Burkina Faso: Me Dieudonné Bonkoungou, avocat du capitaine Dao - «L'attitude du parquet me rappelle le procès du Christ»

Les plaidoiries du procès du putsch manqué se sont poursuivies le vendredi 9 août 2019 avec le conseil du capitaine Abdoulaye Dao. Me Dieudonné Bonkoungou et Me Maria Mireille Barry se sont relayés pour récuser le réquisitoire du parquet contre leur client. Pour Me Bonkoungou, ce procès rappelle celui du Christ, et il s'est dit persuadé qu'à la fin, le peuple n'aura pas ce qu'il espérait.

L'effervescence autour de ce palais de justice circonstanciel à Ouaga 2000 s'amenuise. Ce n'est plus la grande mobilisation. N'eût été les quelque quatre avocats et les six âmes qui flottent dans la vaste place dédiée au public, Me Dieudonné aurait plaidé dans une salle vide pour l'acquittement du capitaine Abdoulaye Dao contre qui le parquet a requis cinq ans d'emprisonnement ferme. « D'aucuns ont pu commencer leurs plaidoiries par une prière.

Prier, c'est remplir votre vérité divine. Plaider, c'est remplir au maximum l'esprit du juge des vérités juridiques, d'éléments du droit afin d'écarter de son esprit tout ce qui est faux, en remettant chaque élément dans son contexte pour la manifestation de la justice et pour la paix », a-t-il lancé en guise d'introduction de sa longue plaidoirie.

Se tenant face au juge, Me Bonkoungou joue le tout pour le tout pour obtenir l'acquittement de son client. « Il est clair que ceux pourquoi nous sommes là aujourd'hui sont des effets et non des causes. Il y a des évènements qui ont fait le lit des évènements du 16 septembre 2015 », a-t-il déclaré. Et pour lui, ces causes se trouvent dans l'insurrection des 30 et 31 d'octobre 2014, les tentatives d'empoisonnement du 7 avril 2015, les manipulations juridiques de la Constitution et du code électoral...

Quatre chefs d'accusation pèsent sur le capitaine Abdoulaye Dao, complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat ; meurtres, coups et blessures volontaires ; incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire.

Et le parquet a requis à son encontre 5 ans d'emprisonnement ferme avec une amende d'un million de francs CFA. Une réquisition qui intrigue l'avocat de l'accusé. « On a distribué des peines comme des bonbons à des accusés ».

Puis, l'avocat s'est lancé dans un long processus de désarticulation du réquisitoire du parquet. « Le parquet a narré des faits que rien ne confirme.

Il a dit que le 16 septembre le capitaine Dao était à la tête du commando qui a fait irruption dans la salle du conseil des ministres, qu'il a donné l'ordre de désactiver des radios, qu'il a missionné des hommes...

Ce sont des affabulations. Alors que le capitaine était à mille lieues de Ouaga (Ndlr : il était à Bobo-Dioulasso), son nom était crié dans la salle du conseil des ministres. Absent ou présent, tout s'acharne contre le capitaine Dao. »

Me Bonkoungou a prié le juge de n'accorder aucune importance aux affirmations du parquet, car elles n'ont été confirmées par personne. Pour emporter la conviction du tribunal, il a mis sur la balance les agissements du parquet.

« Ayez en conscience qu'au cours des 16 derniers mois que dure déjà le procès, il y a eu des changements de bases légales et des influences sur les faits. Nous vous demandons d'avoir une position catégorique en rejetant les faits qui ne sont pas constants », a-t-il dit.

En sus, il a dénoncé l'absence de réquisitions qui rattachent à son client les faits de complicité, d'attentat à la sûreté de l'Etat.

Le ministère public, selon l'avocat, n'a pas fait une démonstration claire et précise des preuves. Il s'est contenté de globaliser et de requérir des peines dont la logique reste à établir. « Il était périlleux pour le parquet de se lancer dans une réquisition motivée. Il n'y a pas de matière à discuter entre les peines et les faits.

Il y a tout un vide, aucune logique, aucune motivation », a argumenté Me Bonkoungou. Il a poursuivi en interpellant le tribunal sur le fait que, dans le procès pénal, il est obligatoire de motiver les réquisitions et les condamnations pour une meilleure compréhension des peines.

« La motivation est une garantie contre l'arbitraire, elle facilite une meilleure compréhension du fonctionnement de la justice et permet à l'accusé d'accepter la décision pénale.

Comment vous, juges, allez motiver votre verdict si le parquet ne vous en donne pas les éléments. C'est là la grande question ! » a expliqué Me Bounkoungou Dieudonné.

« Dao a été désigné coupable depuis Bobo »

En conclusion, l'avocat a estimé que, les faits n'étant pas vrais, les peines sont injustifiées et qu'il n'y a rien qui constitue la complicité d'attentat à la sûreté de l'Etat. « A qui le capitaine a-t-il fourni des moyens ?

A personne ! La désignation du colonel Bamba n'est pas déterminante. Lorsqu'on scrute les faits, il est indéniable qu'il n'y a aucun élément matériel constituant qu'on rattache au capitaine Dao. Face à ce vide factuel, il y a eu beaucoup d'affabulations », a-t-il poursuivi. Me Bonkoungou a soutenu que l'attitude du parquet lui rappelle le procès du Christ.

Alors que Pilate demandait à l'assistance ce qu'il avait fait pour mériter une condamnation, l'assistance, en guise de réponse, avait crié et exigé que le Christ soit crucifié. « Sans vous donner les preuves, le parquet fait fi des circonstances atténuantes et vous demande de crucifier le capitaine Dao ».

Dans l'après-midi, Me Maria Mireille Barry, à la suite de son confrère Bonkoungou, s'est attaquée au chef d'accusation "incitation à commettre des actes contraires à la discipline militaire" retenu contre le capitaine Dao. Tout de go, l'avocate a évoqué un acharnement du parquet et de la partie civile contre son client. Elle a expliqué que le capitaine n'a organisé aucune patrouille des éléments RSP et qu'il s'est par contre occupé du dispositif sécuritaire pour accueillir les chefs d'Etat. Selon Me Barry, il ressort des notes du parquet militaire que c'est le capitaine Dao qui a libéré le président Michel Kafando à l'insu de son supérieur. « Pourquoi le capitaine n'a-t-il pas été décoré pour ce fait positif, plutôt transformé en acte négatif contre lui ? », s'est-elle demandé.

C'est pourquoi elle a souhaité que l'on ne rende pas la justice à la tête du client. Du coup, elle a demandé l'abandon de cette charge faite à partir des perceptions et non des preuves. « Depuis Bobo-Dioulasso, il était déjà déclaré coupable. On lui attribue des réunions tenues à Ouaga alors qu'il n'était pas là », a-t-elle déclaré, indignée.

L'audience reprendra le mardi 13 août 2019 à partir de 9h.

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