Congo-Kinshasa: Les pays africains au défi de la métropolisation - Les cas d'Abidjan et de Kinshasa (Chronique)

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La ville africaine et plus particulièrement les grandes agglomérations doivent répondre aux défis de la mondialisation. Or, l'urbanisation est, en Afrique, subie et incontrôlée. Le continent connaît un boum démographique d'une ampleur inégalée dans l'histoire de l'humanité, ce qui demande une meilleure gestion de l'espace urbain, en particulier avec le phénomène de métropolisation.

L'espace urbanisé africain est en effet soumis à des forces nouvelles qui conduisent à la métropolisation, c'est-à-dire à l'expansion infinie des villes-mères comme Abidjan, Kinshasa, Johannesburg ou Lagos. La question qui se pose est celle de la cohérence de ce nouvel espace urbanisé où se concentrent les pouvoirs politiques, économiques et culturels.

Or, le périmètre d'une métropole recouvre des entités politiques et économiques différentes que sont les communes. Les métropoles nouvelles sont des espaces territoriaux de plus en plus complexes. Le « Grand Abidjan », avec ses 19 communes qui engendre une complexité nouvelle, n'a plus rien à voir avec Abidjan, métropole ancienne convaincue de son unicité. Phénomène nouveau, la métropolisation surprend par son intensité. Aux plans politique et gestionnaire, voire culturel, la complexité vient de la juxtaposition de territoires municipaux différents, les Etats cherchant à résoudre cette contradiction en installant des autorités métropolitaines dotées de la capacité de mettre en œuvre un fonctionnement commun dans un espace particulièrement divisé politiquement, économiquement, culturellement. L'Afrique du Sud a choisi de donner à ces «nouvelles» métropoles des noms nouveaux comme « Nelson Mandela Metro » pour Port Elisabeth. Le choix d'un nouveau nom vise à imposer deux idées : un fonctionnement commun et une identité commune.

KINSHASA : LA VILLE PROVINCE

Pour l'Honorable Gentiny Ngobila Mbaka, le gouverneur de Kinshasa, la ville-province, avec ses 17 millions d'habitants répartis sur 24 communes, concentre toutes les difficultés des grandes agglomérations africaines devenues tentaculaires : développement anarchique, insalubrité, insécurité, pauvreté, absence d'infrastructures et d'équipements collectifs, embouteillages, pollution, difficulté d'accès accès au logement, à l'emploi, à l'école, à la santé, etc. Conscient que l'Afrique est en train de vivre une révolution urbaine, Gentiny Ngobila Mbaka veut se donner les moyens d'accomplir cette révolution à Kinshasa. Il lui faut donc penser le « grand Kinshasa » en termes de cohérence entre croissance urbaine, développement économique et amélioration du cadre de vie, afin de faire de la ville-province un puissant vecteur de développement et renforcer sa contribution à la croissance du PIB national.

Il prévoit de conduire sont les actions suivantes : création d'une plateforme numérique d'analyse statistique et cartographique sur le développement urbain et la qualité de vie ; délimitation précise des limites communales ; plan d'aménagement urbain, structuration des réseaux de transport en commun ; amélioration du réseau routier, maîtrise de la croissance spatiale de la ville qui provoque a) des fractures urbaines b) des trajets de plus en plus longs vers le centre-ville ; développement économique, social et culturel (la ville-province concentre toutes les activités politiques, administratives, commerciales, culturelles) ; amélioration de l'accès aux services publics (difficultés d'accès à l'électricité, à l'eau, à la santé, à l'éducation... ) ; lutte contre l'insécurité, l'insalubrité, la pollution ; réappropriation de l'espace public ; gestion des parties fluviales des communes ; gestion des zones inondables et insalubres ; adressage ; résorption du sous-développement des communes rurales ; élaboration d'un « plan-climat » (végétalisation, solaire, transport durable) . Parmi les projets phares, figure le transport fluvial. Ce vaste plan de transformation de la ville-province demande l'engagement de l'Etat, des autorités locales et des partenariats à l'international.

LE GRAND ABIDJAN

Abidjan, la ville-mère ivoirienne, comme toutes les grandes agglomérations africaines, se caractérise par un immense « chaos urbain » et des handicaps qui ralentissent sa croissance économique et limitent sa contribution au PIB national. Le ministre ivoirien de la construction et de l'urbanisme, Mamadou Sanogo, précise que le nouveau schéma directeur du « Grand Abidjan » porte à 19 le nombre de communes prises en compte contre 13 dans le précédent schéma. En plus des 13 communes qui composaient le district d'Abidjan dans l'ancien schéma directeur (Adjamé, Plateau, Yopougon, Abobo, Cocody, Treichville, Port-Bouët, Koumassi, Marcory, Attécoubé, Anyama, Bingerville et Songon), s'ajoutent désormais les communes de Grand-Bassam, Bonoua, Alépé, Azaguié, Dabou et Jacqueville.

La population du « Grand Abidjan » sera de 8 500 000 habitants en 2030 contre 5 millions actuellement. Pression démographique et risque d'occupation anarchique de l'espace imposent une mise en cohérence des politiques d'urbanisation, d'investissement en matière d'infrastructures et de transport public. On annonce la construction de sept ponts et de voies de contournement du centre-ville. Il est prévu de réaliser plus de cent projets d'ici 2030, dont la construction de deux lignes de métro. L'Afrique ne peut échapper à la métropolisation. La mondialisation impose la création de vastes ensembles urbains politiquement et fonctionnellement cohérents. C'est un nouveau défi pour les grandes agglomérations africaines : surmonter le « chaos urbain » pour trouver leur place dans la concurrence mondiale qui oppose les métropoles devenues un phénomène universel.

Christian Gambotti

Président du think tank Afrique & Partage Directeur des Coll L'Afrique en Marche, Planète francophone

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