Congo-Kinshasa: Légère baisse des violations des droits de l'homme - Les signaux sont bons mais...

25 Juillet 2019
analyse

8%. C'est le pourcentage, en 2019, de baisse du taux de violations des droits de l'Homme en République démocratique du Congo (RDC), par rapport à l'année dernière à la même période, selon un rapport du Bureau conjoint des Nations unies aux droits de l'Homme (BCNUDH).

Et ce, quelque six mois après la prise de fonction du nouveau président, Félix Tshisékédi, qui a succédé à Joseph Kabila dans les conditions que l'on sait. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'en une demi-année, les lignes ont sensiblement bougé en matière de respect des droits de l'homme en RDC.

Et 8%, c'est déjà ça ! Pour autant, ces chiffres marquent-ils l'amorce d'une nouvelle ère en RDC ? L'on peut en douter, même si l'espoir est permis.

Car, si cette évolution positive de la situation des droits de l'Homme en RDC, peut être mise au compte du changement de régime intervenu à la tête de l'Etat à la faveur de la présidentielle de décembre dernier, il y a qu'il reste encore beaucoup d'efforts à faire dans la construction et le renforcement de l'Etat de droit au pays de Kabila.

Le président Tshisékédi a, de toute évidence, les mains liées voire ligotées par son prédécesseur dont le parti est dominant à l'Assemblée nationale

En effet, tout porte à croire que si l'ex-homme fort de Kinshasa avait réussi à se maintenir à la tête de l'Etat, il y aurait eu de fortes chances que la tendance fût plutôt à la hausse, tant l'homme s'était montré intraitable sur la question de son pouvoir, usant de subterfuges et rusant avec les textes pour finalement lâcher prise dans les conditions que l'on sait.

Et ce n'est pas un hasard si les Forces de défense et de sécurité (FDS) qui brillaient par leur inféodation au pouvoir de Kabila, continuent à caracoler en tête du hit parade des exactions commises sur les populations. Car ce n'est pas en six mois que l'on peut changer les funestes et sombres pratiques cumulées pendant près de deux décennies.

C'est pourquoi, cette baisse du nombre de violations des droits de l'Homme, aussi légère soit-elle, est à saluer à sa juste valeur car il s'agit, ici, de droits humains, en rapport avec l'intégrité physique et la dignité de l'homme, dans un pays où les libertés individuelles et collectives sont constamment bafouées. Les signaux sont donc bons, même si la situation demeure toujours préoccupante.

En effet, les mêmes sources onusiennes indiquent que plus de 3000 violations des droits de l'Homme ont été enregistrées dans ce pays, dans le seul premier semestre de cette année 2019.

De quoi être pessimiste pour l'avenir. Car, si la légère tendance baissière peut peu ou prou s'expliquer par l'alternance intervenue au sommet de l'Etat, le président Tshisékédi a, de toute évidence, les mains liées voire ligotées par son prédécesseur dont le parti est dominant à l'Assemblée nationale, avec un Premier ministre issu de ses rangs.

L'amélioration de la situation des droits de l'Homme en RDC, reste un défi pour les nouvelles autorités

Il a certes su poser des actes forts allant dans le sens de la décrispation, tels que la libération de prisonniers politiques et le retour d'exilés politiques qui a profité à un poids lourd de la scène politique congolaise comme Moïse Katumbi, mais il n'a toujours pas suffisamment de marge de manœuvre pour marquer la rupture avec son prédécesseur qui reste, quoi qu'on dise, toujours maître du jeu en RDC, en ayant le contrôle des principales institutions de la République.

De ce point de vue, il n'est pas évident que le président Tshisékédi qui n'a véritablement pas les coudées franches, puisse faire le ménage au sein de l'Administration publique et surtout des FDS qui comptent encore de nombreux fidèles et soutiens de Kabila.

En tout état de cause, l'amélioration de la situation des droits de l'Homme en RDC, reste un défi pour les nouvelles autorités. Car, cela constitue une véritable plaie pour ce pays-continent où, en dehors des abus et exactions commises par des agents de l'Etat et autres représentants de la force publique, les récurrentes incursions meurtrières des groupes armés qui sévissent surtout dans la partie orientale du pays, viennent davantage assombrir le tableau des droits de l'Homme, qui n'était déjà pas reluisant.

C'est pourquoi on ne peut qu'encourager le président Tshisékédi à oser davantage, car pour faire mieux, il faudra qu'il puisse s'affranchir de la tutelle de Kabila.

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