Ile Maurice: Mauritius Broadcasting Corporation - Les coulisses d'une demission

Pritam Purmessur, Amoordalingum Pather, Mekraj Baldowa et depuis hier, mercredi 14 août, Anooj Ramsurrun. Même s'il y assurait l'intérim, ce dernier est le quatrième nominé politique à faire ses cartons comme directeur général de la Mauritius Broadcasting Corporation (MBC) en quatre ans et demi de règne du Mouvement socialiste militant-Muvman Liberater.

Cette démission survient à la veille de la visite papale, le 9 septembre, mais surtout des prochaines élections générales. Officiellement, Anooj Ramsurrun affirme partir pour des raisons «personnelle et familiale». Mais, comme le dit si bien le proverbe français, il n'y a pas de fumée sans feu. Que s'est-il donc réellement passé ?

Voici le scénario que vous ne verrez dans aucun journal télévisé et n'entendrez dans aucun bulletin d'informations de la station de radiotélévision nationale. Le 9 août, une lettre signée de trois journalistes radio est envoyée à Bhijaye Ramdenee, président du conseil d'administration de la MBC et copiée au Premier ministre.

Cette correspondance, dont nous avons une copie, porte comme titre Discriminatory Comments. Elle a été écrite à la demande même de Bhijaye Ramdenee puisqu'elle débute comme suit: «We would like to thank you for taking time to listen to our concern, following your request; we are hereby relating the incident (... ).» Cela, après que ce dernier a précédemment reçu les signataires, qui lui ont rapporté un incident survenu le 16 juillet, aux alentours de 15 h 30, à la rédaction radio de la MBC.

L'incident en question rapporté en détail dans la lettre s'est déroulé durant une conversation téléphonique sonore entre Sadna Teeluckdharry, responsable de la radio, et Anooj Ramsurrun, autour des bourses à l'étranger à octroyer aux journalistes de la MBC. Des propos à relents «communaux» et discriminatoires auraient été tenus par le DG p. i.

Après confirmation par la suite de la responsable radio de ce qu'elles avaient entendu, les trois signataires, membres de la rédaction radio, ont sollicité une réunion le 17 juillet avec le Chairman, par le biais de la secrétaire de celui-ci, pour dénoncer les «remarques discriminatoires» d'Anooj Ramsurrun. Des remarques qui les ont «choquées, blessées et humiliées». Ce n'est que trois semaines plus tard qu'elles ont pu s'entretenir avec le Chairman en raison, écrivent-elles, des Jeux des îles.

«After almost three weeks, this meeting with you, in some way was a relief. You, yourself could feel the seriousness of the remarks made by the Ag Director, that you, Chairman Sir, personally made apologies to us which we really appreciate. As you stated during that meeting, you will see to it that justice will be done and an apology will be conveyed to us by Mr Ramsurrun», peut-on lire dans la correspondance.

Guerre intestine

La suite de l'histoire, c'est que, lors d'une réunion à son bureau, mardi, le DG p. i., sûr de lui, a confié à quelques chefs de département être au courant que le Chairman et la responsable de la radio sont en train de manoeuvrer pour qu'il démissionne mais que sa proximité avec le Premier ministre devrait faire que ce soit le président qui serait limogé. Une guerre intestine entre Bhijaye Ramdenee et lui aurait pris de l'ampleur après les Jeux des îles. Le même jour, Anooj Ramsurrun s'est entretenu avec le Premier ministre.

Le DG p. i. aurait rapporté au chef du gouvernement que le Chairman, de connivence avec un chef de département, aurait bénéficié de gains personnels entre autres pratiques douteuses avec les achats d'urgence d'équipements. Sauf que Bhijaye Ramdenee semble avoir été plus rusé que lui. Il a convaincu les trois journalistes de la radio de mettre par écrit les propos à relents «communaux» du DG p.i. L'impact ne pouvait être autre à la veille de la visite papale.

Mesurant les conséquences qu'une telle lettre peut avoir, Pravind Jugnauth a donné les instructions pour la tenue d'une réunion spéciale du board. Il a ensuite demandé à un de ses senior advisers de parler à Anooj Ramsurrun pour qu'il démissionne sinon il sera révoqué pour propos à relents «communaux».

