Afrique du Sud: Johnny Glegg, le résistant du régime raciste blanc, vaincu par un cancer !

Johnny Clegg in 2007.

Le musicien sud-africain est mort, le 16 juillet, à l'âge de 66 ans, a annoncé son manager à plusieurs chaînes de télévision nationales.

Surnommé "le zoulou blanc", l'artiste engagé avait connu un succès mondial dans les années 1980 et 1990 en adaptant le mbaqanga, un style musical traditionnel zoulou. Il n'avait jamais renoncé à défier le régime blanc de son pays. Pourtant, il a été contraint de céder suite à l'inguérissable cancer du pancréas, diagnostiqué en 2015, qui aura été sa dernière lutte.

"Johnny est décédé paisiblement aujourd'hui, entouré de sa famille à Johannesburg", a affirmé son manager à la chaîne publique SABC, expliquant que le musicien avait succombé "après une bataille de quatre ans et demi contre le cancer".

"Il a joué un rôle majeur en Afrique du Sud en faisant découvrir aux gens différentes cultures et en les rapprochant, a ajouté le manager dans un communiqué. Il nous a montré ce que signifiait 'embrasser d'autres cultures, sans perdre son identité."

Sa chanson Scatterlings of Africa, sortie en 1982, avec son groupe Juluka, l'avait propulsé dans les hit-parades au Royaume-Uni et en France. Elle avait été réenregistrée en 1987, avec son nouveau groupe Savuka et utilisée dans la bande originale du film Rain Man.

Né en 1953 au Royaume-Uni, d'un père britannique et d'une mère zimbabwéenne, chanteuse de jazz de cabaret, Johnny Clegg débarque à l'âge de 7 ans dans une Afrique du Sud où la minorité blanche règne en maître absolu sur la majorité noire.

Initié aux cultures locales par son beau-père journaliste, Johnny Clegg assure que son refus de l'apartheid n'a rien de politique. "Je n'étais pas motivé politiquement, mais culturellement. J'aime la musique et la danse", expliquait-il simplement.

Les deux yeux bien ouverts dans un pays borgne, il se glisse dès 15 ans dans les foyers de travailleurs noirs, au mépris des interdits. Là, il découvre les danses et les mélodies zouloues et s'invite secrètement pour danser avec les troupes traditionnelles.

En 1979, Johnny Clegg et son groupe "multicolore" Juluka sortent leur premier album, Universal Men. Un mélange inédit de pop occidentale mâtinée de rythmes zoulous, d'accordéon et de guitare qui, contre toute attente, trouve immédiatement son public.

En 1987, il accède au statut de star mondiale avec la chanson "Scatterlings of Africa", extraite de l'album "Thirld World Child" enregistré avec le groupe Savuka, et qui le catapulte en tête des hit-parades en Grande-Bretagne et en France.

Quand l'apartheid tombe définitivement en 1994, "c'est comme si nous étions tous nés une seconde fois", confiera-t-il.

Pendant les pires heures du régime raciste, les chansons de Johnny Clegg, inlassable combattant de l'apartheid, ont été interdites en Afrique du Sud. Pour contourner la censure, il a été contraint de se produire - avec son groupe Juluka, formé avec le musicien zoulou Sipho Mchunu - dans les universités, les églises, les foyers de migrants et chez des particuliers.

"Nous devions faire preuve de mille et une astuces pour contourner la myriade de lois qui empêchaient tout rapprochement interracial", racontait-il à l'AFP en 2017.

Malgré tout, l'intraitable police de l'apartheid a interdit certains de ses concerts et le chanteur a été, à plusieurs reprises, arrêté, accusé de violer les lois sur la ségrégation raciale. Le gouvernement raciste blanc ne pouvait pas non plus tolérer qu'un des siens puise son inspiration dans l'Histoire et la culture zouloue. A l'étranger pourtant, et notamment en France, Johnny Clegg a rapidement trouvé un public.

"Les gens étaient très intrigués par notre musique", expliquait le chanteur et danseur, adepte de concerts très physiques dont la chorégraphie les pieds levés haut pour mieux marteler le sol était sa marque de fabrique.

Le prix Nobel de la paix, libéré après 27 ans d'emprisonnement en février 1990, avait même rejoint le musicien sur scène à Francfort (Allemagne) en 1999 : Nelson Mandela, qui s'était invité sur scène sans prévenir, avait lancé à la fin de la chanson " Ce sont la musique et la danse qui me mettent en paix avec le monde."

Son homologue sud-africain, Cyril Ramaphosa, a salué dès l'annonce du décès, la mémoire du musicien antiapartheid, Johnny Clegg, "un compatriote exceptionnel et une icône de la cohésion sociale et de l'antiracisme".

"Johnny Clegg vivra toujours dans nos cœurs et dans nos foyers lorsque nous écouterons sa musique, mélange émouvant de célébration des cultures et de résistance politique", a déclaré Ramaphosa dans un communiqué.

"L'Afrique du Sud est un endroit meilleur grâce au courage, à la résilience et à l'irrépressible créativité" du chanteur, a poursuivi le chef de l'Etat sud-africain.

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