Congo-Brazzaville: Disparition de Fernand Mabala - L'émotion est forte

Le décès de l'artiste musicien Fernand Mabala a été un véritable coup de tonnerre dans le monde de la musique de Congo Brazzaville. L'émotion est forte. Bernard Bouka, président de l'Union des musiciens du Congo (UMC), Freddy Kebano et Saint-Patrick Azan'O se sont confiés aux Dépêches du Bassin du Congo pour reconnaître la valeur des œuvres musicales du défunt. Ils l'ont dit.

Bernard Bouka, président de l'Union des musiciens du Congo : « La première réaction, c'est l'émotion »

« La première réaction c'est l'émotion. L'émotion pour l'ensemble de la collectivité des artistes musiciens congolais qui ont perdu un collègue, un frère. Fernand Mabala, dans la petite histoire de la musique congolaise, fait partie un peu de ma génération. Mais il s'est affirmé après comme un professionnel. Nous étions des semi-professionnels parce que nous avions un autre métier parallèle à la musique. Il s'est plus fait distingué dans le style, dans le courant de la chanson congolaise. Lorsqu'on fait la rétrospective de notre musique, il y a deux grandes écoles qui se sont forgées et distinguées. L'école fiesta initiée depuis Kabasselé, vieux Kallé et puis on surenchérit sur les Maquisards et l'Africa Fiesta national.

Et d'un côté, vous avez la rumba Odemba de Franco. Donc Fernand Mabala est issu de cette école de la Fiesta. C'est une espèce de rompe sur laquelle j'ai tenté aussi ma petite activité en tant que musicien. Fernand a le mérite dans la professionnalisation à produire les œuvres qui ont eu un impact dont Yatama qui est un chef d'œuvre qui l'a fait connaître davantage sur la place de l'Europe qui est une véritable plaque tournante (...) Cet espace a donné l'opportunité à Fernand Mabala de s'exprimer à travers la musique. Il a chanté l'amour, la vie tout court. Il a tenté de partager ses mélodies avec les Emmeneya et il a chanté avec d'autres artistes qui sont de sa génération.

Freddy Kebano, ancien ingénieur de son à l'Industrie africaine de disc (IAD) : « j'ai eu cet honneur d'avoir eu la chance d'enregistrer Yatama »

« C'est une grande déception parce que Fernand Mabala nous quittés à fleur d'âge, de manière assez brutale. J'ai le privilège d'être vivant et d'avoir traversé des moments où j'ai assisté à beaucoup de choses, à ce dynamisme d'une jeunesse qui est arrivé à un certain moment et qui était battante : les Fernand Mabala, Rapha Boundzéki, Rigadin Mavoungou, Fofana Moulady, Angelo Chevauché et autres. Vous voyez que c'était une jeunesse qui se battait sans verser dans la polémique comme les jeunes d'aujourd'hui. Cette émulation qu'ils avaient pour se battre dans la vie pour leur passion a donné des fruits. Si aujourd'hui on parle de Yatama, tout de suite, ça a porté des fruits. C'est une marque déposée par le défunt.

Donc, je ne suis pas étonné que cet engouement suscité par ce décès puisse prendre tant d'ampleur. Et d'ailleurs c'est un bel exemple de l'unité que je lance à tous nos jeunes qui se lancent dans cette carrière musicale que la musique n'a rien à voir avec la polémique, avec la désunion. Voilà une belle leçon que ces jeunes nous laissent aujourd'hui. C'est malheureusement lui qui s'en va. Hier il y en avait d'autres qui sont partis. Qu'est-ce que vous voulez que je vous dise. Ainsi va la vie. Et nous allons accompagner notre ami dans la dignité. La dignité qu'observent les artistes. Il faut dire que j'ai eu cet honneur en tant qu'ingénieur de son à l'Industrie africaine de disc, d'avoir eu la chance d'enregistrer Yatama, tout cet album qui a fait grandir le défunt. Et le producteur de cet album n'est autre que son frère. Vous voyez ? C'est une affaire de famille qui donne plus de l'éclat. Ça, ce n'est pas fréquent parmi nous ».

Saint Patrick Azan'O, artiste musicien : « Fernand Mabala a défendu notre musique avec sagacité. Je crois qu'on devait lui reconnaître cela par la nation »

« Je suis surpris et malheureux parce que je pense que Fernand Mabala avait encore beaucoup à donner pour la musique congolaise, pour la musique africaine. Par rapport aux titres ayant marqué sa carrière, et pour les quatre millions d'habitants que nous sommes, depuis les indépendances jusqu'à aujourd'hui, nous avons eu beaucoup d'artistes de renom mais Fernand Mabala fait partie de ceux qui ont défendu notre musique. Je le découvre au milieu des années 80 quand il sort la chanson Yatama qui a permis à la musique congolaise d'être valorisée dans cette période où, en face à Kinshasa, nous avions de grandes pointures comme Papa Wemba, Emmeneya Djo Kester, Koffi Olomidé et à Brazzaville, dans cette tranche de génération musicale, nous n'avions pas grand-chose.

Il y avait les Bantous de la capitale, Kamikaze. C'est vrai. Mais il n'y en avait pas dans la catégorie, la tranche d'âge culturel, un répondant des artistes de Kinshasa. Mais quand Fernand Mabala, Fofana Moulady... sont apparus, cela a permis à notre musique d'avoir des défenseurs de notre musique jeunes. Alors Fernand Mabala a défendu notre musique avec sagacité. Je crois qu'on devait lui reconnaître cela par la nation tout entière d'avoir défendu notre musique au point de s'attirer la rivalité avec ces artistes d'en face. On se rappelle de Kester qui a eu des épisodes de rivalité avec Mabala. Ils ont même eu des concerts entre Brazzaville et Kinshasa. C'est aussi pour dire que si un tel regard avait été porté sur lui, c'était comprendre cet artiste de valeur qui nous quitte.

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