Congo-Kinshasa: Bahati Lukwebo, barré de la présidence du Sénat, défie le FCC

Photo: Radio Okapi
Joseph Kabila

Pour ceux qui en auraient douté, l'ex-président Joseph Kabila a sèchement rappelé à ses partisans et aux autres qu'il était loin d'avoir pris sa retraite et demeurait, dans son parti tout au moins, le « maître du jeu », aussi appelé l'« autorité morale » du Front, commun pour le Congo, majoritaire tant à l'Assemblée qu'au Sénat.

Le sénateur Modeste Bahati Lukwebo, originaire de Kabare au Sud Kivu, en a fait l'amère expérience : alors qu'il avait présenté sa candidature au perchoir du Sénat face au ministre sortant de la Justice, Alexis Thambwe Mwamba, il a été suspendu des FCC « pour une durée indéterminée », accusé d'avoir « porté atteinte aux intérêts des FCC », cette large coalition mise sur pied dans la perspective des élections de décembre 2018 et il a fini par quitter la coalition avec fracas.

Le « crime » du sénateur Bahati Lukwebo est d'avoir osé défier le très puissant Thambwe Mwamba, l'un des piliers du système kabiliste: originaire du Maniema, comme Maman Sifa, la mère de l'ancien chef de l'Etat, cet avocat de formation, qui défendait naguère la Sominki (Société minière du Sud Kivu) et facilita la pénétration de la société canadienne Banro sur les sites miniers de la province, était déjà actif dans les dernières années du règne de Mobutu.

Très hostile à Laurent Désiré Kabila, il rejoignit la rébellion du RCD Goma (Rassemblement congolais pour la démocratie) soutenu par le Rwanda et en août 1988, il revendiqua, au nom des rebelles, l'attaque d'un Boeing 727 au départ de Kindu, qui se solda par une cinquantaine de victimes civiles. Ces propos lui valurent d'être poursuivi, à Bruxelles, pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité, même si, selon son avocat il n'était qu'un « simple porte-parole ».

Thambwe Mwamba est également visé par les sanctions de l'Union européenne et des Etats-Unis, ce qui fait « mauvais genre » pour un homme appelé à devenir le deuxième personnage de l'Etat, constitutionnellement appelé à remplacer le président en fonctions si ce dernier venait à disparaître.

Après son ralliement au camp Kabila, dont il devint l'un des piliers, Alexis Tambwe Mwamba occupa les postes de Ministre des Affaires étrangères puis de la Justice. S'il est élu au perchoir du Sénat, avec comme adjoint Evariste Boshab, autre pilier du régime Kabila, cet homme du sérail sera, au même titre que Janine Mabunda, présidente de l'Assemblée nationale, l'un des éléments du dispositif de verrouillage des institutions par la majorité sortante.

L'éviction sans ménagements du sénateur Bahati Lukwebo risque cependant de ne pas être sans conséquences : à la tête de l'AFDC et alliés, l'élu de Kabare est lui aussi un homme puissant et ambitieux, issu de la dynamique société civile du Sud-Kivu et qui s'est considérablement enrichi durant ses années d'acteur politique.

En outre, son parti compte, avec ses alliés, 44 députés nationaux, 70 députés provinciaux et 13 sénateurs, soit 127 parlementaires. Si la présence de Bahati Lukwebo à la tête de la Chambre haute aurait été un relatif signe de renouveau, son éviction en faveur d'un pilier du système Kabila comme Tambwe Mwamba pourrait le pousser dans la direction du président Félix Tshisekedi ou même de Lamuka ; la coalition qui désigna Martin Fayulu comme candidat unique à l'élection présidentielle.

Ce qui est certain, c'est que malgré le revers qui vient de lui être infligé, Bahati Lukwebo est loin d'être en fin de carrière...

Blog de Colette Braeckman

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