Burkina Faso: Procès du putsch - Diendéré demande la clémence du tribunal

Le général Gilbert Diendéré

A l'audience du mercredi 7 août 2019 dans le cadre du procès du putsch manqué de septembre 2015, Me jean Degli et Me Stéphane Ouédraogo ont plaidé pour l'acquittement de leurs clients respectifs, le général Gilbert Diendéré et le journaliste Adama Ouédraogo dit Damiss parce que, disent-ils, les charges retenues contre eux ne sont pas constituées.

La série des plaidoiries des avocats de la défense du général Gilbert Diendéré a pris fin hier mercredi 7 août 2019. Me Jean Degli a plaidé l'acquittement pur et simple de son client. Selon lui, les faits de meurtres et de coups et blessures volontaires ne peuvent pas être retenus contre le général, car ils ne sont pas constitués.

«Nulle part, il n'y a de circonstances qui expliquent que ces faits sont les conséquences prévisibles de l'opération d'attentat à la sûreté de l'Etat.

Mieux, des coups d'Etat ont eu lieu au Burkina Faso en 1966, au Togo en 1967, au Niger en 2010, mais il n'y a pas eu d'effusion de sang, ni même des morts.

Alors on ne peut pas affirmer avec certitude que ces meurtres et coups et blessures seraient les conséquences prévisibles du putsch manqué comme le sous-tend le parquet militaire», a-t-il souligné.

D'ailleurs, pour l'avocat, l'accusé n'a demandé que des opérations de maintien d'ordre. C'est ce pour quoi des missions ont été autorisées au Togo et en Côte-d'Ivoire pour chercher du matériel à cet effet.

Cependant peut-on dire que ces opérations sont la cause de ces morts et blessés ?, s'est interrogé l'avocat togolais.

«Pour déterminer que ces infractions secondaires sont liées au 1er, il faut démontrer les auteurs et les circonstances qui en découlent. Pourtant aucune preuve ne montre que le général et ses coaccusés ont tiré au même moment et dans la même direction sur ces personnes tuées.

Rien ne permet de les lier à ces meurtres. Aussi, le prévenu n'a jamais demandé à l'ex-RSP d'assurer des opérations de maintien d'ordre. Dès le 1er jour des évènements, il a sollicité l'aide de la gendarmerie.

Et le 19 septembre 2015, il a déploré les morts et les blessés. Alors pourquoi faire application de l'article 67 à l'endroit de Diendéré qui n'a fait que sauver une situation», a expliqué Jean Yaovi Degli. Pour lui, la responsabilité pénale est individuelle et personnelle.

Par ailleurs, l'homme en toge noire a soutenu que son client ne peut être poursuivi pour trahison. En effet, en septembre 2015, le Burkina Faso n'était pas en guerre contre un pays pendant laquelle Diendéré s'est rangé aux côtés de cet ennemi comme un traitre.

«On ne peut pas parler d'acte de trahison parce que des gens sont allés chercher du matériel de maintien d'ordre au Togo et en Côte d'Ivoire.

Il n'est également apparu en aucun moment dans les écoutes téléphoniques que mon client a demandé d'attaquer son pays», a poursuivi l'auxiliaire de justice.

Contrairement à ce que pense le parquet, a poursuivi M. Degli, le général a sauvé son pays des situations à plusieurs reprises. En témoignent le sauvetage des otages, son aide à lutter contre le terrorisme, sa médiation lors de la crise qui opposait l'ex-Premier ministre Isaac Zida à l'ex-RSP.

«Le général est l'homme qui n'a pas de trône mais qui vient en aide à son pays. Alors pourquoi devrait-il le trahir ? Pourquoi voir en cet homme le diable», s'est demandé l'homme de droit. Pour lui, l'histoire retiendra de Gilbert Diendéré qu'il a posé des actes positifs mais aussi négatifs car c'est un humain.

«C'est pourquoi je demande au président du tribunal, Seydou Ouédraogo, face aux innombrables qualités de l'homme, de le récupérer car il peut toujours servir la nation en prononçant son acquittement», a plaidé le conseil.

Et le prévenu Diendéré d'inviter ses camarades coaccusés à garder espoir car le peuple saura leur accorder son pardon. A l'endroit du président du tribunal, le général a demandé d'accorder sa clémence à tous. Damiss recherche le scoop.

Dans l'après-midi, c'était au tour de Me Stéphane Ouédraogo et de Me Paul Kéré de défendre leur client, le journaliste Adama Ouédraogo. Le parquet a requis 10 ans de prison ferme contre lui. Ces conseils ont donc demandé son acquittement car son dossier est vide.

En effet, il est poursuivi pour avoir aidé le général Diendéré à recenser des griefs politiques, participé à l'amendement de la déclaration du CND, avoir reçu une somme d'argent d'un million en rapport avec le putsch manqué et aussi pour avoir eu des conversations téléphoniques avec le général Diendéré du 16 au 20 septembre et avec le général Djibrill Bassolé le 29 septembre 2015.

«De tous ces éléments, je reconnais que mon client a échangé avec le général Diendéré bien avant le putsch, dans le cadre de son livre.

Aussi, il s'est rendu au camp Naaba koom à la recherche de l'information. Il a également reçu un million de la part de Djibrill Bassolé. Mais en aucun cas, Damiss n'a participé ni de près, ni de loin à ce complot de coup d'Etat», a souligné Me Ouédraogo.

De l'avis de M. Kéré, son client est caractérisé par une soif passionnée de l'information et c'est cela qui l'a conduit en ces lieux. Pour Me Ouédraogo, le général l'a même disculpé dans ses déclarations devant le juge d'instruction.

Mieux, selon lui, les officiers ayant participé à la réunion du 16 septembre 2015 ont reconnu n'avoir jamais vu Damiss en salle de réunion.

En somme, l'accusation n'a pas été en mesure de démontrer le lien de l'accusé avec les faits à lui reprochés. «Etant donné que les faits matériels ne sont pas établis, alors les infractions ne sont pas constituées», a plaidé Me Stéphane Ouédraogo.

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