Congo-Kinshasa: Ébola - L'épidémie a déjà un an en RDC

Un soignant avec le bébé d'une femme décédée du virus Ebola âgé de sept mois dans le Nord-Kivu,

1eraoût 2018-1eraoût 2019, un an depuis que la dixième épidémie de la maladie à virus Ébola a été déclarée en RDC par le ministre de la Santé, le Dr Oly Ilunga Kalenga, qui a démissionné récemment. Selon le bulletin épidémiologique du ministère de la Santé, cette épidémie a fait mille huit cent treize décès sur un cumul des cas de deux mille sept cent un dont deux mille six cent sept cas confirmés et quatre-vingt-quatorze probables.

La propagation de cette maladie inquiète plus d'une personne. La ville de Goma qui était exempte connaît aujourd'hui son troisième cas. La malade âgée d'environ d'une année est la fille du deuxième cas détecté le mardi 30 juillet et décédé le matin du mercredi 31 juillet. Cela après le décès du pasteur protestant, premier cas à être rapporté à Goma. Le troisième cas est apparu dix-sept jours après le premier ou vingt-quatre heures après le deuxième.

Ville d'environ deux millions d'habitants et frontalière au Rwanda, Goma est la troisième ville de la RDC après Butembo et Beni dans le Nord-Kivu à être affectée par le virus mortel Ébola.

Craignant la propagation de cette épidémie dans d'autres pays frontaliers à l'est de la RDC et vu le nombre croissant de décès, l'OMS a déclaré, au mois de juillet dernier, cette épidémie comme une urgence sanitaire de portée mondiale. Cette décision a fait que les choses bougent au niveau mondial. La mobilisation internationale entre en danse.

La Banque mondiale a débloqué une enveloppe de trois cents millions de dollars américains pour soutenir les interventions de la riposte dans les provinces du Nord-Kivu et de l'Ituri. Quant à l'Union africaine, elle envisage déjà d'envoyer ses volontaires pour prêter mains fortes aux équipes de riposte. Pour sa part, le Royaume-Uni s'est engagé jusqu'à présent à apporter son soutien notamment en finançant le vaccin, à œuvrer de manière à mobiliser et les communautés et à former les agents de santé locaux. Le Système de l'ONU et d'autres organisations internationales appuient chacun selon ses spécificités la lutte contre Ebola, ce tueur impitoyable

Avec la mise en place du secrétariat technique du comité multisectoriel de la riposte contre Ébola conduit par le Pr Jean-Jacques Muyembe Tanfum qui n'est plus à présenter dans la lutte contre Ébola, l'heure est à la mise en place d'un nouveau plan commun de riposte pour mettre fin à cette épidémie qui, selon lui, n'a fait que trop durer.

Pour sa part, le ministre honoraire de la Santé, le Dr Félix Kabange Numbi, qui a maîtrisé la 7e et 8e épidémie d'Ébola plaide pour l'apport de tout le monde dans l'organisation de la riposte. « La RDC est allée en appui en Afrique de l'ouest, elle a une équipe d'experts, si on peut rappeler cette équipe qui a fait ses preuves, le pays mettra fin à cette épidémie parce que nous avons plus d'expérience qu'aucun autre pays dans la riposte contre cette maladie pour avoir maîtrisé plusieurs épidémies », a-t-il signifié.

Le Dr Félix Kabange Numbi, qui se dit prêt à apporter son expertise, souligne que la lutte contre Ébola ne concerne pas une seule personne. « Ceux qui ont de l'expertise peuvent s'associer à la lutte car il s'agit d'une question des vies humaines ».

Les obstacles à la riposte

La RDC est un centre de formation Ébola. Avec son expertise dans la lutte contre cette maladie depuis la première épidémie en 1976 dans la localité de Yambuku dans la province de la Mongala, jusqu'aujourd'hui, le pays s'est distingué pour avoir non seulement connu neuf précédentes épidémies mais également pour les avoir maitrisées en peu de temps. Fort de cette expérience, la RDC a prêté main forte aux équipes de riposte à l'ouest de l'Afrique lors de la survenue d'Ébola au Liberia, en Guinée-Conakry et en Sierra-Leone faisant plus de dix mille morts. Aujourd'hui une année après, le pays est en mal de maîtriser cette maladie.

Selon le Pr Muyembe, plusieurs éléments entrent en ligne de compte, notamment l'insécurité, la réticence de la population à coopérer avec les équipes de riposte, les conflits armés et la démotivation du personnel soignant qui accuse des arriérés de paiement. « L'épidémie est arrivée dans deux provinces qui n'ont jamais été en contact avec le virus, donc la population ne connaît rien sur cette maladie. c'est difficile qu'elle puisse accepter la présence de ce virus dans sa contrée et si la population ne s'engage pas, il est difficile de contrôler cette épidémie », explique -t-il tout en ajoutant : « Cette épidémie est tombée sur une population qui a été longtemps traumatisée par des conflits armés, la population n'a pas confiance aux équipes de riposte, la présence de groupes armés rend la riposte très difficile parce que quand on suit un contact, ce contact se cache dans les zones contrôlées par les groupes armés... »

Pour mettre fin à cette dixième épidémie, Il faut donc des stratégies efficaces s'appuyant sur un leadership fort fondé sur la coordination, la synergie, la participation communautaire. C'est de cette façon qu'on pourra vaincre cet ennemi invisible et mortel.

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