Burkina Faso: Procès putsch manqué / Me Zaliatou Aouba - «Faisal Nanema n'est pas un criminel impénitent»

Les plaidoiries des avocats de la défense, dans le cadre du putsch manqué, se sont poursuivies hier mardi 13 août 2019. Me Zaliatou Aouba, conseil de l'accusé Faisal Nanema, a clamé que, contrairement à ce qui a été dit en public, son client n'est pas « un criminel impénitent ». Un peu plus tôt dans la matinée, ce sont les avocats du capitaine Dao qui avaient la parole pour conclure leurs plaidoiries.

Suite et fin de deux jours de plaidoiries des avocats du capitaine Abdoulaye Dao le 13 août 2019. Me Mireille Barry est persuadée qu'il y a beaucoup de préjugés concernant son client. Le rôle des conseils du capitaine, dit-elle, est de restituer l'exactitude des faits afin qu'il y ait une vraie justice.

Elle a d'abord tenté de convaincre le tribunal militaire que l'accusé n'est pas complice d'attentat à la sûreté de l'Etat. L'un de ses arguments pour récuser ce grief est que le capitaine Dao était à Bobo-Dioulasso lors des événements du16 septembre.

Et quand il est revenu à Ouagadougou, son client n'aurait ni eu de rencontre avec Gilbert Diendéré ni participé à l'arrestation des autorités de la Transition. S'agissant des faits de meurtres, coups et blessures volontaires, l'avocate a indiqué que Dao est étranger à ses reproches.

Pour elle, le capitaine est l'un des officiers qui ont conseillé aux éléments d'accepter le désarmement.

Elle a aussi soutenu que le ministère public n'a pas prouvé la culpabilité de l'officier, mais à plutôt usé de raccourcis pour maintenir les accusations. C'est pourquoi l'avocate demande au tribunal de ne pas se laisser berner par le parquet militaire.

Selon Me Mireille Barry, on veut faire porter à Dao le chapeau des « exactions passées du RSP ». Elle assure que son client n'avait pas de responsabilité à l'époque des « exactions ».

Ainsi, elle a rappelé que, lorsqu'on assassinait Thomas Sankara le 15 octobre 1987, Abdoulaye Dao était un écolier en classe du CP2 et que, le 13 décembre 1998, Dao était en classe de terminale quand Norbert Zongo et ses compagnons d'infortune étaient assassinés à Sapouy.

Dans la suite de sa plaidoirie, elle a indiqué que le pays a encore besoin de Dao et de ses autres coaccusés du RSP. « L'armée a toujours besoin d'eux. C'est le contribuable qui a payé leurs formations.

Au moment où le Burkina Faso est attaqué de toutes parts, le pays a besoin de tous ses fils. Il faut sortir des certitudes qu'on se fait d'eux », a-t-elle dit. Elle a terminé sa plaidoirie en demandant au tribunal d'acquitter le capitaine Dao, car, argue-telle, il y a absence de preuve suffisante.

Appelé à la barre, celui contre qui le parquet a requis 5 ans d'emprisonnement ferme a souhaité que l'ensemble des fils du pays se retrouvent sur le chantier du développement.

A la suite de Me Barry, c'est au tour de Me Zaliatou Aouba, conseil de Faisal Nanema, de prendre la parole. Elle a commencé sa plaidoirie en soulignant que son client est jugé pour recel alors que dans la citation à comparaitre il est accusé de dégradation volontaire aggravée de biens.

« Le recel ne figure nulle part dans la citation. A défaut d'une citation, vous ne pourrez pas juger Faisal pour recel », a dit l'avocate, invitant le tribunal à tenir compte de cet aspect lors de la délibération.

Après avoir soulevé cette exception, elle est revenue sur les faits et gestes de son client lors du putsch.

Le 17 septembre, l'accusé, raconte-t-elle, s'est rendu au rond-point des martyrs pour soutenir l'inclusion prônée par le CND. Là il aurait appris que des gens se dirigaient au domicile de feu Salifou Diallo pour mettre le feu.

N'admettant pas la violence et voyant des cargos passer, il donne l'information aux militaires. Ensemble, ils se rendirent au domicile de l'ex-président du Parlement et auraient chassé les manifestants.

