Afrique de l'Ouest: Tensions pre-électorales en Guinée et en RCI - Ça (re) commence déjà !

Photo: Le Pays
Le président Condé avec son homologue ivoirien Ouattara

A quelques encablures de la présidentielle de 2020, la tension monte en Côte d'Ivoire et en Guinée. Si au pays d'Alassane Dramane Ouattara (ADO), la classe politique est à couteaux tirés sur la composition de la Commission électorale indépendante (CEI), chez Alpha Condé, c'est la révision du fichier électoral qui fait polémique, notamment le choix de l'opérateur technique qui doit s'en occuper.

Sur les bords de la lagune Ebrié, l'opposition soupçonne le pouvoir d'ADO d'avoir taillé une CEI à sa mesure, dans la perspective des scrutins à venir.

Dans les vallées du Fouta Djallon, la préférence du pouvoir de Conakry qui va à un opérateur local pour mener la délicate mission de révision du fichier électoral, ne rencontre pas l'assentiment d'une méfiante opposition qui préfère s'en remettre à l'expertise internationale. L'un dans l'autre, ce sont autant de signes de tensions qui n'augurent rien de bon pour les élections à venir dans ces deux pays.

Les vieux démons sont en passe de resurgir

Connaissant le passé récent de ces deux pays, qui s'est traduit par des crises post-électorales à des degrés divers, l'on se demande ce que nous réservent ces poussées de fièvre pré-électorales autour de questions aussi sensibles que celles de la CEI et du fichier électoral.

En tout cas, on peut nourrir des craintes que les mêmes causes qui avaient conduit à des violences post-électorales, ne produisent les mêmes effets.

D'autant que les mêmes ingrédients, à quelques nuances près, sont pratiquement en train d'être réunis, avec d'une part un fichier électoral à polémique, et d'autre part une Commission électorale indépendante fort décriée. Ça (re)commence donc déjà ! Pourrait-on s'exclamer.

Et les mauvais signaux des similitudes ne s'arrêtent pas là puisqu'à Abidjan comme à Conakry, l'économiste et le professeur continuent d'entretenir le flou sur les intentions de troisième mandat qu'on leur prête, en rajoutant à une atmosphère sociopolitique déjà délétère.

Le moins que l'on puisse dire, c'est que la confiance n'est pas la chose la mieux partagée entre les acteurs de la classe politique dans les deux pays.

Cela est d'autant plus vrai qu'en Guinée, en 2010, l'on était même allé chercher un étranger (un colonel malien) pour venir diriger la Commission électorale au moment où en Côte d'Ivoire, la crise électorale prenait la tournure que l'on sait. Dix ans plus tard, les vieux démons sont en passe de resurgir.

Et c'est cela qui fait visiblement le malheur des populations ivoiriennes et guinéennes. Car, à y regarder de près, l'on est fondé à croire que c'est la crise de confiance qui entretient toute la polémique et les tensions autour des questions politiques en général, et électorales en particulier.

Malheureusement, les héritiers de Houphouët Boigny et de Sékou Touré ne semblent rien faire pour accorder leurs violons au sein de leurs classes politiques respectives.

Si fait que depuis quelques années, les élections se suivent et se ressemblent, avec leur lot de tensions pré-électorales qui augurent souvent de lendemains incertains quand elles ne débouchent pas sur les situations déplorables que l'on a vécues.

Tout cela, sur fond de polémiques parfois stériles autour de questions subsidiaires qui ont tendance à reléguer au second plan, l'essentiel qui est le choix que les électeurs devraient avoir entre différents programmes de société.

Il est peut-être temps, pour la vieille garde, de passer la main

Mais sous nos tropiques, c'est peu de dire que l'opposant n'a pas confiance en l'homme du pouvoir souvent présenté comme un tricheur qui n'hésite pas à utiliser les moyens de l'Etat pour parvenir à ses fins.

Cependant, quand certains de ces mêmes opposants qui chantent les vertus de la démocratie sur tous les toits, arrivent au pouvoir, l'on a parfois de la peine à les reconnaître, tant la mue et le revirement sont spectaculaires.

C'est pourquoi l'on est parfois enclin à croire que les populations africaines sont aujourd'hui otages de la classe politique.

Non seulement les hommes politiques ne pensent qu'à leurs intérêts, mais aussi c'est à se demander si certains ne se croient pas sortis de la cuisse de Jupiter au point de croire que tout doit tourner autour de leur personne.

C'est dire si dans le cas de la Côte d'Ivoire et de la Guinée comme dans bien d'autres pays de la sous-région, aujourd'hui, la transition générationnelle s'impose comme une nécessité pour faire baisser la tension de la sempiternelle fièvre politique.

Cela est d'autant plus impérieux que dans bien des cas, la saine rivalité politique s'est muée, au fil du temps, en une animosité voire une haine viscérale entre des leaders politiques qui n'hésitent pas à entraîner leurs partisans dans leur sillage.

Malheureusement, c'est le spectacle désolant que donnent aujourd'hui à voir la Côte d'Ivoire avec le cas Ouattara, Bédié et Gbagbo et la Guinée avec le président Alpha Condé et son rival et opposant de toujours, Cellou Dalein Diallo.

Mais quand on voit des octogénaires hommes politiques nourrir encore des ambitions présidentielles, il y a lieu de croire que bien plus que l'intérêt des populations, ces leaders politiques sont motivés par des ambitions personnelles liées à une addiction maladive au pouvoir.

Pour le bonheur des peuples ivoirien et guinéen, il est peut-être temps, pour la vieille garde, de passer la main. Car, tout porte à croire que le président ADO cherche à prendre sa décision finale selon les ambitions de Bédié et Gbagbo.

Pendant ce temps, en Guinée, si le choix d'un opérateur local pour la révision du fichier électoral n'est pas anodin comme s'en inquiète déjà l'opposition, il y a lieu de croire qu'Alpha Condé ne reculera devant rien pour s'ouvrir le boulevard d'un troisième mandat.

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