Mauritanie: Changement de président dans la continuité du pouvoir kaki

analyse

Ce 1er août, le général Mohamed Ould Abdel Aziz a passé les charges de président de la Mauritanie au général Mohamed Ould Ghazouani, élu le 22 juin dernier dans un scrutin aux résultats contestés par ses challengers. Cette passation de service a eu lieu au cours d'une cérémonie fort sombre au palais des Mourabitounes à Nouakchott devant un parterre d'invités triés sur le volet dont une dizaine de chefs d'Etat africains.

Elle a été marquée par deux allocutions : celles des présidents sortant et entrant. Si le premier a fait ses adieux à la nation non sans insister sur les acquis de ses 11 ans d'exercice du pouvoir, le second s'est engagé à être le président de tous les Mauritaniens et à poursuivre l'œuvre de sécurisation du pays dans la stabilité et une meilleure répartition des fruits de la croissance.

Le dauphin qui remplace son mentor au sommet de l'Etat avec des échanges d'amabilités, il n'y aurait pas de quoi faire du relief dans les annales de l'histoire de la Mauritanie à moins qu'on ne vienne à souligner que, depuis l'indépendance de ce pays, c'est la première fois qu'un président élu passe la main à son successeur, lui aussi élu. Dans un pays qui a connu 5 coups d'Etat en 59 ans d'indépendance, cette exception mérite d'être signalée.

Cependant, pour l'alternance, il faudra repasser, car non seulement les présidents sortant et entrant sont du même bord politique mais ils appartiennent aussi à la haute hiérarchie militaire qui tient les rênes du pouvoir à Nouakchott depuis le coup d'Etat d'août 2008. Mieux, le général Ghazouani, qui succède au général Abdel Aziz, a été son chef d'état-major des armées et plus d'un observateur les décrit comme de parfaits complices régis par « un rapport hiérarchique militaire fort ».

L'inversion des rôles dans laquelle le dauphin accède à la magistrature suprême va-t-elle distendre les relations entre les deux hommes ? Non, répondent certains analystes, qui estiment que c'est un changement dans la continuité du pouvoir kaki, car « les amis d'hier restent encore les amis d'aujourd'hui », et que le nouveau président serait cornaqué par son prédécesseur pour lui garder le fauteuil présidentiel au chaud en attendant son retour aux affaires dans 5 ans. De fait, le président sortant a déclaré qu'il resterait actif en politique et que la Constitution ne lui interdisait pas de briguer un autre mandat présidentiel dans 5 ans.

Le nouveau président investi ce jeudi voit-il les choses ainsi ? Que fera-t-il de son mandat ? Acceptera-t-il d'être un faire-valoir de son prédécesseur, voire sa marionnette de luxe ? Ou va-t-il assumer pleinement ses fonctions au point de créer la rupture d'avec la gouvernance de son prédécesseur ? On attend de voir non sans faire remarquer qu'après son élection contestée pour cause de fraudes massives selon l'opposition mauritanienne, le nouveau président a tout intérêt à se construire une légitimité par une action hardie au sommet de l'Etat.

En effet, la gestion de son prédécesseur est loin d'être parfaite et il lui faudra rectifier le tir, notamment dans la gouvernance économique où le clientélisme présumé sous le président Abdel Aziz aurait créé de nombreuses frustrations dans les milieux d'affaires du pays. Idem en matière de liberté de la presse où la Mauritanie a régressé de 24 points en 2018 selon le classement de Reporters sans frontières. La sécurité et la stabilité, c'est bien, la démocratie et la bonne gouvernance en sus, c'est mieux .

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Plus de: L'Observateur Paalga

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