Cameroun: Le jeu dangereux des vainqueurs autoproclamé

En arrière-plan d'une campagne électorale animée et apparemment exemplaire par la diversité des offres et la liberté de ton, des signes de manœuvres pernicieuses appellent à la vigilance des électeurs et des populations camerounaises en général.

Les médias traditionnels et surtout les réseaux sociaux offrent depuis plusieurs semaines, des espaces à des discours haineux et irresponsables. Le dernier en date, c'est cette tribune libre au caractère délibérément violent, publiée sans ménagement dans un quotidien de la place en son édition de ce mardi, 2 octobre. Le texte sentencieux à souhait, est signé - depuis Paris - par un individu présenté comme « ancien conseiller » de certains chefs d'Etat.

Le ton est donné par le titre. Un péremptoire « Paul Biya ne peut pas gagner ces élections », qui ouvre la voie à un développement tendant à convaincre le lecteur de l'impossibilité pour le candidat Biya d'être réélu au terme de la présidentielle du 7 octobre. Le texte qui fait œuvre de dénigrement pour aboutir à une conclusion pour le moins grave, n'est ni plus ni moins qu'un appel au soulèvement populaire en cas de victoire de Paul Biya : « Si le régime s'entête à proclamer son candidat vainqueur, il sera responsable de la guerre civile dans notre pays »...

En faisant proprement insulte à l'intelligence et au libre arbitre de l'électeur-roi qui va choisir le futur président de la République du Cameroun, dimanche prochain, cette opinion également distillée de manière perfide par d'autres canaux jusqu'aux oreilles des conducteurs de moto-taxis dans les quartiers laisse croire qu'un projet funeste de perturbation de la paix sociale est en marche. Ce qui est clair, c'est qu'au-delà de la foi légitime en la victoire que peut exprimer chaque candidat à une élection, certains essaient visiblement de préparer les esprits à l'idée de rejeter le verdict des urnes si le résultat n'est pas en leur faveur. Et d'essayer d'obtenir par des moyens anti-démocratiques, ce qu'ils n'auront pas pu obtenir par les urnes. Ça se voit à travers des articles glissés dans les journaux, dans certains débats dans les médias audiovisuels. Mais surtout dans les réseaux sociaux où est insidieusement répandue depuis plusieurs semaines cette idée qui surfe de manière vicieuse et prétentieuse sur les différences tribales et sociales notamment. Le discours tribaliste est exacerbé à la moindre divergence d'opinion, les frustrations de certains acteurs de la société sont instrumentalisées à la moindre occasion. Et les followers emportés par la magie de cette nouvelle communication, n'auront peut-être pas le temps de réaliser vers où on les entraîne.

Alors vigilance ! Si tous les candidats et leurs partisans se présentent comme des chantres de la démocratie, on s'étonne de voir certains prendre un type de dispositions pour soit disant « défendre leur victoire ». Une victoire qui serait donc acquise avant même le jour du vote ? C'est bien la preuve qu'on peut être démocrate du bout des lèvres et profondément fossoyeur des principes démocratiques. Faire mine de courtiser les électeurs et, en même temps penser et agir comme si l'on a déjà officiellement gagné l'élection, est révélateur d'un mépris vis-à-vis de la loi électorale, des électeurs, des paisibles populations et même des autres candidats. Une attitude qui appelle quelques rappels élémentaires :

1.Le pouvoir de choisir le président de la République est détenu par l'électeur, seul dans l'isoloir et libre de discerner parmi les discours mielleux entendus pendant deux semaines

2.Le choix se fera le 7 octobre. Pas avant, ni après.

3.Les résultats qui seront publiés par le Conseil constitutionnel ne seront rien d'autre que le fruit du recensement des suffrages exprimés et éventuellement du contentieux électoral.

4.En décidant de s'aligner pour la course, chaque candidat accepte de fait les règles du jeu, qui sont claires, du dépôt de la candidature jusqu'aux voies de recours en cas de contentieux.

5.On ne peut valablement parler au nom du peuple que si l'on a été mandaté par ce dernier.

Ceux qui agitent l'épouvantail de violences post-électorales ou carrément d'une « guerre civile » pour intimider les électeurs, courent le risque de se disqualifier eux-mêmes. C'est bien l'électeur qui désigne le président et non le contraire. C'est dire à quel point l'homme politique doit tout à son électorat : le respect, la considération, l'assurance du bien-être. On ne peut donc pas promettre le chaos et être sûr d'avoir ses suffrages en espérant bénéficier de l'appui de soutiens tapis dans l'ombre à la suite d'alliances occultes. C'est une logique en tous points bizarre. Et pendant qu'on y est, que celui qui pense, avoir déjà gagné aille donc prêter serment devant le Parlement. Pourquoi attendre ?

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