cultive, vous vous asseyez sans rien faire ?» Il est d'avis que la proposition de voyage est «une très bonne initiative». Reste à trouver la logistique et «voir qui serait prêt à nous aider».

Que risque Maurice en envoyant ce bateau dans l'archipel ? «Les autorités américaines et britanniques pourraient arraisonner le navire et les passagers pourraient alors être détenus à Diego Garcia. C'est peut-être ce que souhaitent les autorités. Il faut pour cela des gens qui soient prêts à prendre des risques. Je suis sûr qu'ils sont bien conseillés.» Un tel coup d'éclat servirait alors les intérêts de Maurice, «en montrant au monde entier l'illégalité de l'action des Anglais et des Américains», estime Robin Mardemootoo.

Pour sa part, Alain Ah-Vee, de Lalit, est d'opinion que l'idée du voyage d'un bateau mauricien aux Chagos est «devenue centrale». Il souligne : «Il ne faut pas attendre. Car aujourd'hui, le rapport de forces est très différent. Maurice doit agir en tant qu'administrateur.» Ce qu'il affirme, en faisant référence aux étapes cruciales franchies cette année.

Campagne de mobilisation

D'abord, en février 2019, l'avis consultatif de la Cour de justice internationale, à La Haye, qui demande aux Britanniques de rendre les Chagos à Maurice dans un délai de six mois. Demande suivie, en mai, par le vote de la résolution aux Nations unies. Une résolution soutenue par 116 pays. «C'est le moment parce que l'ensemble de l'Union africaine nous soutient », ajoute Alain Ah-Vee. Selon lui, pareille visite pourrait avoir pour but «d'explorer les possibilités en matière de pêche dans l'archipel».

Mais quels sont les risques d'un pareil voyage dans ces eaux que les Anglais appellent le British Indian Ocean Territory (BIOT) ? Pour Alain Ah-Vee, «tout acte politique comporte des risques. Mais le contexte actuel rend l'action des Anglais et des Américains de plus en plus difficile. Surtout si, à bord du bateau, il y a des parlementaires mauriciens, de la majorité comme de l'opposition, des représentants des Chagossiens, des journalistes de la presse internationale».

Il insiste surtout sur la campagne de mobilisation qui doit précéder le voyage. «Il faut que la trajectoire du bateau soit connue d'avance. Pendant le voyage, il faudra pouvoir suivre le bateau à tout moment. C'est cela qui fera un impact durable auprès de la communauté internationale.»

Les coraux de l'archipel victimes des vagues de chaleur

Chiffre alarmant. 70 % des coraux aux Chagos ont été tués suite à plusieurs vagues de chaleur. C'est ce que révèlent des recherches effectuées par la Zoological Society of London. Ces coraux ont subi des coups durs entre 2015 et 2017. L'étude souligne que ces vagues de chaleur étant de plus en plus fréquentes, les coraux ont davantage de mal à s'en remettre.

À l'heure des menaces

Pravind Jugnauth : «Nou bizin pa per»

«Nou bizin pa per ein ! Parski nou konba lézitim ek zis !» Déclaration du PM, dimanche dernier, lors de l'hommage rendu à deux Chagossiens enterrés à Rodrigues. Au cas où certains se demandent ce qu'ils encourent en participant à ce voyage. Il a affirmé qu'il n'en sera pas le capitaine mais qu'il sera bien «divan divan». Pravind Jugnauth a ajouté que des personnalités et des journalistes étrangers seront de la partie. Dimanche dernier, à Anse-aux-Anglais, le PM a également invité le chef commissaire de Rodrigues, Serge Clair, à se joindre au prochain voyage que compte organiser Maurice sur l'archipel des Chagos.

Sir Alan Duncan : «Toute visite non autorisée sera traitée avec le plus grand sérieux»

«Toute visite non autorisée au BIOT sera traitée avec le plus sérieux.» C'est ce qu'a indiqué sir Alan Duncan, secretary of State of Foreign and Commonwealth Office, dans une réponse écrite, le mardi 9 juillet. Il répondait à une question de la députée travailliste Catherine West. Cette dernière voulait savoir s'il allait «soutenir le Group Refugiés Chagos et le gouvernement mauricien dans l'organisation d'une visite dans l'archipel pour les Chagossiens basés en Angleterre, après la période de six mois mentionnée dans la résolution votée aux Nations unies».

Le conservateur sir Alan Duncan a également affirmé que «nous sommes au courant de la proposition du gouvernement mauricien d'organiser une visite au BIOT. Nous demandons à Maurice de revoir sa position». Il a soutenu que la Grande-Bretagne, en tant qu'autorité souveraine, continuera son programme de visite pour les Chagossiens au BIOT. «Cinq visites ont eu lieu jusqu'à l'heure, 76 Chagossiens ont pu y passer une semaine sur place. Les visites sont ouvertes aux Chagossiens vivant en Grande-Bretagne, aux Seychelles et à Maurice.»

Voyage aux Chagos

Les deux tentatives de Lalit

Par deux fois, Lalit a tenté d'organiser une visite par bateau à l'archipel des Chagos, rappelle Alain Ah-Vee. La première, dans les années 90, avait eu le soutien de l'organisation non gouvernemental Greenpeace. Celle-ci avait donné son accord pour l'utilisation du navire «Artic Sunrise». Sauf que le bateau avait été pris dans les glaces polaires. La seconde tentative a eu lieu à l'issue du «World Social Forum» à Mumbai. Après le discours des représentants, des propriétaires de petits bateaux avaient exprimé leur soutien. Se disant d'accord pour constituer une «flottille de la paix» devant accompagner le voyage aux Chagos d'un plus gros navire. «C'est à partir de là que les Britanniques ont commencé à organiser des visites pour les Chagossiens», affirme Alain Ah-Vee.

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