Nigeria: Dix ans de violence dans le nord-est du pays et toujours des millions de déplacés

communiqué de presse

Le conflit qui oppose les groupes armés communément regroupés sous le nom de Boko Haram et l'armée nigériane dure depuis maintenant 10 ans. Les populations du nord-est du Nigeria sont durement touchées par ce conflit et on compte aujourd'hui plus de 1,8 million de personnes déplacées dans les États de Borno, Adamawa et Yobe. Parmi elles, une majorité de femmes et d'enfants, largement dépendants de l'aide humanitaire pour leur survie.

Les violences récurrentes dans le nord-est du Nigeria ont poussé de nombreuses personnes à fuir leur foyer pour rejoindre des zones plus sûres : des villes enclavées tenues par l'armée nigériane ou encore Maiduguri, la capitale de l'État de Borno.

Bien que le conflit ait débuté en 2009, Médecins Sans Frontières n'est intervenue progressivement qu'à partir de 2014 avant de s'engager plus massivement en 2016. Une exploration dans la ville enclavée de Bama cette année-là a fait apparaître des taux de malnutrition alarmants.

Villes enclavées

L'assistance humanitaire pour les populations du nord-est du Nigeria a depuis fortement augmenté. Pourtant, de nombreuses communautés ont encore besoin d'aide, à commencer par celles que les organisations humanitaires ne peuvent atteindre, car elles sont situées dans des régions inaccessibles pour des raisons de sécurité. Les travailleurs humanitaires ne peuvent en effet intervenir que dans les « villes de garnison », des enclaves contrôlées par l'armée nigériane. Dans ces villes, l'aide est souvent insuffisante, ce qui pousse certains habitants à franchir le périmètre de sécurité pour aller chercher de la nourriture et du bois de chauffage. Ils sont alors soumis aux risques d'attaques et de violences.

MSF fournit des soins médicaux vitaux dans les villes de Pulka, Gwoza et Ngala : des soins de santé primaire et secondaire, des traitements contre la malnutrition, des services de maternité et un soutien en santé mentale.

« Dans les camps, 750 personnes arrivent en moyenne chaque mois. Plus de 60 000 personnes déplacées vivent aujourd'hui sur moins d'un kilomètre carré de terre, la plupart d'entre elles dans des abris de fortune mal construits et facilement endommagés par les bourrasques de vents et les fortes précipitations », explique Ewenn Chenard, coordinateur de projet MSF à Ngala.

Afflux de déplacés

Que ce soit dans les villes enclavées ou dans les camps informels qui se sont formés à Maiduguri, les conditions d'accueil sont rudimentaires pour les déplacés. Certaines familles vivent dans de minuscules huttes faites de bâches en plastique et dorment à même le sol. « Depuis notre arrivée dans ce camp il y a huit mois, nous n'avons pu utiliser aucune latrine. Nous avons tous fait nos besoins dehors, généralement dans la brousse voisine. », explique Lami Mustapha, 40 ans. Avec ses huit enfants, elle vit dans un camp improvisé à Maiduguri, la capitale de l'État de Borno.

Dans cette ville, un afflux de personnes déplacées en provenance de toute la région a fait doubler la population, qui est passée d'un à deux millions de résidents. MSF gère le plus grand programme d'alimentation thérapeutique de Maiduguri, dans le district de Fori, pour les enfants souffrant de malnutrition sévère et de complications médicales. Jusqu'à 300 enfants sont ainsi admis chaque mois. En mai et juin 2019, MSF a constaté une augmentation du nombre de patients souffrant de malnutrition, les gens n'ayant pas assez de nourriture pour survivre entre deux récoltes, pendant la période de soudure. Malheureusement, la capacité d'accueil du centre MSF a été dépassée.

« Nous devons également composer avec la politique du gouvernement, qui encourage les déplacés à retourner dans leurs foyers et leurs villages. Demander à ces gens, affectés par un conflit depuis plus de dix ans, de se rendre dans des endroits où il n'y a pas d'hôpitaux, pas d'écoles, pas d'accès à l'eau et dans lesquels les services sanitaires sont rares, les place dans une très mauvaise situation », explique Karsten Noko, coordinateur de projet MSF.

Des femmes et leurs enfants dans le centre nutritionnel thérapeutique MSF de Maiduguri. 2019. Nigeria. © Yuna Cho/MSF

Dans le district de Gwange, MSF gère un hôpital pédiatrique pour les habitants de Maiduguri et les personnes déplacées, disposant d'une unité de soins intensifs qui peut également répondre aux épidémies de maladies infectieuses. En 2019, plus de 3 000 enfants atteints de rougeole ont été admis et traités à l'hôpital de Gwange.

Saison des pluies

Avec l'arrivée de la saison des pluies, la santé des personnes déplacées devrait encore empirer. Une augmentation des cas de paludisme est à prévoir et les personnes qui n'ont pas reçu de traitement préventif sont particulièrement vulnérables. MSF a commencé à traiter les patients atteints par cette maladie dans ses cliniques de Maiduguri, où le nombre de lits est passé de 80 à 210. En outre, une campagne de chimio-prévention contre le paludisme saisonnier est en cours à Banki, Bama, Rann, Ngala et Pulka, afin de fournir des doses de médicaments antipaludiques aux enfants de moins de 5 ans.

MSF a également mis en place des centres de traitement du choléra, avec 100 lits à Maiduguri et 60 lits à Ngala, pour répondre rapidement à une éventuelle épidémie de cette maladie.

« Dans le nord-est du Nigeria, les gens sont encore exposés à un niveau élevé de violence et à des expériences traumatisantes au cœur d'un conflit qui est loin d'être terminé. Dans les camps de personnes déplacées, où les besoins humanitaires immédiats ne sont pas suffisamment pris en compte, leur souffrance et leur vulnérabilité sont davantage aggravées », conclut Luis Eguiluz, chef de mission de MSF au Nigeria.

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