Cameroun: « Il faut assainir le climat des affaires »

Fabien Ntonga Efoua, enseignant à l'Université de Yaoundé II.

Qu'est-ce qui explique l'état embryonnaire du marché financier sous-régional en général et camerounais en particulier ? En 2018, la capitalisation boursière de la Douala Stock Exchange (DSX) représentait moins de 300.000 USD (soit 150 millions de FCFA). En comparaison, celle de la Bourse de New York (Wall Street) dépassait les 23 milliards USD. Plusieurs raisons peuvent être avancées pour expliquer cette inertie. Il y a notamment la faible culture boursière et l'étroitesse des marchés.

L'essor d'un marché financier nécessite la présence d'un nombre important d'entrepreneurs qui en comprennent le fonctionnement et qui sont prêts à prendre des risques. Or les populations africaines en général, peu avisées des rouages de la Bourse préfèrent encore se financer via des circuits informels tels que les tontines; le cadre macro-économique marqué par les asymétries d'information. L'absence de transparence et d'informations fiables dans les affaires ainsi que la faiblesse des institutions, crée un climat de méfiance des agents vis-à-vis des institutions dont ils ne comprennent déjà pas le rôle et le fonctionnement. Que faire pour que les marchés financiers deviennent de véritables sources de financement pour les économies africaines ? Les facteurs qui minent le développement des marchés financiers dans notre contexte sont auto-entretenus.

Deux pistes peuvent être explorées sans pour autant s'exclure mutuellement, afin de booster nos marchés financiers : la consolidation des acquis d'une part et l'assainissement du climat des affaires d'autre part. À propos des acquis, il est généralement admis que la stabilité monétaire est un des facteurs de l'essor des marchés financiers. En général, les pays de la Zone Franc disposent de cet avantage par rapport au reste de l'Afrique. Il revient donc à la BEAC de continuer à le préserver dans la sous-région. En effet, une instabilité des prix contribue à la fragilisation des relations financières, puisqu'elle augmente l'incertitude à laquelle prêteurs et emprunteurs sont confrontés dans l'évaluation du rendement réel des investissements.

Quant aux mesures visant à réduire la complexité et/ou le coût des procédures réglementaires, à renforcer la solidité des institutions juridiques, à améliorer la gouvernance, etc., elles affecteront la facilité à faire des affaires. En effet, investir, c'est prendre un risque. Cela n'est possible que si les facteurs d'incertitude sont réduits. Ces mesures auront de facto l'avantage de faciliter l'activité des intermédiaires financiers, lesquels financeront davantage l'économie ; favorisant ainsi l'émergence d'entrepreneurs qui à leur tour se porteront acquéreurs des titres sur les marchés financiers. À plus long terme, il faudra également veiller à l'effectivité de la libre circulation des personnes, des biens et de l'intégration des marchés dans la CEMAC en particulier. Peut-on s'attendre à une redynamisation du marché financier dans la CEMAC, suite à la fusion des Bourses de Douala et Libreville ? Le rapprochement de ces deux places boursières a toujours été perçu comme nécessaire.

En effet, cela fait plus d'une décennie qu'elles se font concurrence sans qu'aucune des deux ne décolle réellement. À l'heure actuelle, il n'est possible de se prononcer qu'a priori sur l'ambition suscitée par cette restructuration de la Bourse sous-régionale. Il faut donc attirer et mobiliser davantage de ressources financières nationales et étrangères et par voie de fait, stimuler l'épargne et l'investissement dans sous-région ; faciliter la mise en œuvre des politiques économiques au sein de la CEMAC ; offrir aux entreprises des alternatives au financement bancaire. Il faudra quelques années pour évaluer le niveau de concrétisation de ces attentes.

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