Burkina Faso: Procès putsch manqué - «Le parquet militaire n'a pas fait des enquêtes dignes de ce nom»

Leurs plaidoiries devant le tribunal militaire ont certes pris fin le 7 août 2019, mais les avocats de Gilbert Diendéré ont continué de clamer l'innocence de leur client à travers un autre cadre.

Le 8 août 2019, Me Jean Yaovi Degli était le principal animateur d'une conférence de presse pendant laquelle il a martelé que le parquet militaire, qui avait pourtant les moyens de l'Etat pour bien faire son travail, n'a pas fait d'enquêtes dignes de ce nom.

Autant vous l'avouer tout de suite. Quand nous avons appris l'inédite conférence de presse des avocats de Gilbert Diendéré, nous nous sommes demandé intérieurement ce qu'ils vont encore annoncer qu'ils aient omis de dire lors de leurs plaidoiries.

C'est donc tout curieux que nous avons pris place sous les lambris dorés d'un hôtel huppé de la capitale burkinabè où a eu lieu la toute première conférence de presse des conseils du cerveau présumé du coup d'Etat manqué.

Me Jean Degli, qui s'est d'abord présenté seul aux journalistes, était serein dans son costume noir, assorti d'une cravate bien ajustée. Selon lui, si ses confères ne sont pas encore présents, c'est pour des raisons de calendrier.

Quand Me Paul Kéré a fait son entrée plus tard dans la salle, l'avocat togolais, qui déclare avoir usé ses fesses sur les bancs des tribunaux pendant 30 ans et qu'il n'a jamais vu un procès aussi bâclé, tenait déjà le crachoir.

L'avocat, comme lors de ses plaidoiries, a aussitôt martelé que les standards d'un procès équitable sont massacrés.

«En dehors du caractère public du procès et de la possibilité qui est donnée à Diendéré d'être entendu par la juridiction de jugement, la plupart des principes élémentaires d'une justice équitable ont été littéralement violés», a analysé Me Degli.

Il tacle ainsi le ministère public qui, « malgré tous les moyens de l'Etat dont il a disposé et usé, a été incapable de prouver la culpabilité » de son client sur tous les chefs d'inculpation qui pèsent contre lui.

Mais interrogé sur le fait que Gilbert Diendéré avait pourtant dit en mondovision qu'il assumait les événements et demandait du même coup pardon au peuple burkinabè, l'homme de droit a d'abord soutenu que le père spirituel du RSP a assumé « la vacance du pouvoir » sur proposition de la hiérarchie militaire et de Monseigneur Paul Ouédraogo.

Me Degli croit dur comme fer que le parquet militaire a requis la perpétuité et la déchéance du grade de général contre un patriote qui a accepté d'endosser cette responsabilité afin d'éviter que le pays sombre dans l'abîme.

« Il a assumé le rôle pour éviter le chaos qui se profilait à l'horizon si les événements avaient été laissés entre les mains des jeunes sous-officiers et soldats du RSP, qui dans leur colère et décidés à aller au bout, semblaient ne vouloir rien lâcher », avance le principal conférencier.

Pour lui, son client, même en assumant la responsabilité du coup d'Etat, n'a pas au préalable participé à une entente où aurait été prise une résolution pour renverser l'ordre constitutionnel.

A l'écouter, son client est une victime de la politisation du procès dans lequel les hommes forts de l'époque ont choisi les noms de ceux qui devaient vaille que vaille se retrouver dans le box des accusés.

L'avocat togolais est revenu en détail sur l'enquête du parquet militaire dont il ne cesse de décrier la qualité. Sur l'infraction spécifique de meurtres, coups et blessures volontaires, il trouve que la partie poursuivante n'a pas effectué une enquête digne de ce nom pour mettre un visage sur les auteurs de ces crimes.

Après avoir égrené tous ces griefs contre le parquet, Jean Yaovi Degli pense que son client mérite mieux que les « réquisitoires oiseux » du ministère public. « Ecrivons le mal qu'il a fait sur du sable. Quand le vent passera, il l'effacera.

Mais gravons le bien qu'il a fait dans le roc, que cela ne s'efface jamais parce que c'est dans l'intérêt du Burkina Faso. Quand on dit qu'il a sauvé la sous-région ouest-africaine, ce n'est pas lui qu'on applaudit mais le Burkina Faso.

Ne jetez pas le bébé avec l'eau du bain », a plaidé Jean Degli, estimant que le pays a besoin de tous ses fils et filles pour faire face à sa situation sécuritaire difficile.

Celui qui « défend gratuitement » Gilbert Diendéré a poursuivi son speech en demandant la clémence du tribunal, car les règles procédurales ont été violées : « La seule autorité qui peut encore permettre que cette procédure judiciaire donne une petite impression d'une justice qui réponde aux normes et standards internationaux demeure le tribunal. Nous espérons cependant qu'il remplira sa tâche et permettra que le Burkina Faso connaisse une justice digne de la civilisation de ce Pays des hommes intègres. »

Selon Me Kéré, si les règles de l'Etat de droit sont appliquées, le cerveau présumé du coup d'Etat sera acquitté. L'homme de droit n'a pas été tendre envers la Transition. Si certains avocats de Gilbert Diendéré, lors des plaidoiries, l'ont traitée d'illégale, Paul Kéré a carrément qualifié la période transitoire de « batarde ».

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