Ile Maurice: Les troublantes liaisons entre deux saisies record de drogue

Alors que la police peine à démêler les deux grosses récentes affaires de drogue, l'ex-propriétaire du bateau qui avait fui La Réunion après la prise de cannabis et le couple Agliotti, reparti en Afrique du Sud après la saisie de cocaïne, seraient liés. Lien aussi avec l'importation de la tractopelle. Coïncidences ou connexions mystérieuses ?

Où en est l'enquête sur la saisie de 95 kg de cocaïne survenue à Pailles le 10 juillet ? L'enquête de l'Anti-Drug Smuggling Unit (ADSU) semble piétiner et il n'y a pas eu d'interpellations ou d'arrestations. Malini Sewocksingh évoquera la question au Parlement, mardi 6 août, mais, entretemps, la police maintient que l'enquête est toujours en cours. Quant à l'enquête sur la saisie de 140 kg de zamal à La Réunion en juin, elle est au point mort, selon nos renseignements...

Le DCP Choolun Bhojoo, patron de l'Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU), est avare de détails. Il a refusé de répondre aux questions et aurait même donné le mot d'ordre à ses officiers de ne rien dire au sujet de la cocaïne. Cependant, au sein de l'unité antidrogue, l'on continue à chuchoter que la quantité est trop importante pour être destinée au marché local, balayant d'un revers de main les rave parties et sous-estimant la consommation de cocaïne de la jet-set vivant à Maurice...

Mais depuis la saisie record de cocaïne en provenance du Brésil via l'Afrique du Sud, des liens avec d'autres affaires de drogue, toujours en quantités astronomiques, semblent se tisser. Plusieurs protagonistes figurent dans la saisie de 140 kg de cannabis à La Réunion en juin et la saisie de cocaïne à Maurice. En filigrane : le sulfureux couple sud-africain Agliotti. Ces liens donneraient du fil à retordre à la police...

Retour sur la saisie de 140 kg de «zamal». Le 1er juin, la police réunionnaise fait main basse sur 140 kg de cannabis à Sainte-Rose. Le skipper du bateau qui devait transporter la drogue vers Maurice a le temps de prendre la fuite et, quelques jours plus tard, l'embarcation est retrouvée à Flic-en-Flac. Plusieurs personnes avec des connexions avec des partis politiques sont interpellées. Les états-majors politiques démentent sur le champ. La police les soupçonne d'être des prêtenoms. Mais deux mois plus tard, rien de nouveau n'a été trouvé et l'enquête est au point mort.

Sunil Krishna Dowlut, Steve Nicolas Mariette et Damien Jean-Pierre, trois propriétaires du bateau qui a servi à prendre la fuite pour rejoindre Maurice, ont été arrêtés début juin. L'ancien propriétaire du bateau avait aussi été appelé à donner sa version des faits. Après son interrogatoire, cet habitant du Nord avait été autorisé à partir. Cependant, un fait interpelle. Il aurait vendu le bateau pour la somme de Rs 500 000 alors qu'il en valait au moins quatre fois plus, selon des sources policières.

Qui est cet homme ?

Ce n'est pas la première fois que cet homme faisait parler de lui. En février, la presse avait fait état de son anniversaire qu'il avait célébré dans le Nord. Lors de la fête, de la drogue avait été mélangée à des amuse-bouches et plusieurs invités estimant qu'ils subissaient les effets d'une overdose avaient dû être transportés à l'hôpital. Malgré cela, aucune enquête policière n'avait été initiée. De plus, il se trouve que l'homme en question ne serait pas totalement étranger au controversé couple Agliotti.

Pour rappel, le nom de Glenn Agliotti avait surgi au Parlement le mardi 16 juillet. Adrien Duval, lui-même habitant le Nord, comme ce dernier, avait demandé comment cet homme, condamné pour trafic de drogue en Afrique du Sud, avait eu, du Prime Minister's Office, son permis de résidence à Maurice. Ce dernier a quitté le pays en compagnie de sa femme Lelani peu après la saisie de cocaïne, comme en faisait part l'express dans son édition du 27 juillet.

Quel est donc le lien entre les Agliotti et l'ex-propriétaire du bateau retrouvé à Flic-en-Flac ?

Le couple Agliotti avait loué une maison à Cap-Malheureux appartenant à l'épouse de l'ancien propriétaire du bateau. Le bâtiment devait abriter la compagnie de Lelani Agliotti, Style by Bella. Cette compagnie, spécialisée dans la mode et le design, demeure largement méconnue dans le milieu local. D'ailleurs, le nom de la propriétaire de la maison figure sur les documents d'enregistrement de Style by Bella.

Mais cette dernière, que nous avons rencontrée, affirme qu'elle n'a rien à voir avec le couple au-delà de la location de la maison. «Après deux semaines, les Agliotti ont décidé de résilier le contrat car Glenn Agliotti ne se serait pas adapté au climat», affirme la propriétaire de la maison, précisant que le contrat s'étalait sur deux ans.

Mais l'agence immobilière qui s'est occupée du contrat de location a une autre version des faits. «Il s'agissait d'un contrat de trois mois.» Par la suite, le couple a déménagé à Péreybère. Et les bureaux, alors ? «On ne sait pas à quoi servait la maison mais ils payaient leur loyer régulièrement», avance notre interlocuteur.

Les ramifications ne s'arrêtent pas là. La femme de l'ancien propriétaire du bateau serait une proche des actionnaires de Baie-du-Cap Estates, compagnie qui a importé la tractopelle dans laquelle les 95 kg de cocaïne ont été retrouvés.

Sollicitée, sa présidente, Karine Desvaux de Marigny, nous a fait savoir qu'elle ne souhaite pas réagir et maintient préférer ne pas être dans les médias. «Je n'ai rien de plus à dire à ce sujet», a-t-elle martelé.

Liens politiques ?

Une photo circule avec l'ancien propriétaire de bateau en question, entouré du ministre Alain Wong et du leader de l'opposition, Xavier-Luc Duval, lors d'un événement à Grand-Baie, dans un des commerces du couple mauricien.

Interrogés par l'express, les deux politiciens concèdent connaître le monsieur en question mais ignorent s'il pourrait être l'un des commanditaires de la cargaison de cocaïne ou de «zamal».

Alain Wong affirme qu'il habite dans le voisinage du monsieur alors que Xavier-Luc Duval avance qu'il ne peut en dire plus car il n'a pas suffisamment d'infos, mais qu'il verrait comment soulever la question au Parlement suivant les développements dans cette affaire et après l'interpellation parlementaire de Malini Sewocksingh.

Les Agliotti, divorcés ou pas ?

Lelani Agliotti est inscrite comme investisseuse sur le registre de l'Economic Development Board. En octobre 2017, elle fait la demande pour un «occupational permit», qu'elle a obtenu en janvier 2018. Son entreprise, «Style by Bella», est totalement inconnue dans le milieu de la mode locale. Le site de l'entreprise est en construction depuis quelque temps déjà.

Son époux, Glenn Agliotti, fait, lui, une demande de permis de résidence au Passport and Immigration Office en tant qu'époux de Lelani Agliotti. Mais est-ce que le couple est toujours marié ? C'est la question que se posent les enquêteurs aux Casernes centrales, qui peinent manifestement à démêler l'écheveau liant les faits troublants. En 2012, Lelani Agliotti avait lancé son entreprise en Afrique du Sud. La bloggeuse Kelebogile Leticia avait couvert l'événement et, à l'époque, elle avait présenté Glenn Agliotti comme l'ex-époux de Lelani. Est-ce qu'ils sont revenus à de meilleurs sentiments et se sont remariés ?

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