Maroc: Béni Tadjit et la parade des prétendants !

L'horizon 2020, avec ses élections municipales, a subitement ressuscité ou attiré de nombreux aspirants à la candidature

Béni Tadjit vit ces jours-ci une montée de fièvre préélectorale attisée par les désirs de retour des uns, l'envie de ne pas céder les maroquins pour ceux qui sont en place et la volonté de réaliser un parachutage gagnant pour d'autres. L'écho de cette parade des prétendants a alimenté les échanges sur les réseaux sociaux en particulier Facebook avec des commentaires à foison, souvent opposés.

Démocratiquement parlant, on ne peut que se réjouir de cette prise de conscience collective qui, en théorie, marque l'intérêt grandissant pour la chose publique. Cependant, Béni Tadjit, la fiancée convoitée, est exigeante. Elle ne doit donner sa main qu'à des gens réellement soucieux de l'amener vers un lendemain meilleur. Elle a tellement souffert ! Elle est ravagée par la misère, le chômage, le manque criant de services publics, l'insécurité, le rudimentaire et aléatoire ramassage des ordures ménagers, etc. Elle est toujours ce centre minier marginalisé, oublié dans ce qu'on peut appeler le "Maroc inutile ", pour reprendre le vieil leitmotiv colonial.

L'horizon 2020, date des élections municipales au Maroc, a subitement ressuscité ou attiré de nombreux aspirants à la candidature. D'abord, il y a ceux qui étaient aux manettes de cette commune rurale il y a de nombreuses années. Leurs réponses aux constats voire aux critiques des citoyens via les services sociaux sont pour le moins approximatives et consistent, souvent, à se soustraire de leurs responsabilités en se défaussant sur des administrations provinciales ou nationales. A ceux-ci, je souhaite rappeler que l'action politique n'est pas une science exacte. Son succès est aléatoire, en particulier lorsque l'équipe en place n'a pas de programme bien établi ou, pire, lorsqu'elle navigue à vue. Aussi, il n'est point déshonorable de reconnaître ses erreurs. Le courage en politique doit être pondéré par l'humilité. Faire le bilan des actions réalisées ou manquées ne peut qu'aider ces personnes à se refaire une virginité politique ce qui pourrait amener les citoyens à leur accorder leurs suffrages.

Puis, il y a ceux qui sont actuellement à la tête du conseil communal et qui continuent à agir de façon archaïque. Mon désir de voir Béni Tadjit grandir et s'épanouir m'a poussé, l'été dernier, à interpeller un élu au détour d'une rue. Il m'a répondu avec dédain en continuant son chemin ! Pourtant, l'évidence incite à ce que le conseil communal joue pleinement son rôle en agissant sur les leviers qui peuvent tirer la cité vers le haut.

Je ne comprends pas, à titre d'exemple, pourquoi on laisse l'entrepreneur chargé de l'aménagement des rues sans réel contrôle. Comment laisse-t-on l'espace public, en particulier sur la fameuse artère centrale qui mène au marché, occupé par des vendeurs ambulants qui proposent des immondices aux citoyens, ce qui accentue gravement l'insalubrité de la commune ? Les reproches sont beaucoup plus nombreux. Les citer tous rendra cette contribution interminable d'autant que les citoyens savent très bien ce qui ne va pas et l'endurent tous les jours.

Puis, il y a les nouveaux arrivants et ils sont nombreux ! Je tiens ici à mettre l'accent sur le mouvement «Nous arrivons et nous pouvons». Ce mouvement qui a vu le jour en 2015 grâce à la ténacité de son fondateur Mustapha Merizak, se veut progressiste, animé par la volonté de répartir équitablement les richesses et d'œuvrer pour une justice territoriale et pour le droit de tous les Marocains à l'accès aux services et structures de base. C'est tout à son honneur !

Cependant, le slogan qui est en même temps le nom de ce mouvement, me laisse pantois. Il a la prétention de pouvoir tout résoudre ! Alléluia ! Un langage messianique qui cultive, certes, l'espoir mais qui risque de faire des inconsolables déçus. Ce type de discours, que ce soit de gauche ou de droite, religieux ou laïc, souffre d'un écueil essentiel. Il fait, souvent, fi de la réalité.

Pour essayer de faire avancer le débat, je voudrais vous parler de la «part des anges». Il s'agit du volume d'alcool qui s'évapore dans le fût lors de la production de whisky, cognac et autres alcools forts. La perdition est tellement importante qu'à l'arrivée, on obtient moins que le volume versé dans la barrique. Cette parabole spiritueuse inattendue tend à rappeler que les promesses n'engagent que ceux qui les écoutent ! Par conséquent, et compte tenu de l'état calamiteux dans lequel baigne Béni Tadjit depuis des décennies, il n'est guère superflu d'inviter les prétendants sus-cités à faire preuve d'honnêteté et de ne pas promettre monts et merveilles à une population en survie. Aucune solution miracle venant d'en haut ne peut, réellement, changer le quotidien des habitants.

L'action locale dépasse les clivages politiques. Elle exige un diagnostic minutieux de la situation avant de proposer le moindre programme. Cette exigence inhérente à toute candidature aux élections municipales l'est davantage pour Béni Tadjit. Gérée au niveau local par des personnes issues de familles ou tribus influentes et qui n'hésitent pas à changer de couleur de veste au gré des alternances politiques nationales, cette commune est meurtrie, sous perfusion. Il est urgent de faire du développement de ce coin perdu de l'Oriental la raison unique et fondamentale pour demander les suffrages de ses habitants.

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