Burkina Faso: Procès du putsch manqué - La com. comme ultime arme de défense

Débuté le 27 février 2018, le procès du putsch manqué de septembre 2015 tire vers sa fin. La clôture des plaidoiries des avocats du principal accusé, le général Gilbert Diendéré, est un signe qui ne trompe pas, la boucle des plaidoiries n'est pas loin d'être bouclée, qui va ouvrir la voie au président du tribunal, Seydou Ouédraogo, et à ses assesseurs pour la délibération en vue du verdict.

On n'en est pas encore là que déjà certaines leçons sont à tirer de ce procès marathon qui retient l'attention de l'opinion nationale depuis près de 18 mois : quelle relation entre la haute hiérarchie militaire et le personnel subalterne ?

Quand est-ce qu'un ordre militaire est légal ou illégal ? La légitimité de l'insurrection populaire des 30 et 31 octobre 2014 et la Charte de la Transition confèrent-elles une légalité suffisante au régime qui en a découlé ?

Y a-t-il des coups d'Etat légitimes ? Et on pourrait multiplier à souhait les questions que soulèvent ce procès pas comme les autres avec l'espoir que les experts en science politique s'en saisissent pour réfléchir sur la meilleure forme des institutions, y compris l'armée, et leur mode de fonctionnement le plus efficient à même d'améliorer l'enracinement de la démocratie au Burkina.

Au-delà de ces experts, le personnel politique et tous les citoyens sont interpellés et invités à cette réflexion féconde pour que le « plus rien ne sera comme avant » ne soit pas un slogan qui jure avec les réalités d'aujourd'hui et de demain. C'est l'une des conditions sans laquelle l'objectif pédagogique de ce procès emblématique ne sera pas atteint.

Dans cette volonté des acteurs de ce procès d'éduquer le Burkinabè par des leçons politiques, de morale et de droit, la communication n'est pas en reste. Les avocats du général Gilbert Diendéré ne s'en privent pas. Au contraire, ils y vont à fond.

On l'aura senti durant les 5 jours qu'ont duré leurs plaidoiries, au cours desquelles ils ont chargé le parquet militaire de tous les péchés d'incompétence : « Négligence, paresse, désir de vengeance, de cacher la vérité... »

Ils ont également lancé des pics à l'encontre de cette partie de l'opinion défavorable à leur client avec des formules chocs du genre : « L'opinion ne fait pas le droit, elle ne fait pas la justice... la justice est très sacrée pour être réduite à une œuvre de vengeance ».

C'est de bonne guerre, tout ce discours savant, pour sauver la tête de leur client contre lequel le parquet a requis la prison à vie.

Et comme s'ils soupçonnaient que leurs longues plaidoiries ne suffiraient pas à disculper le présumé cerveau de ce pronunciamiento avorté, il en mettent une couche de plus avec cette conférence de presse d'hier.

A l'évidence donc, ce n'est pas seulement le tribunal militaire qu'ils veulent convaincre sinon de l'innocence, à tout le moins de l'humanisme, de leur client.

C'est devant l'opinion nationale, régionale et internationale qu'ils veulent redorer les galons du général Diendéré bien ternis par cette affaire.

Ce dernier joue le jeu de caresser l'opinion dans le sens du poil avec les regrets présentés pour les événements douloureux de septembre 2015, le soutien moral exprimé à l'endroit des Forces de défense et de sécurité du Burkina, sa disponibilité réaffirmée pour la défense de la patrie, etc.

Pas sûr que ces amabilités suffisent à faire acquitter l'ancien chef d'état-major particulier du président Blaise Compaoré.

Mais on l'aura compris, cette offensive de ses avocats sur le front de la communication vise à raboter de l'image du général Diendéré les aspérités d'officier froid aux méthodes nazies que lui collent certains de ses contempteurs.

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