Maroc: Débat à Essaouira sur le rôle des jeunes dans la préservation du patrimoine gnaoui

Un style de vie et un rituel qu'il convient de respecter

Un colloque dédié à débattre du rôle que les jeunes doivent jouer en vue de préserver le patrimoine gnaoui authentique, a été organisé samedi à Essaouira, et ce dans le cadre de la 2è édition du Festival "Génération Gnaoua des jeunes".

Placé sous le thème "Le patrimoine gnaoui et les jeunes pour le développement et l'échange interculturel", ce colloque se propose de jeter la lumière sur l'art gnaoui authentique et ancestral, tel que légué par les grands Maâlems et donc, de voir comment ce patrimoine peut être transmis fidèlement aux jeunes, tout en les incitant à en assurer la relève et le protéger.

Cette rencontre alliant à la fois aspect culturel, intellectuel et artistique de gnaoua, a été marquée par la présence d'un aréopage d'artistes, d'intellectuels, de chercheurs, et d'acteurs associatifs du Maroc et d'ailleurs.

Intervenant à cette occasion, Ahmed Harrouz, artiste-peintre, intellectuel et membre de l'Association Essaouira-Mogador, a salué l'initiative prise par les jeunes de l'Association "Origines Gnaoua Essaouira" d'organiser ce colloque pour soumettre à étude la question du patrimoine gnaoui en tant qu'un tout indivisible rassemblant à la fois musique, art, culture, style de vie, philosophie et rituel.

Ce colloque est l'occasion de soulever un certain nombre de questionnements importants sur la préservation de ce patrimoine (répertoire, tradition...), sa pérennisation et son positionnement aux côtés des autres créations artistiques existantes, dont gnaoua fait partie aussi, a ajouté M. Harrouz, s'interrogeant si ce patrimoine gnaoui authentique est transmis tel qu'il est aux jeunes générations, ou bien s'il est en train de dévier de sa trajectoire naturelle et donc se réduire uniquement en simple "prestation artistique (musicale)".

Il a, dans ce sens, passé en revue un certain nombre de grands Maâlems qui ont contribué à la préservation de cet art authentique, voire à l'emporter au-delà des frontières nationales, estimant, dans ce sens, indispensable pour les jeunes d'emprunter les voix des ancêtres, et de veiller à ce que ce patrimoine séculaire, continue de refléter et de reproduire toutes ses dimensions culturelle, philosophique, artistique et rituelle, mais aussi de contribuer à faciliter cet échange interculturel ainsi que le développement escompté.

Pascal Amel, écrivain et directeur d'un studio d'enregistrement musical à Essaouira, qui a longtemps travaillé sur la musique gnaoua, a insisté, quant à lui, sur la nécessité de faire la nuance entre le terme "musique gnaouie" qu'on utilise le plus souvent pour rapprocher le public de manière générale et le situer par rapport aux autres genres musicaux, tels le blues, le jazz..., et "l'art gnaoui" ou "Tagnaouite" qui incarne plusieurs dimensions.

"Parler de préservation et de transmission de l'art gnaoui aux générations montantes suppose d'abord de prendre en considération tous les aspects spirituel, artistique, culturel, rituel et musical de cet art ancestral et authentique", a insisté M. Amel, mettant en avant la responsabilité que les jeunes se doivent d'assumer pour faire connaître davantage cet art, le préserver, le pérenniser et surtout d'oeuvrer pour que ce legs ancestral ne soit pas dénaturé ou réduit à de simples démonstrations musicales et de danses.

"L'art gnaoui est une culture, ce sont des traditions, c'est un style de vie et un rituel qu'il convient de respecter scrupuleusement, notamment en ces temps modernes", a-t-il dit.

Anas Azza, président de l'Association "Origines Gnaoua Essaouira", a mis en avant l'importance de ce débat en soulevant toutes les questions intéressant l'art gnaoui, notant que c'est cette approche d'inviter l'art gnaoui authentique au banquet de la réflexion et du débat qui anime tous les jeunes membres de son association.

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