Cameroun: « Le Cameroun a une grande énergie entrepreneuriale »

Samir Abdelkrim, entrepreneur, Fondateur de StartupBRICS & EMERGING Valley, auteur de « Startup Lions, at the Heart of the African Tech », partage avec Cameroon Tribune son expérience de globe-trotter du continent.

Après votre parcours du continent africain et au contact de ses start-ups, quels sont les principaux problèmes que vous avez constatés dans la vie de ces jeunes entreprises ? Je vais parler un peu du Cameroun, puisque j'ai eu l'occasion de m'y rendre assez souvent. Il y a une très grande énergie entrepreneuriale au Cameroun d'un côté, et de l'autre, on est obligé de souligner les grandes difficultés que rencontrent les start-ups sur le terrain, que ce soit à Yaoundé, à Douala ou à Buea. Justement, je me souviens de Buea comme étant la Silicon Mountain, où est apparu l'écosystème camerounais en matière d'innovation. Mais il y a aussi des start-ups qui essayent d'avoir un impact sur le terrain, notamment à Bamenda, où j'avais été il y a peu, et où j'avais constaté un développement des start-ups dans l'e-santé.

Les premiers problèmes des start-ups, ce sont l'absence de l'appui des gouvernements et l'absence des financements. Pour qu'une start-up trouve son modèle économique, il faut du temps. Cela peut prendre trois ans par exemple pour avoir un incubateur économique, générer du chiffre d'affaires, se payer et payer les équipes. Souvent, les start-ups ont besoin de ticket d'amorçage pour pouvoir ne serait-ce que tester leurs capacités et traverser ce qu'on appelle le « cap de la mort ». Car c'est souvent 9/10 start-ups créées qui meurent avant d'atteindre cinq ans d'existence. En plus du manque de financements, peut-on évoquer une absence de confiance de la part de ces jeunes entrepreneurs évoluant dans un environnement pas toujours propice ? Je ne pense pas que ce soit une question de confiance des startuppers en eux-mêmes.

Il y a beaucoup de communautés « Tech » qui se forment, à travers des événements comme le « Meet-up » où les start-ups se rencontrent. On a dépassé cette étape dans laquelle on ne se fait pas confiance. Par contre, ce qui est vrai c'est que beaucoup d'investisseurs ont un problème de connaissance des projets de start-ups. Très peu d'entre eux connaissent le terrain et ont par conséquent peur de se lancer dans de mauvais projets. Ils ne savent donc pas comment pister les bonnes idées de start-ups. Et c'est là que les incubateurs, ces structures mettant en relation start-ups et investisseurs, peuvent servir de boussole pour ces derniers, qui ont tout à gagner en se rapprochant des patrons de start-ups. Au Cameroun, comme incubateurs, on a par exemple ActivSpaces, le Boukarou, entre autres. Ce travail de mise en relation n'est pas suffisamment fait. Qu'est-ce que votre structure apporte concrètement comme appui à ces start-ups ? Après avoir fait ce travail de recherche, j'ai mis sur pied deux projets.

Il y a d'abord le livre « Startup Lions, at the Heart of the African Tech ». Ensuite, j'ai décidé d'organiser chaque année à Marseille (qui pour moi est la ville la plus légitime pour se positionner entre l'Europe, la Méditerranée et l'Afrique) des rencontres baptisées « Emerging Valley » qui rassemblent les start-ups, les investisseurs et les institutionnels. L'année dernière, avec l'Agence française de développement (AFD), et le Social & Inclusive Business Camp, on a fait venir presque 100 start-ups pour les accélérer, leur permettre de se connecter avec les investisseurs, et les mettre en exposition dans les plénières, les tables-rondes, mais aussi à travers une après-midi entière de mise en relation appelée « Speed peeching ». Les start-ups de toute l'Afrique sont concernées. L'idée est de créer un écosystème décloisonné où start-ups et investisseurs se retrouvent à Marseille avec la diaspora. Il est également important de prouver aux investisseurs que les futures pépites du monde numérique se trouvent en Afrique.

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