Ile Maurice: Enquête policière - La reconstitution des faits pour faire parler la scène du crime

Tout présageait une reconstitution des faits habituelle à Vallée-des-Prêtres, le 11 juillet. Véhicule blindé, important dispositif policier, notamment des membres de la Special Mobile Force et de la Special Supporting Unit... Autant de moyens déployés pour transporter les suspects du meurtre d'Abooswalay Futta, décédé à la suite d'une agression le samedi 6 juillet, sur les lieux du crime pour une reconstitution des faits. Mais une foule mécontente et hostile a essayé d'agresser les prévenus. Si bien que l'exercice a dû être annulé. Mais à quoi sert une reconstitution des faits ?

Sollicité, le caporal Bernard Mootoosamy lance, d'emblée, que cette pratique est obligatoire. Cela, en vertu des Standing Orders de la police qui font valoir que ces procédures sont une étape importante de l'enquête. Pourquoi cette nécessité ? «D'abord, cela permet de vérifier la version de la victime. Par exemple, si celle-ci ne peut indiquer le lieu de l'agression, peut-être qu'elle ment», confie-t-il. Idem pour le présumé agresseur, dont les précisions consolident les preuves et authentifient le lieu où le crime a été commis. «On ne peut occulter la scène du crime. Celle-ci doit pouvoir parler et restituer la chronologie des faits», confie l'inspecteur Shiva Coothen. En somme, cet exercice contribue à recueillir le maximum de preuves à être apportées devant la justice.

Pour Me Yousuf Mohamed, la reconstitution des faits est nécessaire pour les hommes de loi, juges et magistrats. Et ce, afin que les deux parties impliquées dans une affaire s'expliquent devant la police. «Dans un cas d'accident, le conducteur doit indiquer le lieu exact. Des mesures précises et des photos sont prises par la police. Toutes ces preuves sont versées au dossier.»

Le parquet va alors l'étudier et déterminer s'il y a matière à poursuites. Le cas échéant, les témoins, photographe et dessinateur de la police doivent répondre aux questions de la poursuite et de la défense. La cour peut même se déplacer pour vérifier l'exactitude des mesures.

Les besoins d'identification du lieu du crime sont également confirmés par l'avocat Veda Baloomoody. La reconstitution se fait généralement en présence du suspect, en sus du photographe, du dessinateur de la police et de l'enquêteur principal. Toutefois, il faut protéger le suspect, estime l'homme de loi. Car les proches de la victime peuvent protester, dit-il, comme dans le cas du meurtre d'Abooswalay Futta.

Les victimes participent elles aussi à une reconstitution des faits ? «Dans la plupart des cas, elles sont déjà décédées. Mais pour une affaire d'agression ou encore de viol dans laquelle la victime a survécu, celle-ci va aussi y participer. Mais pas en même temps que son présumé agresseur. La reconstitution aura lieu séparément», ajoute Veda Baloomoody.

Peut-on se passer d'une reconstitution des faits ? Non, affirment nos interlocuteurs. Cependant, le suspect, lui, peut la refuser. «Par exemple, il peut réserver son droit au silence et faire valoir son refus à y participer. Dans ce cas, on ne peut rien faire», souligne Veda Baloomoody. Une entrée est alors faite dans le dossier confirmant ce refus, indique-t-on à la police.

Une pratique courante à l'étranger

Selon les avocats et la police, la reconstitution des faits est monnaie courante à l'étranger. D'après un article du «Parisien» qui se réfère à l'affaire Alexia Daval, où un homme a reconnu avoir brûlé le corps de sa femme en 2017, cet exercice constitue «la carte ultime des enquêteurs». Mais il y a des différences. Par exemple, les magistrats peuvent y avoir recours à n'importe quel moment de l'enquête. Parfois, cela intervient en fin de procédure pour verrouiller un dossier. Aux États-Unis, la National Institute of Justice fait état de «crime scene investigators» qui se chargent des photos et mesures des lieux et de la collecte d'indices pour des analyses.

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