Congo-Brazzaville: Alfred Raoul, grand homme d'État congolais - Vingt ans après sa disparition

Il aurait eu 81 ans cette année. Alfred Raoul est décédé le16 juillet 1999. En mémoire de ses connaissances distillées auprès de l'une de ses « progénitures intellectuelles et culturelles », Roland Portella se souvient.

Roland Portella, spécialiste du développement des entreprises et des investissements, se considère comme un libre penseur. Souvent sollicité par les médias, il livre ses analyses et ses réflexions sur des sujets socio-économiques, technologiques, culturels et éducatifs.

Ses souvenirs concernant cet illustre personnage sont encore frais. Parler de Alfred Raoul, c'est admettre d'emblée que l'on ne peut pas demeurer insensible face au décès d'un être qui nous est cher. « Non ! Face à la mort d'un être cher, quelles que soient nos croyances, même si pour certains, la vie de celui-ci continuera dans d'autres sphères, ce sont des moments où l'on ne peut pas rester zen », a-t-il laissé entendre.

A propos du général Alfred Raoul, il dit avoir perdu un mentor et garde de lui des souvenirs mémorables. À quelques mois de sa mort, il lui distillait encore sa panoplie de connaissances. Pourtant, de ce grand officier Saint Cyrien, grand de par sa taille, 1, 87 m, grand par son rang d'ingénieur, de l'intellectuel, du diplomate, du chef d'entreprise, du jazzmen, du connaisseur d'art, de l'artiste tout court, de l'homme de haute envergure, nettement en avance sur son temps, on peut retenir qu'il a su demeurer modeste et respectueux des autres, sans distinction de races, d'ethnies, de cultures.

« Il nous permettait d'approfondir les pistes de réflexion, de comprendre sous le voile des choses », se souvient-il. « Il était un adepte d'une vertueuse mondialisation, non de celle qui accroît les distorsions économiques et sociales entre pays riches et pays dits "en développement".

« La question de la transmission des valeurs fondamentales et primordiales aux jeunes était la quintessence de nos propos ».

« Il pensait à juste raison qu'il fallait que les leaders politiques et économiques d'Afrique fassent de l'emploi des jeunes un sacerdoce... . »

« En son temps, il émettait déjà des réserves, voire de l'acrimonie contre l'ultralibéralisme. Car, pressentait-il, ce système allait créer des ravages, des destructions massives d'emplois. Effectivement nous avons connu la crise financière mondiale de 2008 ».

« Il alertait également sur l'intérêt de construire le multiculturalisme de bon aloi tout en préservant pour chaque citoyen et chaque nation de cette planète ses propres civilisations et identités. Mais, malheureusement aujourd'hui, s'amorce ici et là le triomphalisme des nationalismes, des tensions communautaires, de la haine contre l'immigré et de sa persécution, partout dans le Monde ».

Des souvenirs, encore des souvenirs. « Je me souviens des propos d'un ami que je lui avais présenté et qui avait perdu sa famille dans la guerre ; il était dans la désespérance totale, le général l'avait reçu à plusieurs reprises ».

Cet ami m'avait dit : « Il écoute plus qu'il ne parle, emploie des mots justes et plein de sens, son simple regard te renvoie ce que tu cherches, quand on le quitte on repart plein d'énergie et de vitalité. Il donne de sa personne, alors qu'il souffre d'une grave maladie, ne serait-ce pourtant pas à nous de le réconforter »?

« Quand je lui avais rapporté les propos de cet ami, il n'avait dit mot, se contentant de sourire et de me fixer d'un regard vif, sans doute pour m'inviter à réfléchir par moi-même afin de trouver les réponses... »

« Assurément, Alfred Raoul aura été d'une grandeur dans la luminosité de son intelligence, par son ouverture d'esprit, par sa perspicacité dans le questionnement permanent et la dialectique, par son être qui est le reflet même de l'altruisme, galvanisant par son simple et naturel magnétisme, le faible, le pauvre, le perdu ».

« Il nous manque. Chaque son de jazz que nous écoutons, et notamment les saxophones de Ravi Coltrane, fils et héritier de John Coltrane, de Fémi Kuti, fils de Fela Anikulapo Kuti nous ramènent à cet illustre personnage ».

Pour le vingtième anniversaire de sa mort, Roland Portella lui adresse directement la parole : « De l'endroit où tu résides actuellement, pardonne à tes héritiers leurs manquements, la non-application de tes préceptes non dogmatiques ».

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