Ethiopie: Liberté de la presse - RSF appelle les autorités à ne pas "revenir en arrière"

communiqué de presse

Reporters sans frontières (RSF) s'inquiète d'une multiplication des atteintes à la liberté d'informer après les menaces directes formulées par un général de l'armée contre un journaliste, plusieurs arrestations de reporters et des recours fréquents aux coupures internet, des méthodes qui ternissent les progrès importants enregistrés par le pays depuis plus d'un an.

"Nous ne serons pas responsables si un membre des forces armées se sentant offensé par ses reportages venait à prendre des mesures contre Temesgen".

Alors qu'il répondait à des questions posées par des journalistes, le général Mohammed Tesema a directement menacé de représailles Temesgen Desalegn, journaliste et fondateur de l'hebdomadaire Feteh, qu'il a par ailleurs qualifié d' "inutile".

Le porte-parole du ministère de la Défense a également annoncé des poursuites contre "tous les médias qui ternissent la réputation de l'armée".

"Nous condamnons ces menaces qui interviennent dans un contexte plus large de regain inquiétant des atteintes à la liberté de la presse après les progrès remarquables qui ont été accomplis depuis l'année dernière, estime Arnaud Froger, responsable du bureau Afrique de RSF.

Nous appelons le gouvernement et les forces de sécurité à ne pas revenir en arrière en matière de liberté de la presse.

Le recours aux méthodes d'intimidation, aux arrestations ou à la cybercensure ne permettra pas d'améliorer la professionnalisation des médias et encore moins de promouvoir un environnement dans lequel ces derniers peuvent pleinement participer à la démocratisation et à la paix en Ethiopie".

Après avoir libéré tous les journalistes détenus, autorisé des centaines de médias et de sites d'informations autrefois interdits et multiplié les promesses en faveur de la liberté d'expression et d'information, le gouvernement du Premier ministre Abiy Ahmed envoie des signaux inquiétants dans un contexte de fortes tensions ethniques.

En juin, le réseau internet a ainsi été coupé à deux reprises, d'abord à partir du 10 juin, officiellement pour empêcher la tricherie lors des examens scolaires de fin d'année puis de nouveau le 22 juin à l'occasion d'affrontements armés dans la région Amhara présentés par le gouvernement comme une tentative de coup d'Etat.

Deux journalistes de la chaîne Asrat TV, Berihun Adane et Getachew Ambachew, ont été arrêtés en marge de cet événement et en vertu de la loi antiterroriste de 2009 largement utilisée par le passé pour procéder à des arrestations arbitraires de professionnels des médias ou de blogueurs. Il n'a pas été possible, à ce stade, de déterminer si ces arrestations avaient un lien avec leur profession.

En mai, trois journalistes avaient quant à eux été brièvement arrêtés dans le cadre de leurs fonctions. Le reporter d'Ethiopis Mesganew Getachew avait été détenu après avoir réalisé un reportage sur la démolition d'habitation dans un quartier de la capitale Addis-Abeba.

Tamerat Abera de la radio Ahadu avait été arrêté pour avoir prétendument diffusé de "fausses information" sur le peuple Oromo, l'ethnie majoritaire en Ethiopie. Son confrère Getya Yalew avait subi le même sort après lui avoir rendu visite en prison.

Avec un bond de 40 places, l'Ethiopie a enregistré la plus grande progression mondiale au Classement mondial de la liberté de la presse établi par RSF en 2019. Elle occupe désormais la 110e position sur 180 pays.

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