Ile Maurice: Expulsé de Dubaï - la lettre de Shameem Korimbocus envoyée au Parlement en cause ?

Deux jours après son arrestation à Dubaï, Shameem Korimbocus regagne le pays ce matin sur le vol d'Emirates EK 701.

Ce Facebooker, aussi connu comme Shameem Onenonly, était détenu à la prison centrale d'Al Awir. Le trajet du retour, il le fait avec son fils âgé de 11 ans, laissant toutefois derrière lui son épouse, une Philippine. D'ailleurs, c'est cette dernière qui s'est acquittée des dépenses liées aux billets d'avion. Au cas contraire, le Mauricien serait resté en prison pendant encore une quinzaine de jours. Que reproche-t-on à cette figure connue de la Toile ?

L'avocat du Facebooker, Me Shakeel Mohamed, parle d'énorme injustice. «Toute cette histoire est troublante. J'ai demandé à l'épouse de mon client de retenir un avocat à Dubaï mais elle m'a expliqué que les autorités l'ont informée que c'est l'employeur de Shameem qui doit lui en procurer un. Il s'avère que ce dernier est son oncle et qu'il aurait peur de représailles car il a d'autres employés étrangers», avance-t-il.

De poursuivre qu'une des raisons qui expliqueraient l'arrestation de Shameem Korimbocus est la lettre qu'il a envoyée à la speaker de l'Assemblée nationale, le 24 juin dernier. Dans celle-ci, le Facebooker déplore le fait d'avoir été cité dans un discours du ministre du Tourisme, Anil Gayan, qui était au centre de la polémique provoquée par son discours évoquant le «honour killing».

«I would like to express my concern regarding mentioning my name and making baseless orchestration against my person while I am not in the country nor was present in that august Assembly», peut-on y lire. Sollicitée pour une réaction, la speaker, Maya Hanoomanjee, déclare ne pas connaître Shameem Korimbocus. «Le Parlement n'a rien à voir avec cette affaire. Je ne suis pas concernée.» Nous avons également contacté le ministre du Tourisme. Son attachée de presse nous a fait comprendre qu'il ne souhaite pas commenter le sujet.

Réponse attendue

Shameem Korimbocus a-t-il commis un délit qui a mené à son expulsion ? Un article du journal The National, daté de janvier 2018, mentionne les lois qui régissent l'expulsion des étrangers dans les Émirats arabes unis. «There are two types of deportation - legal and administrative. The first follows a conviction in a criminal case and is issued by a panel of judges in court. This type of deportation is mandatory and would be used against those who have committed types of sexual assault or rape, for example. The second is issued by the ministry of Interior and the bodies related to it, such as the General Directorate of Residency and Foreigner Affairs and the Ministry of Labour. It is discretionary and issued against individuals who are thought to be a threat to public safety and welfare.»

Quant à Me Shakeel Mohamed, il soutient avoir parlé à un «officiel haut placé à Abu-Dhabi» qui lui aurait confirmé que son client ne ferait l'objet d'aucune accusation formelle. Cela, ni au civil, ni au criminel. Par ailleurs, aucun ordre n'a été émis par aucune cour de justice en ce sens. «Mon client détient un casier judiciaire vierge, il n'a commis aucune offense. J'étais prêt à me déplacer à Dubaï pour comprendre ce qu'on lui reproche», souligne-t-il. Il se demande s'il s'agit d'une expulsion en bonne et due forme ou orchestrée. L'homme de loi poursuit que «les appels passés à Karachi n'ont rien donné».

Au niveau du ministère des Affaires étrangères, on indique que Maurice ne compte pas d'ambassade à Dubaï. «Dubaï est sous la juridiction de l'ambassade de Maurice au Caire, en Égypte», souligne-t-on. Une prise de contact officielle a d'ailleurs eu lieu pour s'enquérir du cas Shameem Korimbocus. Cela, bien qu'aucune demande n'ait été faite par la famille. «Une réponse des autorités est attendue», fait-on valoir.

Le Facebooker déjà écopé d'un premier avertissement

En novembre 2018, Shameem Korimbocus, après des plaintes des autorités locales, avait été sommé par le ministère des Affaires étrangères à Dubaï de ne plus faire de vidéos qui pourraient ternir l'image du gouvernement mauricien, surtout à travers la page Facebook qu'il a créée : «La vérité ki pou derange zot». Celle-ci compte plus de 100 000 followers. Cet avertissement avait suivi les amendements apportés à la «Judicial and Legal Provisions Act» le 31 octobre, au Parlement. Les principaux amendements apportés à l'«Information and Communication Technologies Act», sous l'article 47, étaient au centre d'une polémique. Les utilisateurs de réseaux sociaux, tels que Facebook, et d'applications comme WhatsApp, Twitter et YouTube, risquent désormais de se retrouver dans le collimateur de la police. Cela, après toute publication sur la Toile de messages «likely to cause or causes annoyance, humiliation, inconvenience, distress or anxiety to any person». Enfreindre cette loi peut entraîner une accusation provisoire et constitue un délit passible de dix ans d'emprisonnement.

Navin Ramgoolam: «C'est très grave si un ministre est impliqué dans ce cas»

Il était face à la presse, hier le mercredi 31 juillet, pour commenter des Jeux des îles de l'océan Indien (JIOI). Mais le leader des Rouges, Navin Ramgoolam, a aussi répondu à une question au sujet de Shameem Korimbocus. «Si ena lamé minis ladan, li bien bien grav», a-t-il déclaré. Selon lui, le fait que le citoyen ait partagé des publications sur les réseaux sociaux ne fait pas de lui «un criminel». «Pa kapav al osi lwin. Le ministère des Affaires étrangères aurait dû intervenir, comme le font d'autres pays.» Pour ce qui est des JIOI, le leader du PTr a tenu à féliciter non seulement les athlètes et les artistes, mais tous les Mauriciens qui ont fait preuve de patriotisme.

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