Tunisie: Deux mois plus tard, toujours aucune explication sur la mort d'un homme en détention

communiqué de presse

Tunis — Deux mois après sa mort, la Tunisie n'a pas rendu publiques les conclusions de l'autopsie du corps d'un homme décédé en garde à vue, a déclaré aujourd'hui Human Rights Watch.

Les autorités tunisiennes devraient finaliser leur enquête sur les causes du décès d'Abderrazek Selmi, un vendeur de fruits et légumes âgé de 58 ans, et mettre toutes les preuves à la disposition de la famille.

Le 8 juin 2019, la police a arrêté Selmi à la suite d'un différend avec des policiers à Bouhajla, une petite ville de la région de Kairouan.

Les médecins d'un hôpital local ont constaté le décès de Selmi plus tard dans la journée et informé le procureur général que sa mort était suspecte, son visage et son corps présentant des blessures, a déclaré à Human Rights Watch Aida Ganzoui, l'une des avocates de la famille.

Le 9 juin, le ministère de l'intérieur a déclaré que Selmi était décédé des suites d'une grave crise cardiaque.

« Les signes de violences policières potentiellement meurtrières infligées en détention exigent une enquête indépendante et impartiale », a déclaré Eric Goldstein, directeur adjoint de la division Moyen-Orient et Afrique du Nord à Human Rights Watch.

« Les autorités doivent cela à la famille d'Abderrazek Selmi et elles devraient veiller à ce que tous les officiers de police reconnus coupables d'actes répréhensibles soient tenus responsables. »

Le 8 juin vers 10 heures du matin, Selmi s'était disputé avec la police à propos d'une violation présumée de la réglementation de la vente sur les marchés.

Un de ses frères, Mohamed Selmi, âgé de 55 ans, a déclaré à Human Rights Watch que le différend s'est aggravé après la confiscation par la police de la balance qui leur servait à la pesée des légumes.

Celui-ci avait tenté de calmer la police, en leur expliquant qu'Abderrazek souffrait de problèmes cardiaques chroniques. Trois agents ont ensuite fait monter ce dernier à bord d'un véhicule et l'ont conduit au poste de police.

Mohamed Selmi a déclaré que la police ne l'avait pas laissé entrer, mais qu'il pouvait entendre son frère crier pendant une quinzaine de minutes : « Aidez-moi, aidez-moi ! ». Il est ensuite retourné au marché auprès de son autre frère.

« Vingt minutes après notre retour au magasin, nous avons vu une ambulance emprunter à toute vitesse la route principale, avec une voiture de police en tête », a déclaré Mohamed. « Quelqu'un nous a dit que mon frère se trouvait dans l'ambulance. »

Mohamed et d'autres membres de la famille ont suivi l'ambulance dans un petit hôpital de Bouhajla, où Abderrazek n'a pas été admis.

Cinq minutes plus tard, l'ambulance s'est rendue à Ibn Jazzar, l'hôpital régional de Kairouan, à une heure de route. Mohamed a déclaré que vers 13 h 30, un ami qui avait accompagné l'ambulance l'a appelé pour lui dire que son frère était décédé. Il a été enterré plus tard dans la journée.

Maher Selmi, un neveu d'Abderrazek, qui est infirmier à l'hôpital de Kairouan, était sur place à ce moment-là. Il a pris des photos de ce qu'il affirme être le corps de son oncle et les a publiées sur les réseaux sociaux.

Human Rights Watch a examiné plusieurs de ces clichés, qui révèlent manifestement une lésion sous l'œil gauche d'Abderrazek et des saignements de la bouche. Maher Selmi a déclaré que son oncle portait un stimulateur cardiaque en raison de ses problèmes de santé chroniques.

Le jour de sa mort, la famille a contacté l'antenne de la Ligue tunisienne des droits de l'homme à Kairouan, qui a nommé trois de ses avocats pour représenter la famille, a déclaré à Human Rights Watch Hend Barrak, le président de cette branche de l'organisation.

Le 9 juin, la police a convoqué quatre membres de la famille qui se trouvaient sur le marché au moment de la confrontation pour les interroger sur les circonstances du décès de Selmi. Un juge d'instruction de Kairouan les a d'abord interrogés en présence des avocats, les 12, 14 et 17 juin.

La famille et ses avocats attendent le rapport d'autopsie, qui devrait inclure des informations obtenues à partir du stimulateur cardiaque de Selmi, a précisé Barrak, ce qui permettra peut-être aux enquêteurs de comparer le moment où le cœur de Selmi a cessé de battre avec l'horodatage de toute vidéo montrant l'entrée ou la sortie de la victime du poste de police.

Le rapport devrait également inclure un test de toxicité, un test technique du stimulateur cardiaque et un rapport sur toute lésion externe, a souligné Ganzoui.

« Le juge d'instruction devrait examiner tous les éléments de preuve une fois qu'ils seront présentés et décider si la force excessive, de mauvais traitements ou la mauvaise gestion d'une urgence médicale ont contribué à la mort d'Abderrezak Selmi », a conclu Eric Goldstein. « Le cas échéant, le gouvernement devrait alors ouvrir des poursuites judiciaires. »

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