Mais après le domicile n'a pas échappé au feu. Dans sa relation des faits, l'avocate affirme que, contrairement à ce dont il est accusé, Faisal ne fait pas partie des personnes qui ont incendié le domicile de Gorba.

Le parquet, dans ses réquisitions, a souligné que Faisal s'est rendu sur les lieux avec les militaires et a aidé à neutraliser le personnel sécuritaire afin de faciliter l'incendie. Me Aouba conteste cette affirmation.

« De quelle pièce du dossier, le parquet tient cette information ? », s'interroge-t-elle, avant de signifier que le juge d'instruction a dit qu'il n'a pas de preuve matérielle, mais pense que Nanema en est l'auteur intellectuel.

L'incendie du domicile, affirme-t-elle, est intervenue le 18 septembre. L'avocate souligne que son client n'y était pas.

« Le 18 septembre, Nanema n'a pas été au domicile de Salif Diallo. Je défie quiconque d'apporter les preuves de sa présence. Aucune preuve n'a été apportée, à part les « déductions simplistes » du ministère public.

S'agissant de l'accusation de recel, Me Aouba a d'abord fait comprendre au Tribunal que l'accusé n'a pas été cité pour répondre de cette infraction. Néanmoins, elle a plaidé. Elle dira que la loi punit lorsqu'il y a recel en connaissance de cause.

Or, avance-t-elle, le procureur militaire a dans ses réquisitions déclaré que c'est après avoir acheté que Faisal Nanema s'est dit que les matériels pourraient être ceux emportés du domicile de Salifou Diallo.

« Il n'y a pas de preuves que Faisal Nanema avait connaissance de l'origine frauduleuse », a clamé Me Aouba, déclarant qu'en la matière le doute profite à l'accusé.

En rappel, l'accusé a acheté au rond-point des martyrs un sac à main (5000 FCFA), un fer à repasser (12 500 FCFA) et une statuette blanche (20 000). Ces matériels seraient de ceux pillés chez Salifou Diallo.

« On dit que leurs prix d'achat, anormalement bas, prouvent que l'accusé avait connaissance de leur origine frauduleuse. Monsieur le président, a-t-on apporté à votre tribunal les prix pratiqués au marché sur les mêmes biens ? Non. Dans ce cas, qu'on ne vous parle pas de prix anormalement bas.

En plus, le matériel n'était pas neuf, alors comment peut-on conclure que le prix d'achat était anormalement bas ? » a argumenté l'avocate, soutenant que Faisal Nanema est dans le box des accusés parce qu'il a soutenu l'inclusion prônée par le CND.

« Nous constatons qu'on dit de le condamner parce qu'il a exprimé son opinion en disant qu'il soutient le CND qui prônait l'inclusion. Pour cette opinion, on balance qu'il est un criminel impénitent », a-t-elle déclaré pour conclure sa plaidoirie.

Dans l'après-midi, Me Alexandre Sandwidi avait la parole pour plaider pour ses clients Hamidou Zongo et Abdoul Nafion. Mais en lieu et place de la plaidoirie, l'avocat a annoncé avoir saisi le Conseil constitutionnel le 6 août 2019 d'un recours en inconstitutionnalité du régime de la Transition.

Me Sandwidi estime que dans le droit burkinabè, l'attentat à la sûreté de l'Etat n'est valable que lorsqu'on renverse un régime légal, un régime élu. Alors il se pose la question de savoir si la Transition, telle que composée, était un régime légal, un régime issu de la Constitution.

Il remet en cause le mode de désignation du chef de l'Etat et des organes de la Transition, notamment des députés du conseil national de la Transition.

Il est vrai que l'avocat a déjà plaidé pour son client Roger Koussoubé, dit Le Touareg, mais il a affirmé avoir déposé ce recours au nom du Touareg et des deux autres accusés (Hamidou Zongo et Abdoul Nafion) pour lesquels il devait plaider hier.

Ce recours a donné lieu à des débats au cours de l'audience, et finalement le président du tribunal a promis de donner sa position sur le sujet ce mercredi 14 août 2019.

On pourrait donc assister à une suspension de l'audience le temps que le Conseil constitutionnel tranche la question. Mais on pourrait également poursuivre l'audience, et dans ce cas, le tribunal se gardera de délibérer tant qu'il n'aura pas le verdict des Sages.

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