Congo-Kinshasa: «On doit absolument gagner la bataille contre Ebola», affirme David Gressly

interview

Le 1er août 2019, Mangina, une commune rurale du territoire de Beni, située à une trentaine de Km de Beni-ville, a accueilli une forte délégation de la communauté internationale, avec à sa tête, le coordonnateur de la réponse d'urgence de l'ONU contre Ebola, M. David Gressly.

La symbolique de cette visite est d'autant forte que c'est dans cette commune rurale de Beni que les premiers cas d'Ebola ont été enregistrés, le 1er aout 2018. Un an après, certes, l'épidémie n'est toujours pas sous contrôle, mais la lutte s'intensifie et l'espoir est permis grâce aux moyens mis en œuvre. Cet espoir se matérialise aussi par de nombreuses guérisons, comme c'est le cas de trois survivants de la maladie qui ont pu recevoir leurs certificats de guérison et de sortie ce jour au Centre de Traitement d'Ebola de Mangina. Dans cette Interview accordée à Radio Okapi, David Gressly estime qu'il est impératif de gagner la bataille contre le virus.

Une année après la déclaration de l'épidémie d'Ebola dans le Nord-Kivu et en Ituri par le Gouvernement congolais, vous revenez à Mangina, où justement les premiers cas ont été enregistrés. Qu'est-ce que cela représente pour vous ?

Pour moi, c'est très touchant. J'étais effectivement ici il y a une année avec le ministre de la Santé pour lancer la riposte, et je n'ai jamais imaginé que je serais ici, de nouveau, le 1er aout 2019 et devoir parler de la lutte contre Ebola. Donc pour moi, c'est dommage que cette situation perdure aussi longtemps. Mais je crois aussi qu'avec ce qu'on a vu aujourd'hui, avec les trois malades qui sortent du Centre de Traitement d'Ebola de Mangina, parce qu'ils sont guéris, on peut dire que si le traitement commence tôt, ça peut permettre aux malades de survivre. C'est un bon signe pour la population. Le plus important maintenant, c'est de voir comment on peut poursuivre cette lutte et mettre fin à cette épidémie le plus rapidement possible, car on ne peut pas continuer comme ça. Douze mois c'est déjà trop ! Il faut faire le maximum pour trouver comment mettre fin à cette épidémie.

Douze mois c'est déjà trop ! Il faut faire le maximum pour trouver comment mettre fin à cette épidémie.

Etant Coordonnateur de l'ONU pour la réponse d'urgence contre Ebola, est ce que vous disposez aujourd'hui de suffisamment de moyens pour faire face à cette épidémie, surtout que la ville de Goma est également touchée ?

D'abord, je voudrais dire qu'au niveau de Goma, il y a déjà une bonne réponse qui a commencé. Pour moi, le défi le plus important se pose à Beni, parce qu'il y a une nouvelle vague qui touche beaucoup de personnes par rapport à septembre et octobre de l'année passée. Ce qu'il faut faire, c'est de trouver les moyens nécessaires pour combattre la maladie dans la ville de Beni et Territoire, afin de mieux prévenir l'épidémie au niveau de Goma. On doit commencer en amont, si on veut protéger d'autres villes. Et ce n'est pas seulement ici, il y a aussi Mabalako et l'Ituri où la bataille doit continuer. Et on doit absolument gagner cette bataille.

Est-ce que vous prenez suffisamment en compte l'approche communautaire dans le cadre de cette riposte contre Ebola ?

Tout est important dans cette riposte. Il faut la qualité des interventions, l'engagement communautaire, la confiance de la population, le fait que tout le monde puisse travailler en sécurité. Tous ces éléments sont importants. Donc, on doit travailler sur tous ces volets à la fois, si on veut vraiment surmonter tous les défis auxquels on doit faire face ici.

Pour vous, qu'est-ce qu'il faut faire exactement pour éradiquer définitivement Ebola au Nord-Kivu et en Ituri ?

D'abord, il faut éviter des interruptions dans la riposte. C'est le grand problème ici à Beni. L'année passée, avec les attaques des ADF, on a dû interrompre la riposte. Il y a aussi parfois des interruptions à cause des manifestations. Chaque fois qu'il y aura des interruptions, les infections vont se multiplier et l'épidémie va s'étendre, parce qu'on n'aura pas travaillé. Deuxièmement, il y a toujours des zones à risque pour lesquelles le système de surveillance n'est pas à la hauteur. Cela permet au virus d'entrer, de se multiplier sans être détecté. C'est pourquoi, il faut anticiper les choses. La troisième chose, c'est l'organisation des interventions sur le terrain, la surveillance partout. Tout cela est très important si on veut vraiment mettre fin à l'épidémie. Enfin, il y a aussi des cas d'Ébola par des contacts inconnus, c'est un mauvais signe. Il va falloir maintenant trouver pourquoi on a tous ces contacts inconnus. Et si on peut faire tout ça à la fois, je crois qu'on peut rapidement arrêter l'épidémie, sinon ça peut continuer très longtemps comme ça.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

A La Une: Congo-Kinshasa

Plus de: Monusco

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.