Burkina Faso: Royaume de Boussouma - Naaba Sonré est mort, vive Naaba Sigri ! (1)

Le trône du royaume de Boussouma, dans la province du Sanmatenga, vacant depuis la disparition du Dima Naaba Sonré le 30 juillet 2019, a désormais un occupant.

Réuni le 10 août dernier à Boussoum Kougr-Zougou, village de la commune rurale de Korsimoro, le collège électoral présidé par le chef de cette localité, Naaba Baongo, a porté son choix sur Donald Karim Ouédraogo, fils aîné du regretté Roi, au détriment de son concurrent, le colonel à la retraite Kassoum Ouédraogo.

Naaba Sigri, tel est le nom de règne du 32e Dima de l'histoire de Boussouma. Retour sur une journée électorale historique, pleine de suspense et riche en couleurs.

Samedi 10 août 2019, jour de cérémonie d'élection d'un nouveau Dima à Boussouma. Ils ne sont pas nombreux dans les cantons et les villages du ressort coutumier du royaume à l'avoir vécu.

En effet, la dernière, à savoir celle du regretté Naaba Sonré, remonte au 30 décembre 1967 (Ndlr : environ 52 ans).

Cette journée est donc mémorable dans la contrée, car elle offre l'occasion aux populations et aux spécialistes des questions culturelles d'être des témoins oculaires d'un pan de l'histoire de l'un des nombreux royaumes du Burkina Faso.

Pour ne pas nous faire raconter ce grand évènement historique, nous étions à Bousoum Kougr-Zougou, village situé à 3 kilomètres du centre-ville de Korsimoro.

9h 50mn : Nous faisons notre entrée dans le village qui sera dans quelques heures la grande attraction de la journée dans le pays et même au-delà des frontières du Burkina Faso.

Hommes, femmes et jeunes ont abandonné travaux champêtres et autres activités pour s'affairer aux derniers préparatifs de l'organisation de la cérémonie d'intronisation du 32e souverain du royaume.

Nous devrons être introduit par le Baloum Naaba (ministre des Affaires étrangères), comme l'exige la coutume, au maître des lieux, Naaba Baongo de Boussoum Kougr-Zougou, par ailleurs premier ministre du royaume et président du collège électoral. Mais nous devrons encore patienter car celui-ci est appelé à accompagner une mission de la police sur le site devant abriter la cérémonie d'élection.

Les princes candidats à la succession du regretté Dima Naaba Sonré et leur suite n'étaient pas arrivés dans le village. On nous apprend qu'ils ont fait escale chez leurs logeurs respectifs dans des villages périphériques.

Ils sont tous attendus dans l'après-midi afin de procéder à leurs dernières salutations au chef de Bousoum Kougr-Zougou. Les rites coutumiers de désignation du nouveau Dima, nous a-t-on précisé, n'interviendront qu'après le coucher du soleil.

11h 00 : Alors que dans la cour du chef des maçons se hâtaient à la réalisation d'une clôture avec des briques en ciment, nous sommes conduit devant le maître des lieux, entourés de quelques notables à l'intérieur du palais.

L'eau de bienvenue à l'étranger nous est servie, comme le veut la tradition ; nous nous présentons avant de dévoiler l'objet de notre présence.

« C'est avec joie que nous vous accueillons ici à Boussoum Kougr-Zougou. Vous avez nos bénédictions et notre soutien car grâce à vos productions, beaucoup de personnes vont découvrir l'histoire du royaume de Boussouma », a-t-il déclaré avant d'autoriser son Baloum Naaba à nous renseigner (lire encadré).

Les échanges chaleureux avec Naaba Baongo, très sollicité pour l'occasion sur son téléphone portable, ont duré une trentaine de minutes.

Avant de nous retirer, nous offrons trois exemplaires de L'Observateur paalga ayant relayé la disparition du Dima Naaba Sonré, les hommages qui lui ont été rendus par la Nation et la date de nomination de son successeur.

14h : Boussoum Kougr-Zougou grouille déjà de monde. De nombreuses personnes n'ont pas voulu se faire raconter ce grand évènement. Venue d'horizons divers en voitures, à tricycles, à motos, à vélos et même à pied, la grande majorité de cette innombrable foule découvrait le village historique et plein de symbolisme pour le royaume de Boussouma.

15h : La cour du palais est déjà bondée d'une foule immense. On venait d'annoncer l'arrivée des princes prétendants et de leur suite dans le village. Sur les lieux, deux des trois membres qui composent le collège électoral, à savoir le Tengsoaba Kièma de Tangpooré, ministre des Cultes, et le Tansoaba Kièma, ministre de la Défense, et leur conseil viennent de prendre place, tous assis à même le sol.

16h 25mn : Des messagers font appel aux «nabiisi», (princes) probables candidats. Vêtu d'une tenue traditionnelle en cotonnade blanche, Donald Karim Ouédraogo, fils aîné du regretté Dima Naaba Sonré, le « nabikienga »ou héritier présomptif est le premier à s'installer, sur une peau de mouton, entouré de ses supporteurs, fortement mobilisés pour la circonstance. A ses côtés, une fillette d'une dizaine d'années dénommée « Kourita » (reine intérimaire du trône), coiffée d'un bonnet aux couleurs de chef traditionnel moaaga. Prennent place par la suite le second prétendant, Kassoum Ouédraogo, fils de feu Dima Naaba Koutou, 29e roi du royaume, et sa suite. Contrairement au premier, lui est habillé en basin violet, et assis à même le sol.

