Centrafrique: Silence, on viole

communiqué de presse

En RCA, les violences sexuelles restent un sujet tabou au sein de la société. Les victimes se murent dans le silence, souvent sans prise en charge médicale ou psychologique. Depuis 2018, plus de 4 800 survivants de violences sexuelles ont été soignés et accompagnés par les équipes MSF à Bangui. Témoignages.

Olga, 41 ans

« Hier après-midi, je suis sortie de ma maison pour aller chercher du manioc pas loin de l'aéroport de Bangui. En chemin, deux hommes armés de couteaux et de machette m'arrêtent et me donnent l'ordre de m'asseoir par terre. L'un d'eux commence à me bander les yeux tandis que l'autre me déshabille de force. »

Le témoignage d'Olga* pourrait être celui de l'un des milliers de survivants de violences sexuelles en République Centrafricaine.

Depuis 2018, plus de 4 800 personnes ont été soignées et accompagnées par les équipes MSF à l'Hôpital Communautaire de Bangui pour des violences sexuelles, avec une augmentation des cas de près de 40% depuis le début de l'année.

Dans un pays où certaines langues locales n'ont pas de mot pour désigner le viol, parler de violence sexuelle reste tabou.

« A plusieurs reprises, j'ai voulu me suicider. J'ai honte quand je marche dans la rue, j'ai l'impression que tout le monde me regarde et la nuit je ne parviens pas à dormir » confie Olga à la psychologue de MSF.

La honte et le silence

Le long conflit armé et la présence des groupes armés constituent un terreau fertile pour les violences sexuelles. « Mais dans la plupart des cas, les agressions sont commises dans le cercle proche, la famille ou les voisins.

Les problèmes sont résolus à l'amiable dans la communauté pour éviter l'humiliation, en oubliant que la violence sexuelle est une urgence médicale » rappelle la coordinatrice du projet, Beatriz García.

Les équipes MSF ont ouvert une antenne du projet dans le quartier populaire de Bédé-Combattant à Bangui, afin d'être au plus proche des communautés et permettre une prise en charge d'urgence.

Olga est venue se faire soigner 24 heures après son agression et les médecins lui ont prescrit une prophylaxie post-exposition, qui la protège des infections sexuellement transmissibles et du VIH.

Parler, vivre à nouveau

Martina*, veuve de 53 ans et mère de 3 enfants, est suivie une fois par semaine par un psychologue MSF au centre de santé de Bédé-combattant.

« Je portais un lourd fardeau depuis six années. Je n'avais jamais dévoilé à personne ce qui m'était arrivé. Pendant les combats à Bangui en 2013, j'ai fui dans la brousse.

C'est là que deux hommes armés m'ont pris de force et m'ont violée. Depuis, j'avais des douleurs intenses au bas ventre, un sentiment d'être souillée et une peur constante des hommes armés » raconte Martine.

« Une personne m'a dit de ne plus avoir honte et je suis finalement venue. Je me sens soulagée » poursuit-elle.

Les hommes font également partie des victimes de violences sexuelles en RCA. « Ils n'osent pas en parler car ils subissent une énorme pression dans la communauté et une forte stigmatisation. Ils ne se présentent pas dans nos services et sont très réticents à venir demander de l'aide » continue Beatriz Garcia.

Le manque d'assistance aux victimes des violences sexuelles à Bangui est flagrant. Au-delà des services médicaux offerts par MSF, les victimes ne trouvent pas d'appui légal ou socio-économique qui puisse les aider à surmonter ces agressions.

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