Soudan: Manifs et repressions - Jusqu'où mènera le bras de fer entre civils et militaires ?

Manifestation d'étudiants soudanais

Au Soudan, les mouvements de rue se succèdent, les répressions aussi. En effet, au lendemain de la manifestation du 29 juillet dernier contre l'inflation et les pénuries, qui a laissé cinq cadavres sur le carreau, la rue a encore grondé pour exprimer sa colère.

Ce, au moment où civils et militaires peinent à s'accorder sur un modus operandi pour la conduite de la Transition.

Et cette intervention musclée et sanglante de la soldatesque, vient alourdir le bilan macabre de la junte qui s'accroche au pouvoir depuis la chute du dictateur Omar El Béchir, emporté en avril dernier par la bourrasque des manifestants qui ne demandent ni plus ni moins que la transmission, dans les meilleurs délais, du pouvoir à une autorité civile.

S'il est une constante qui crève les yeux, c'est que la junte militaire ne joue pas franc-jeu

Mais autant les croquants semblent décidés à ne rien lâcher, autant les hommes en kaki montrent peu d'enthousiasme à faire droit aux revendications de ces derniers, usant de subterfuges pour faire traîner les négociations en longueur.

A cette allure, l'on se demande où va le Soudan et jusqu'où mènera le bras de fer entre civils et militaires. Réussiront-ils finalement à trouver un terrain d'entente pour sortir le pays de la crise sociale et militaro-politique dans laquelle il est plongé depuis la chute du dictateur, ou tout cela va-t-il conduire au chaos ?

Bien malin qui saurait répondre à cette question. Pour le moment, l'on n'est pas loin de tendre vers l'enlisement si fait que le bout du tunnel semble encore loin, d'autant que plusieurs mouvements d'opposition appellent à une suspension des pourparlers.

C'est dire si, dans le cas d'espèce, l'on est bien parti pour un combat de longue haleine entre les protagonistes au Soudan. Et tout porte à croire que la junte, dans sa volonté de confisquer le pouvoir, tente d'avoir le peuple à l'usure.

Quoi qu'il en soit, s'il est une constante qui crève les yeux dans cette affaire, c'est que la junte militaire ne joue pas franc-jeu. Car, chaque fois que l'on croit tendre vers une solution définitive de sortie de crise, il y a toujours un petit couac qui vient gripper la machine. Une tendance à la procrastination qui en dit long sur les intentions des hommes en kaki de ne pas débarrasser le plancher.

C'est à se demander si la junte militaire soudanaise ne souffle pas le chaud et le froid, de peur de se mettre à dos la communauté internationale si elle venait à tomber brusquement le masque.

C'est pourquoi l'opposition soudanaise doit éviter de tomber dans le piège des putschistes qui jouent visiblement la montre et font dans la diversion.

Autrement, comment comprendre que des gens qui, plus de trois mois après la chute du dictateur, peinent à opérer des réformes aussi simples que la dévolution pacifique du pouvoir à une autorité civile, se trouvent l'âme de justiciers pour organiser le procès de leur ex-mentor qu'est le président Omar el Béchir ? Qu'est-ce qui urge dans le procès de l'ex-chef de l'Etat ? Rien !

Par contre, il est impératif de trouver une issue à cette crise qui risque de paralyser le pays ou le pousser dans le précipice.

Et pour avoir été pendant des années le pilier principal du pouvoir du président déchu, la junte militaire soudanaise est disqualifiée pour organiser le procès de Omar el Béchir, qui devait s'ouvrir le 31 juillet dernier, et qui a finalement été repoussé au 18 août prochain.

C'est pourquoi l'on est fondé à croire que tout cela n'est que de la poudre aux yeux dont l'objectif est d'endormir le peuple et de détourner son attention de l'essentiel qui est la transmission du pouvoir aux civils.

Le peuple soudanais n'a pas d'autre choix que de continuer la lutte ou périr dans la servitude

Et cela est d'autant vrai que ce n'est pas pour rien que l'ex-président est poursuivi, dans le cas d'espèce, pour des faits de corruption alors qu'il est plutôt attendu sur le terrain des crimes de guerre au Darfour et autres crimes contre l'humanité pour lesquels la Cour pénale internationale (CPI) a émis des mandats d'arrêt à son encontre.

Sachant que cela pourrait éclabousser certains des leurs et leur créer des ennuis judiciaires, les putschistes ont soigneusement choisi d'ouvrir le front de la corruption contre le despote, pour donner l'impression au peuple de mener son combat.

En tout état de cause, le peuple soudanais est allé trop loin dans la lutte pour le changement, pour penser reculer maintenant à mi-parcours. C'est dire qu'il n'a pas d'autre choix que de continuer la lutte ou périr dans la servitude.

Il y va donc de sa liberté. Car, plus la situation tardera à se décanter, plus elle risque de se compliquer pour les manifestants. En attendant, on tourne en rond, et cela semble faire l'affaire des militaires.

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