Sénégal: Thierno Thioune - «Les fêtes impactent significativement et négativement sur la croissance économique»

Le maître de Conférences titulaire en économie, et non moins directeur du Centre de recherche et de formation pour le développement économique et social (Crefdes) Thierno Thioune analysant l'impact des fêtes dans l'économie sénégalaise tout en prenant en compte les enjeux religieux, culturels et sociaux, y compris la pratique sacrificielle du mouton trouve les enjeux économiques considérables.

Au-delà du caractère trop dépensier, stressant et contraignant, «la Tabaski fatigue beaucoup les Sénégalais dont l'immense majorité doit se débrouiller pour trouver toute la dépense nécessaire à la fête.

L'achat du mouton représente la part la plus importante du budget faisant recourir à de multiples stratégies notamment l'endettement personnel, les découverts, le groupement d'achat, les tontines, l'élevage à domicile d'un ou de deux moutons: le second, revendu à la Tabaski, amortissant les frais d'entretien et constituant un capital pour renouveler l'opération lors de la prochaine fête; l'endettement désespéré du «buki» qui consiste à se procurer une liquidité financière en achetant par mensualité un appareil électroménager, par exemple, pour le revendre immédiatement moins cher au comptant», fait remarquer le maître de Conférences titulaire en économie, Thierno Thioune.

A suivre l'économiste, par ailleurs membre du comité scientifique du Centre de recherches économiques appliquées (Crea) de la Faculté des sciences économiques et de gestion (Faseg) de l'Ucad, «d'autres postes de dépenses incompressibles qui pour les moins nantis, obligent "l'homme, le mari à se priver d'un nouveau boubou pour que ses épouses et enfants ne risquent pas sarcasmes et railleries", qui pour les plus aisés les amènent à repeindre quelques pièces et renouveler les rideaux des portes et fenêtres.

C'est dire donc que le poids de la fête engendre des coûts énormes qui n'épargnent aucun acteur économique au vu de l'importance des dépenses de prestige».

L'Etat, le grand perdant des fêtes

Pour l'économiste, «l'Etat, à travers son administration est victime des lendemains de fêtes qui pour la plupart ne sont pas déclarés fériés mais de manière tacite constituent des jours chômés et payés du fait que la plupart des fonctionnaires, se déplaçant à l'intérieur du pays, ne seront pas à leur bureau.

Cela pose le problème crucial de notre rapport avec le travail». Ce qui lui fera dire qu' «au-delà la Tabaski, il est à constater que les fêtes impactent significativement et négativement sur notre productivité et par ricochet sur notre croissance économique encore à redynamiser pour un objectif à deux chiffres».

Toutefois, il n'a pas manqué de souligner que «durant cette fête, dans notre pays, la consommation de viande de mouton atteint des pics exceptionnels, on assiste au développement d'une véritable "économie de la Tabaski" avec un marché segmenté approvisionné par différents types d'élevage qui se sont développés compte tenu de la forte demande estimée à 810 000 têtes de moutons».

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