Kenya: La nouvelle loi sur la vidéosurveillance inquiète les ONG

Le ministère kényan de l'Intérieur a publié en juillet dernier une proposition de loi sur l'installation de caméras de surveillance dans tous les lieux publics du pays. Un projet qui inquiète les ONG de défenses des droits humains, notamment Amnesty International.

Dans une note publiée ce mercredi 14 août, l'organisation établit plusieurs recommandations. Dans son viseur, les risques d'abus dans la surveillance des civils et les garanties sur leur droit à la vie privée.

D'ici quelques semaines, des caméras feront leur apparition dans tous les lieux publics du pays, comme les hôpitaux ou les jardins publics.

Les civils pourront être observés 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, sans que l'on sache vraiment combien de temps les enregistrements seront conservés, et surtout à quoi ils serviront.

Amnesty international Kenya craint dès lors un système de surveillance à l'image de la Chine ou de Hong Kong.

L'un et l'autre se servent de ce système pour contrôler les moindres faits et gestes de leurs citoyens. Sans aller jusque-là, les participants à des manifestations, par exemple, pourraient tout de même être fichés.

Au-delà du respect des droits de l'homme, l'oganisation s'inquiète également de la protection de la vie privée des civils. Au Kenya, aucune loi de protection des données n'a été votée pour le moment.

Il y a bien eu des propositions de loi déposées à l'Assemblée nationale encore cette année, mais celle-ci en est toujours au stade des discussions.

Dans l'attente d'une loi, il serait donc facile pour un organisme mal intentionné de récupérer des informations afin de servir ses propres intérêts, à l'insu des citoyens kényans.

Deux questions à Ephraim Percy, avocat et analyste spécialisé dans les technologies

Quel est le degré de protection des données personnelles au Kenya ?

La situation est épouvantable. Ces dix dernières années, les données personnelles des Kényans ont souvent été utilisées à de mauvaises fins. Exelmple avec la période de l'élection présidentielle de 2017. Ces données ont été exploitées par Google Analytica pour aider le président dans sa campagne électorale.

Nous faisons régulièrement des rencontres accompagnés d'activistes afin d'expliquer l'importance d'avoir une loi sur la protection des données. Sans règlementation pour protéger les informations personnelles, internet devient un véritable Far West !

Au niveau du gouvernement, une proposition de loi a été déposée à l'Assemblée nationale. Son contenu est excellent : elle détermine à la fois les droits d'utilisation des données personnelles par les entreprises et leurs sous-traitants, mais aussi les devoirs et obligations des internautes. Tout est parfaitement listé.

Malheureusement, selon moi, on n'est encore loin de son adoption puisque la loi n'en est encore qu'au stade de la discussion. On a pourtant vraiment besoin qu'elle soit appliquée dès maintenant !

La situation est-elle propre au Kenya ou les autres pays africains sont-ils également concernés par cette problématique ?

Sur les 54 pays du continent africain, seuls 25 ou 26 ont adopté une loi sur la protection des données personnelles, soit seulement la moitié.

Et encore, sur les pays qui ont une loi, seuls neuf d'entre eux ont un système effectif de régulation des données. Pour le reste, cela reste seulement des règles écrites sur un bout de papier, sans qu'il n'y ait aucune véritable action en cas de problème.

Il y a bien la convention de l'Union africaine sur la cybersécurité et la protection des données personnelles signée en 2014.

Mais celle-ci n'a pas été complètement mise en oeuvre. Quinze signatures sont nécessaires pour qu'elle devienne réellement effective. Malheureusement, pour le moment, seuls cinq pays ont ratifié cette convention, il en manque donc encore dix.

La situation pourrait bien changer un jour, mais quand ? Selon moi, deux pays pourraient tout de même être cités en exemple pour leur système de protection des données. L'Afrique du Sud d'abord, et ensuite le Ghana.

Les deux pays ont des lois précises qui semblent fonctionner. Ils essayent vraiment de faire en sorte que la protection de données personnelles soit mise en place et de respecter la vie privée des internautes.

Il est vrai que l'Afrique est très en retard sur cette problématique. Mais pour être honnête, je pense que la principale raison est que nous avons d'autres problèmes beaucoup plus urgents à régler.

Ne ratez pas ce que tout le monde regarde

Plus de: RFI

à lire

AllAfrica publie environ 700 articles par jour provenant de plus de 140 organes de presse et plus de 500 autres institutions et particuliers, représentant une diversité de positions sur tous les sujets. Nous publions aussi bien les informations et opinions de l'opposition que celles du gouvernement et leurs porte-paroles. Les pourvoyeurs d'informations, identifiés sur chaque article, gardent l'entière responsabilité éditoriale de leur production. En effet AllAfrica n'a pas le droit de modifier ou de corriger leurs contenus.

Les articles et documents identifiant AllAfrica comme source sont produits ou commandés par AllAfrica. Pour tous vos commentaires ou questions, contactez-nous ici.