C'est ainsi qu'hier, à l'issue d'une réunion spéciale du conseil d'administration de la MBC, suivant la lettre reçue par le Chairman, que le DG p.i. a annoncé sa démission. Dans l'après-midi, Bhijaye Ramdenee, Anooj Ramsurrun et d'autres membres du board ont réuni le personnel de la MBC dans le studio A, lors de laquelle l'ex-DG p.i. a dit le fond de sa pensée, lorsqu'il a fait référence à l'amitié.

Sauf que l'histoire est loin de s'arrêter là. Tout en condamnant les propos tenus par Anooj Ramsurrun et en concédant qu'à Moka, «sak zako protez so montagn», bon nombre d'employés voient aussi derrière cette démission également une «guerre des laveurs de karay en cuisine». Et, ils font ressortir que Sadna Teeluckdharry, en conflit, elle-aussi, avec Anooj Ramsurrun, a trouvé dans les propos qu'aurait tenus ce dernier, une occasion en or pour régler ses comptes avec lui.

D'ailleurs, les «grandes ambitions» de celle-ci ne sont un secret pour personne à la station de radiotélévision nationale. Des abus allégués de cette dernière ont aussi déjà commencé à remonter à la surface. Des privilèges diplomatiques dont auraient bénéficié son époux et elle à Paris, les trois augmentations qu'elle a perçues à intervalles réguliers, une carte VIP pour un de ses proches pour les Jeux des îles de l'océan Indien, un roster à sa convenance, sont évoqués.

La principale concernée que nous avons sollicitée, au téléphone, hier, a d'abord affirmé qu'elle ne peut se prononcer, étant une employée de la MBC et nous a référé à son Chairman. Quant aux allégations qu'elle préfère appeler des «palabres», Sadna Teeluckdharry a affirmé qu'elle répliquera en temps et lieu.

À noter que mardi toujours, dans une lettre à ses membres et aux autres effectifs de la station, la Mauritius Broadcasting Corporation Staff Association (MBCSA) s'est dissociée des trois signataires de la lettre au Chairman et écrit ceci : «We would like to point out that unanimously MBCSA does not feel that this (les discriminations envers une section de la population évoquées dans la lettre) is the case».

Anooj Ramsurrun: «Komié tan ou pou kapav roul enn la jungle !»

«Je n'ai jamais tenu des propos à relents "communaux" et diffamatoires», rétorque Anooj Ramsurrun, qui a été confronté au téléphone, hier, au contenu de la lettre adressée au Chairman de la MBC. L'ex-DG de la MBC poursuit: «On dit que je suis contre une section de la population. Si cela avait été le cas, pourquoi aurai-je accordé le voyage avec le pape et celui à Tokyo à Valérie Kallee et Claudette Geoffroy-Gadevadoo respectivement qui d'ailleurs méritent amplement ces déplacements ? Pour Valérie Kallee, j'ai également demandé qu'on paye ce qu'il faut payer.» Car, soutient-il, «pou mwa si enn dimoun merité mem mo pa siport li mo pou donn li».

Pour Anooj Ramsurrun, cette lettre est montée de toutes pièces. D'ajouter que depuis un certain temps, il a pris la décision de partir et en a fait part à Bhijaye Ramdenee. «32 ans de service, ça suffit. Je suis fatigué avec la MBC. Komié tan ou kapav roul enn la jungle !» dit-il. Avant de réitérer des propos tenus sur une radio privée à la mi-journée, hier. «Comme je l'ai dit, je pars pour des raisons personnelle et familiale. J'ai réussi ma vie. Je ne suis pas une personne endettée. Mais, chaque chose a un commencement et une fin. Bizin ena kouraz sorti lor pointe lipie kan ou au sommet ek pa kan ou ine tomb dan patiraz.» Anooj Ramsurrun dément aussi avoir été poussé à la démission par le Premier ministre. «Complètement faux ! J'ai choisi de partir. Le PM est un gentleman, un bon être humain. Je lui serai fidèle jusqu'à la mort. C'est grâce à lui que je suis arrivé au sommet.»

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