Gambie: Incompréhensibles libertés provisoires

La justice gambienne a accordé, lundi dernier, une liberté provisoire à trois soldats de la garde de l'ancien président Yahya Jammeh. Il s'agit de Malick Jatta, Omar Jallow et Sulayman Badji.

Tous membres d'une unité surnommée «junglers», les trois militaires avaient, il y a deux semaines, chacun reconnu leur participation à l'assassinat de plusieurs personnes dont 44 ressortissants Ghanéens entre 1994 et 2015 et le journaliste gambien Deida Hydara, assassiné en décembre 2004.

Selon les témoignages recueillis devant la Commission vérité et réconciliation de la Gambie, ces soldats auraient reçu directement des ordres de l'ex-président, Yahya Jammey.

Leur libération est vue par les défenseurs des droits de l'homme et des familles de victimes comme un coup d'arrêt à plusieurs longues années de lutte menées avec espoir afin que les auteurs de ces crimes abominables répondent un jour ou l'autre de leurs actes.

Mais le ministre gambien de la Justice, Aboubacar Tambadou, a motivé cette décision affirmant que la liberté provisoire accordée aux ex-éléments de la sécurité présidentielle intervient au terme de deux ans de détention préventive et après des aveux sur les crimes commis.

Des arguments battus en brèche par le camp adverse qui voit plutôt en cette libération une culture de l'impunité en Gambie. C'est le cas de la directrice et fondatrice de l'ONG de défense des droits de l'homme Aneked, Nana-Jo Ndow dont le père a été tué par l'un des trois «junglers» libérés.

Au-delà de toute polémique que ces libertés, quoique provisoires, peuvent susciter des questions légitimes.

Dans la mesure où le ministère de la Justice explique qu'il y a deux critères pour accorder l'amnistie à savoir prononcer une déclaration entière ou faire preuve de remords. Dans un tel contexte, quelle crédibilité peut-on donner aux aveux exprimés devant cette instance ?

On peut légitimement se demander si les trois «Terminators» n'ont pas simplement fait une mise en scène pour se tirer d'affaires.

Une chose est sûre, les ONG Human Rights Watch et TRIAL international avaient déjà mené des enquêtes sur le cas des Ghanéens et bien d'autres migrants assassinés en 2005 par ces hommes de la terreur.

Elles avaient pris le soin de transmettre un rapport aux autorités gouvernementales gambiennes. Ce document aurait pu servir à ouvrir des enquêtes sur ces personnes.

Le gouvernement ghanéen a aussi reçu ce rapport sur le massacre des migrants. A l'époque, l'argument qui avait été servi est qu'il n'avait pas assez de preuves.

Aujourd'hui, trois «junglers» viennent de témoigner sans pression en apportant des mines d'informations. Pourquoi ne pas mettre en branle maintenant le volet judiciaire.

Sur le sujet, il est vrai que le président gambien Adama Barrow préfère jouer la prudence.

Il avait indiqué en 2018 qu'il attendrait la fin des travaux de la Commission vérité et réconciliation pour se prononcer sur une éventuelle demande d'extradition judiciaire de Yahya Jammeh. Vivement que le pouvoir en place se décide afin que toute la lumière se fasse sur l'ensemble des crimes odieux.

Mais en attendant ces poursuites judiciaires, il sied plus de prendre des dispositions pour que les trois agents suspects ne se dissipent pas dans la nature au grand désarroi des familles des victimes.

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Plus de: Sidwaya

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