16h 45 mn: Le ciel était couvert de nuages, pas de goutte d'eau de pluie ne tombe sur le village alors que les localités environnantes, apprend-on, étaient arrosées. Pas de crainte de perturbation de la cérémonie d'intronisation, rassure un interlocuteur, tout se déroulera sans difficulté en raison de la présence des garants de la tradition du royaume.

Le temps devenait de plus en plus clément, au grand bonheur des deux candidats qui attendaient leur sort sous le soleil. Naaba Baongo de Boussoum Kougr-Zougou, président du collège électoral, sort de son palais et s'installe dans un fauteuil en face de l'immense foule, visiblement impatiente de savoir celui qui présidera aux destinées du royaume. Il reçoit successivement les salutations des deux autres membres du collège électoral et des deux princes candidats.

17h 24 mn : Le chef de Boussoum Kougr-Zougou se retire dans son palais. Peu après, il est rejoint à l'intérieur par le Tengsoab Kièma et le Tansoab Kièma, pour des concertations qui ont duré une vingtaine de minutes.

17h 53 mn : Le Baloum Naaba Kièma du royaume puis son homologue de Watinoma rejoignent le chef de Boussoum Kougr-Zougou à l'intérieur du palais. Sur la grande place de la cour, c'est un silence de cimetière. Tout le monde retient son souffle. Les battements de tam-tam détendaient l'atmosphère sereine qui prévalait.

18h 21 mn : Toujours dans l'attente des résultats, du dolo, du zom-koom, des boissons industrielles (bière et sucrerie)... sont offerts aux princes postulants et à leur suite. Visiblement, personne n'avait envie de boire. Tous sont préoccupés par la décision du président du collège électoral.

18h 55 mn : Un des sujets de la cour ramène le fauteuil du chef de Boussoum Kougr-Zougou à l'intérieur. Preuve que le maître des lieux ne prendra plus place devant le palais.

18h 58 mn : Le batteur de tam-tam tente une énième fois de détendre l'atmosphère. L'assistance garde le silence. La fumée blanche tarde à se signaler.

19h 03 mn : Les princes prétendants et leur suite sont invités à se rendre sur le site d'intronisation des rois, situé à environ 500 mètres du palais. C'est en ces lieux, nous a confié un natif de la localité, que s'est installé Naaba Bigswendé, le fondateur du royaume, en 1530. Au milieu du site délimité à l'aide de cordes, se trouvent deux enclos en paille. Des agents de police aidés par la sécurité du chef et des éléments des groupes d'auto-défense koglweogo veillent au maintien de l'ordre. Les notables, les deux princes prétendants et leur suite ainsi que les journalistes sont autorisés à accéder à l'intérieur du site.

20h 50 : Au rythme des tam-tams, le chef de Boussoum Kougr-Zougou fait son entrée sur l'aire du site sacré, accompagné de notables et de femmes qui portent sur la tête des canaris et des plats. Le président du collège électoral et quelques notables s'introduisent dans un des enclos pour effectuer les derniers rites coutumiers qui précédent l'étape de la nomination du nouveau Dima.

21h 04 : Un messager informe les candidats des premières étapes que doit effectuer l'heureux élu après sa nomination. Le fils aîné du regretté Dima Naaba Sonré, qui tient dans la main droite une lance, est à ce moment-là sur un cheval. Selon les coutumes, c'est un tam-tam qui annonce le nom du nouveau roi.

21h 07 : Le messager commence à battre son tam-tam. Toute l'assistance prête une oreille attentive aux sons. Les initiés, eux, comprennent les messages qui sont prononcés.

21h 10 : Des cris de joie dans le camp du grand prince. Fin du suspense. Donald Karim Ouédraogo est nommé Dima de Boussouma. Il succède à son père, Naaba Sonré.

Juste après son élection, le nouveau roi est conduit à côté d'une colline sacrée appelée « Kis-Saan » et située non loin du site, loin des indiscrétions. Là, il a dévoilé ses trois noms de guerre qui sont : Naaba Sigri, Naaba Wobgo et Naaba Ligdi). Comme nom de règne, le 32e Dima de Boussouma a choisi Naaba Sigri, en référence au nom de la colline sacrée.

Selon les coutumes, le nouveau roi ne doit plus jamais faire face à cette colline sacrée. Après avoir passé la nuit du samedi à Hanrguin, le nouveau Dima a effectué dans la journée de dimanche le périple à Nabdogo, à Goudrin et à Tangporé, tous des villages de Korsimoro, avant de poursuivre son périple à Bangré-Kiemdé dans la commune de Boussouma où il a passé la nuit. Le périple de Naaba Sigri va se poursuivre dans d'autres villages du royaume. C'est après 33 jours de rites coutumiers qu'il rejoindra le palais royal dans le chef-lieu de la commune de Boussouma.

Né le 02 novembre 1974 et titulaire d'une licence professionnelle en finance et comptabilité, le nouveau Dima de Boussouma est gestionnaire financier de profession en service au Projet d'appui aux collectivités territoriales (PACT).

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Plus de: L'Observateur Paalga

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