Congo-Brazzaville: Chasse - Gaston, la forêt est son champ de bataille

  1. Une torche, un fusil, une machette, une gibecière usée, voilà tout ce qu'il faut à Gaston pour passer ses nuits en solitaire dans la forêt du Mayombe.

Gaston passe la plupart de ses nuits au cœur de la forêt du Mayombe. C'est là son lieu de travail, son « champ de bataille », dit-il. On le retrouve le jour, aux alentours de midi sur le bord de la nationale 1, au carrefour de Les Saras, là où les chasseurs suspendent sur un fil gazelles, antilopes rouges, porcs-épics et autres pangolins fraîchement abattus dans la nuit. Si le village Les Saras est plus connu pour ses bananeraies, son carrefour est assurément l'arrêt obligé pour les automobilistes, empruntant la route entre Pointe-Noire et Dolisie, amateurs de viandes de brousse dont la fraîcheur est ici garantie.

Un vieux sac de toile usée en guise de gibecière sur l'épaule, fusil et machette à la main, Gaston s'apprête à se rendre au carrefour. La fatigue a gagné son visage qu'un large sourire illumine malgré tout lorsqu'il raconte sa nuit : « Oui, la forêt est un champ de bataille où le gibier ne veut pas y laisser sa vie. C'est un combat. Mon arme principale est la patience. J'ai enfilé mes bottes pour chasser de 23 heures jusqu'à 7 heures ce matin, la nuit a été longue, j'ai souffert sous la pluie, je suis tombé dans la forêt, j'ai croisé un mamba vert. J'ai l'habitude que rien ne soit simple pour gagner ma vie». Gaston ne prétend pas connaître la forêt sur le bout de ses doigts, nul ne peut y prétendre tant la forêt du Mayombe est vaste. Vaste et majestueuse, riche de surprises et de secrets que semble vouloir imposer la nature. Seul la nuit dans cette immensité, Gaston n'a jamais pourtant tremblé : « Cela fait six années que je chasse, ouvrir l'œil et le bon, savoir apprivoiser le danger est une seconde nature. Le vrai danger pour moi est de revenir bredouille, la gibecière vide », dit-il en souriant.

Cette nuit la chance a aussi sourit. Gaston ouvre son sac pour en sortir fièrement un porc-épic abattu d'une seule cartouche sortie d'un vieux fusil hérité de son grand-père. « Simplex, une marque française », précise-t-il avant de poursuivre : « Ce porc-épic me fera gagner simplement 9000 francs mais parfois, lorsque j'ai de la chance, je peux ramener un sanglier qui me rapportera dix fois plus d'argent ». Lorsque la viande de brousse atteindra la ville son prix aura largement grimpé. Mais Gaston, dans son habit trempé, n'en a cure. Loin des bruits de la ville, il veut rester ce chasseur solitaire, homme valeureux de la forêt du Mayombe.

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