Ile Maurice: Trafic de drogue - Ils veulent tous la libération conditionnelle

Plusieurs trafiquants présumés réclament la liberté conditionnelle en dépit d'importantes saisies de drogue (plus de Rs 4 M) effectuées chez eux. Certains ont été arrêtés en possession de drogues dangereuses, à l'aéroport. La Bail and Remand Court (BRC) a rendu plusieurs jugements la semaine dernière.

Arrêté pour culture de Rs 2 M de gandia

Abdool Cader Moulan, 50 ans, a été arrêté pour avoir cultivé 658 plantes de gandia, d'une valeur estimée à Rs 1 974 000. La police a argué qu'il peut suborner des témoins, s'enfuir ou récidiver. Représenté par Me Shakeel Mohamed, cet habitant de Bois-Chéri a pourtant été libéré contre une caution de Rs 400 000. Il a également dû signer une reconnaissance de dette de Rs 900 000. Le fait que la police n'ait toujours pas déposé d'accusation formelle contre lui a joué en sa faveur.

Il présente un risque de s'enfuir au Bostwana

Shah Mohammad Mustafa Sohawon a, lui, été arrêté à sa descente d'avion de La Réunion avec 105 g héroïne, d'une valeur de Rs 1,5 M et 476 g de cannabis d'une valeur de Rs 285 000, cachés dans sa valise. Le suspect, représenté par Me Ravi Rutnah, n'a pas été relâché. Le magistrat Navish Jheelan de la BRC, a étudié les circonstances personnelles du suspect ainsi que les arguments de la police.

Selon cette dernière, si le prévenu est reconnu coupable de trafic de drogue sous la Dangerous Drugs Act, il risque une lourde peine d'emprisonnement. «La nature du délit est sérieuse et le risque qu'il s'évade est présent.» D'autant plus que l'enquêteur a mentionné que le suspect peut se rendre au Botswana en bateau, étant donné qu'il y détient un permis de résidence. Le magistrat a, dans la foulée, pris en considération ses difficultés financières et le fait qu'il soit en banqueroute. «J'estime que, vu ses problèmes financiers, il peut récidiver car le trafic de drogue est un "business" lucratif. Il n'a rien à perdre puisque la preuve de la nature du délit est forte», poursuit le magistrat.

Ayant pris connaissance du fait que Shah Mohammad Mustafa Sohawon a déjà été condamné par la cour intermédiaire, le 27 mars 2008, pour importation de drogue dangereuse, le magistrat ajoute : «This shows that he has a propensity to commit such offences. The custodial sentence imposed on him has had no dissuasive impact on him... » De ce fait, le Senior District Magistrate a, le 15 juillet, rejeté sa demande de remise en liberté, afin de protéger la société.

L'affaire Caterino revient sur le tapis

Autre rejet: le présumé trafiquant de drogue Néliémie Cheetamun est accusé de trafic de drogue devant la cour de Moka. Représenté par Me Raj Pentiah, il a été arrêté lors d'une fouille corporelle le 21 mai 2019, à St-Pierre. Il était en possession de 128,02 g de haschisch d'une valeur estimée à Rs 640 000. «I note that the applicant (NdlR : le suspect) will escape by sea since he holds a French passport. I remark the value of the drugs gives an indication of the means the applicant has in order to meet the expenses of organising such an operation. I also remark that the closest island to our country is Réunion, which is an overseas department and region of France... He may leave the country illegally by means of a powerful boat», déclare le magistrat.

Le magistrat va plus loin pour dire qu'il est difficile, voire impossible pour les autorités, de surveiller l'ensemble des rives de Maurice. «Ce tribunal peut prendre connaissance d'office que, dans un passé récent, il y a eu des cas où des accusés en attente d'un procès et des personnes reconnues coupables d'infractions liées à la drogue ont tout simplement quitté le pays en louant un puissant bateau, ce qui a suscité un grand tollé public... Par conséquent, il y a une responsabilité accrue de veiller à ce que la justice ne soit pas bafouée.» Faisait-il allusion au cas de Christophe Caterino, ancien chef de cabine d'Air France, qui s'était évadé par bateau en 2009, après sa condamnation à une peine d'emprisonnement pour importation de 51 877 comprimés de Subutex ? Pour le magistrat, aucune condition ne peut être imposée au suspect pour éviter les risques de s'enfuir ou de récidiver.

Un barman accusé du transport de Rs 1,6 M d'héroïne

Idem pour Ashvin Jungalee, impliqué par Shivam Mungalia. Ce dernier avait fait l'objet d'une fouille à l'aéroport, à sa descente d'un avion venant d'Afrique du Sud. Arrêté pour possession de 108,31 g d'héroïne, d'un montant de Rs 1,6 M, il avait impliqué le suspect en tant que commanditaire du transport de ladite drogue. Jim Harold Bégué, autre protagoniste dans l'affaire, avait affirmé qu'Ashvin Jungalee l'avait accompagné en Afrique du Sud pour l'aider à transporter l'héroïne. «Je note que le suspect, barman de son état, a été impliqué dans une transaction illégale par deux autres présumés acolytes.» Le magistrat de la BRC est d'avis que la nature des preuves est forte et lui refuse donc la libérté provisoire.

En possession de Rs 30 M de comprimés de buprénorphine, il est libéré

La motion de remise en liberté de Nelson Louis Nabab, inculpé pour trafic de drogue, a été débattue devant le même magistrat le 17 juillet. 12 749 comprimés de buprénorphine, d'une valeur de Rs 30 591 600, avaient été saisis chez lui le 24 février 2017. Interrogé, il explique que la drogue appartient à Toto Badhoodeenkhan, qui lui aurait demandé de la garder chez lui. Ce dernier avait dans le passé été arrêté pour complot dans le meurtre de Denis Fine.

Alors que l'enquêteur dans cette affaire estime que Nelson Louis Nebab peut s'enfuir en mer, étant donné qu'il connaît bien le domaine, le magistrat remarque, lui, que c'est impossible étant donné que le suspect ne détient pas de passeport. «I cannot see how he will succeed in residing in another country without being detected by the immigration authorities. I also remark that the applicant does not seem to be a major player in the network as he was merely holding drugs for Toto Badhoodeenkhan.» Le suspect, selon le magistrat, ne semble pas avoir les moyens pour louer un bateau puissant pour s'enfuir.

Casier judiciaire vierge, liens familiaux et travail stable... tous ces facteurs ont contribué à une décision en sa faveur et même si l'enquête est bouclée, aucune accusation formelle n'a été déposée contre lui. De ce fait, s'il paie une caution de Rs 350 000 et signe une reconnaissance de dette de Rs 1 million, il sera libéré.

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