Burkina Faso: Selon Me Mireille Barry, le capitaine Abdoulaye Dao «était déjà déclaré coupable depuis Bobo-Dioulasso où il était»

interview

Au procès du putsch manqué, une des lignes de défense des avocats du général Gilbert Diendéré est de soutenir que c'est suite à l'appel de Jean-Baptiste Ouédraogo, ancien chef de l'Etat et médiateur, que leur client, pour éviter le chaos, avait été amené à assumer le pouvoir.

Mais sur les antennes de Radio France Internationale (RFI) le vendredi 09 août 2019, alors qu'il était l'Invité Afrique, l'ex-président a réfuté cette thèse.

Il a, en outre, estimé qu'il fallait juger en flagrant délit les putschistes au lieu du format actuel qui ne donnera pas les résultats escomptés au bout du compte. Lisez l'intégralité de cet entretien qu'il a accordé à Yaya Boudani, correspondant de RFI à Ouagadougou.

Jean-Baptiste Ouédraogo, vous avez été médiateur pendant la crise que le Burkina Faso a traversée le 16 septembre 2015. Quel rôle avez-vous exactement joué durant cette crise ?

Durant cette crise, j'ai joué un rôle d'apaisement. J'ai cherché absolument à concilier les éléments du RSP avec les responsables de l'armée.

Mon rôle était d'apaiser la situation et de restituer la justesse même, la quintessence de ce qu'il fallait. Le RSP, telle que la chose était présentée, était totalement dans l'erreur, dans l'indiscipline totale. Il fallait simplement le rappeler.

Mon rôle était de faire comprendre au général Gilbert Diendéré qu'il devait assumer pleinement sa responsabilité de général et de père spirituel du RSP.

Concernant cet épisode de la médiation, les avocats du général Gilbert Diendéré ont animé une conférence de presse (le jeudi 08 août 2019) au cours de laquelle ils parlent de faits qui ont été tronqués, notamment vos déclarations. Vous auriez dit clairement au général Gilbert Diendéré d'assumer le pouvoir pour éviter le chaos.

Je n'ai absolument jamais parlé de cela. Je voulais prémunir tout contre le chaos. Donc je voulais bloquer les choses au moment où nous étions. Il n'y avait pas de chaos à ce moment. Nous les avons écoutés. Nous avons vu que le RSP, mené par le général Gilbert Diendéré, était dans l'erreur. Nous avons discuté pendant des heures et des heures, de 17 heures du soir le 16, jusqu'à 4 heures du matin du 17 septembre et nous pensons avoir joué pleinement notre rôle.

Pourquoi, selon vous, les avocats du général Gilbert Diendéré vous attribuent ces propos qui, selon eux, figurent dans l'arrêt de renvoi ?

Je ne sais pas de quoi il s'agit, je ne sais pas d'où cela vient. Cela n'est jamais sorti de ma bouche. Je ne vois vraiment pas en quelle circonstance j'aurais pu sortir de tels propos. C'est ahurissant, c'est délirant, c'est totalement une invention.

Excellence Jean-Baptiste Ouédraogo, vous avez joué un rôle de médiateur. A quel moment vous avez senti que tout était fini, que la médiation avait échoué et qu'il fallait laisser les éléments du RSP gérer le pouvoir ?

J'ai compris cela à partir du moment où le colonel-major Boureima Kiéré est allé chercher le soi-disant papier qui était en préparation par les éléments du RSP. Il est revenu avec ce document, et le général Gilbert Diendéré lui-même l'a lu.

A ce moment-là, j'ai déclaré tout de go qu'il s'agissait d'un projet de proclamation. Donc cela veut dire que c'était un coup d'Etat. Et j'ai posé la question : « Est-ce un coup d'Etat, oui ou non ? ». Et Gilbert a répondu : « Mais vous avez entendu ? Vous avez entendu ce qui est lu ? »

A ce moment-là, j'ai dit : « Si c'est comme ça, vous assumez. Monseigneur Paul Ouédraogo et moi, qui sommes là, nous n'avons plus de rôle à jouer. Ça, c'est entre vous. C'est l'armée. Et nous, nous partons ». Et c'est à ce moment-là que nous avons quitté la salle.

Aujourd'hui, nous sommes pratiquement à la fin du procès de ce coup d'Etat manqué de septembre 2015. Pensez-vous qu'après ce procès, les Burkinabè pourront se réconcilier ?

Mon avis, depuis ce fameux coup d'Etat raté, a toujours été qu'il fallait traiter cette affaire en urgence. C'est-à-dire qu'à partir du moment où le général Gilbert Diendéré a déposé les armes, il appartenait aux autorités de prendre la décision de créer un tribunal, une cour martiale, tout ce que l'on veut. L'essentiel était de juger ces hommes pour indiscipline, de les juger dans l'urgence, en flagrant délit, et de les condamner seulement au niveau militaire. C'est tout. Les choses en seraient restées là.

On voulait absolument la justice, la justice nous a été servie. Et en voilà le résultat. Je pense que l'on a créé plus de problèmes que ceux qu'on a voulu résoudre. A la fin, on ne percevra même pas ce qu'on était en droit d'attendre.

Pensez-vous qu'après ce procès la majorité des Burkinabè ne sauront pas exactement ce qui s'est passé le 16 septembre 2015 et les jours suivants ?

Absolument pas. Beaucoup de gens ne le sauront pas, parce qu'il y a beaucoup de non-dits. La genèse même de cette tentative de coup d'Etat n'a pas été faite. Le RSP et le gouvernement d'alors ont connu beaucoup de crises qui ont fait le lit de ce coup d'Etat-là. Mais on n'en a pas parlé.

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