Mauritanie: Ould Mkhaitir, le blogueur mauritanien libéré, s'est enfin exprimé

Dans une interview exclusive accordée à la Deutsche Welle, le blogueur mauritanien, Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir revient sur son arrestation, ses années de prison et le regard qu'il porte sur la société mauritanienne.

Le blogueur mauritanien, Mohamed Cheikh Ould Mkhaitir, condamné à mort en 2014 pour blasphème, puis à une peine de prison en 2017, a été remis en liberté le 29 juillet.

Ould Mkhaitir a dû quitter le soir même la Mauritanie pour des raisons de sécurité. Aujourd'hui à Paris, il dit ne pas croire en l'argument évoqué par les autorités de son pays pour retarder sa libération.

"Non je ne crois pas. Lorsque le gouvernement a voulu résoudre ce problème, il l'a fait en l'espace de 24 heures. Donc ce n'était pas un problème de sécurité. Mon cas, c'était juste pour satisfaire les demandes de quelques clans de nomades et de personnes appartenant à certaines ethnies. C'est étonnant d'emprisonner quelqu'un durant 5 ans pour raison de sécurité et de le libérer en 24h. Je crois que c'était un arrangement fait entre certains clans et les autorités mauritaniennes qui ont été utilisé politiquement."

Ould Mkhaitir a retrouvé ses libertés

Ses parents, se sentant menacés, avaient quitté eux aussi la Mauritanie fin 2016 en vendant leurs biens pour se rendre en France, en passant par le Sénégal.

Condamné à mort en 2014, la peine de Ould Mkhaitir avait été ramenée en appel à deux ans de prison en novembre 2017 pour tenir compte de son repentir. Il aurait donc dû être immédiatement remis en liberté.

Mais la décision, jugée trop clémente, avait entraîné des manifestations pour réclamer son exécution, bien que la peine capitale n'ait plus été appliquée en Mauritanie depuis 1987.

"Le peuple n'a pas manifesté. On l'a amené à le faire. Si le peuple l'avait fait de sa propre initiative pour des raisons religieuses, pourquoi n'aurait-il pas fait la même chose lorsque d'autres personnes appartenant à d'autres castes de la société ont fait la même chose."

Un regard toujours critique

Les cinq années passées derrière les barreaux n'ont pas changé le regard que le blogueur Mohamed Cheikh Ould Mkhaïtir porte sur le pouvoir des religieux en Mauritanie.

"En effet le pouvoir des leaders religieux existe et il est approuvé par les autorités. On pourrait même dire qu'il y a une entente entre les deux entités. Ils font sortir le peuple dans la rue lorsque ceci leur semble opportun. Pour eux le peuple est comme un troupeau."

Après sa première condamnation en 2014, le Code pénal mauritanien a été modifié. Depuis, les auteurs d'apostasie et de blasphèmes sont passibles de la peine de mort sans tenir compte d'un éventuel repentir.

Selon le bloggeur mauritanien, la modification de 2014 a été faite pour satisfaire certaines personnes, notamment les religieux conservateurs. Mais pour lui, l'Islam est clair là-dessus : "on ne peut obliger quelqu'un à adhérer à une religion".

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